Introduction
Madeleine Aumont (1924-2016) est une mère de cinq enfants et une humble villageoise de Dozulé, une petite commune d’un millier d’habitants du Calvados, en Normandie. Elle affirme avoir reçut, du 28 mars 1972 au 6 août 1982, 50 apparitions et des messages de Jésus Christ, ainsi que de l’archange Saint Michel.
Nous nous en tiendrons ici à une chronologie des faits, tels qu’exprimés par les protagonistes.
Nous utiliserons essentiellement les sources suivantes :
- les cahiers de Madeleine Aumont
- le témoignage de Madeleine Aumont (2h58)
- le livre de l’Abbé Victor L’Horset qui accompagna Madeleine Aumont à l’époque des événements.
Antécédents locaux
Sainte Jeanne d’Arc
Mgr Cauchon, évêque de Bayeux de 1432 à 1442, orchestre un procès fallacieux contre Jeanne d’Arc (1412-1431), lui reprochant 70 chefs d’accusation. Il l’a fit condamner au bûcher (à l’âge de 19 ans !) comme “hérétique et relapse“.
Elle sera canonisée cinq siècles plus tard et nommée par Pie XI, en 1922, sainte patronne secondaire de la France. La première sainte patronne de la France étant la Vierge. L’effigie de Jeanne d’Arc se trouve désormais dans presque toutes les églises de France et figure dans le Catéchisme de l’Église catholique (CEC).
Les apparitions mariales de Tilly-sur-Seulles
À l’ouest de Caen, à Tilly-sur-Seulles, la Vierge Marie apparaît aux religieuses de l’école catholique et aux enfants de trois classes, leur disant : “La république va tomber, c’est le règne de Satan. Priez pour le roi qui va venir”. Se joignent à leur témoignage, le curé de Tilly-sur-Seulles et de nombreux de laïcs. Sainte Jeanne d’Arc y est apparaît plusieurs fois à Marie Martel.
Mgr Amette, évêque de Bayeux de 1898 à 1906, rejette aux apparitions de Tilly-sur-Seulles. Le Pape Léon XIII, très favorable à ces apparitions, lui reprochera vivement. Mgr Amette rejettera également les révélations du Christ à la sœur Claire Ferchaud à Loublande. Mgr Amette, soutenu par le gouvernement franc-maçon d’Emile Combes, est fait archevêque de Paris. À sa mort, son corps devint noir en quelques minutes (rappelant le sort mortem des évêques qui s’opposèrent aux apparitions de La Salette).
En mai 1906, le pape Saint Pie X accorde une bénédiction spéciale au doyen de Tilly-sur-Seulles et à Marie Martel.
Dates clés
27 octobre 1924 : Naissance de Madeleine Aumont à Putot-en-Auge (Calvados, Normandie) dans une famille modeste.
Elle exerce le métier de couturière et deviendra mère de cinq enfants.
Pâques 1970 : Cela faisait des années que Madeleine Aumont avait abandonné la pratique religieuse. Encouragée par sa mère, elle décide de se confesser, puis communier le jour de Pâques. Elle retourne communier le dimanche suivant. Voici ce qu’elle écrira dans ses cahiers : “quelque chose se produit que je ne m’expliquais pas : j’étais ivre de joie et de bonheur”. “Cette merveilleuse joie se reproduit” à chaque communion. Elle prend la résolution de “ne laissez jamais une journée passer sans prier, sans penser à Jésus, à tous ceux qui souffrent et qui pleurent”.
28 mars 1972, à 4h35 du matin : Madeleine Aumont voit apparaître “une immense croix lumineuse” au lieu-dit la “Haute Butte”, à Dozulé. Le lendemain, elle fait part de cette vision au curé du village, l’abbé Victor L’Horset, qui donne foi à ses dires.
Cette croix apparaîtra 7 fois au total. Jésus Christ demande que l’Église érige la “Croix glorieuse de Dozulé”, à cet endroit. Il précise : “Tous ceux qui seront venus se repentir au pied de la Croix Glorieuse seront sauvés. Satan sera détruit et il ne restera que Paix et Joie.” Cette croix devait être entièrement illuminée. Jésus Christ précise ses dimensions exactes : “chaque bras de la Croix glorieuse doit mesurer 123 mètres et sa hauteur six fois plus” (soit 738 mètres). Cette hauteur correspondrait à l’altitude supposée du Golgotha.
Des études de faisabilité (géologiques et aérodynamiques) sont engagées pour ériger la croix grâce aux 300.000 euros de dons collectés. Des ingénieurs vont dessiner les plans de construction de cette croix. Le budget de la construction est estimé quant à lui à 230 millions d’euros.
Par la suite, des “Croix d’Amour”, mesurant 7,38 mètres de haut (modèles réduits de la “Croix Glorieuse” à l’échelle 1/100), seront érigées dans différents pays.
Jusqu’en 1978 : Jésus apparaît à Madeleine Aumont dans la chapelle de l’École privée Saint Joseph, à l’emplacement du Tabernacle, et une fois dans l’Église de Dozulé, principalement les vendredis. Plus tard, l’évêque transformera la chapelle de l’école Saint Joseph en débarras.
Plusieurs personnes seront témoins de ces extases : l’Abbé Victor L’Horset (curé de la paroisse de Dozulé), des religieuses et des laïcs.
Ces extases furent consignées dans des procès-verbaux datés et signés par l’Abbé Victor L’Horset et les religieuses de l’école Saint Joseph, de 1972 à 1982. Ceci seront transmis à l’évêque du diocèse de Bayeux et Lisieux, Mgr Badré, à sa demande.
Jésus Christ : “Je promets à tous ceux qui viendront se repentir au pied de la Croix Glorieuse, et qui diront tous les jours la prière que Je leur ai enseignée, qu’en cette vie Satan n’aura plus de pouvoir sur eux, et que, pour tout un temps de souillure, en un instant, ils deviendront purs et seront fils de Dieu pour l’éternité.”
Jésus Christ annonce qu’il reviendra bientôt, à Dozulé. 1975 devant être la dernière année sainte.
L’abbé L’Horset est muté à Pont-Farcy (Tessy-Bocage), à 90 km à l’ouest de Dozulé.
1978 : L’année des révélations les plus importantes.
Les 9 promesses du Christ faites à Madeleine Aumont en 1975 correspondent aux 9 promesses du Christ faites à Sainte Faustine en 1935.
6 octobre 1978 : Date de la dernière apparition.
Le pape Saint Jean Paul II demande l’ouverture d’une enquête canonique à l’évêque du lieu. Cela ne sera jamais fait.
2 avril 1982 : Création de l’association des Amis de la Croix glorieuse de Dozulé. Presque tous ses membres la quitte en 1985.
Un pèlerinage est organisé chaque 28 mars, premier jour des apparitions.
Avril 1983 : Mgr Jean Badré (1913-2001), évêque de Bayeux et Lisieux de 1969 à 1988, déclare dans un communiqué ne pas reconnaître l’authenticité de ces apparitions.
Mgr Jean-Marie-Clément Badré : “En aucun cas, la construction d’une croix monumentale entreprise à Dozulé, par une association dont le siège est à Paris, ne peut être un signe authentique de la manifestation de l’Esprit de Dieu.”
8 décembre 1985 : Mgr Jean Badré redit ne pas reconnaître l’authenticité de ces apparitions.
Il interdit les pèlerinages et les collectes de fonds.
Mgr Jean-Marie-Clément Badré : “En ce qui concerne ce qui se passe à Dozulé, l’action et l’agitation, la collecte de fonds par des personnes agissant sous leur propre responsabilité, sans mandat, sans aucun respect pour l’autorité de l’évêque, […] la propagande fanatique en faveur du “message”, (…) la condamnation sans appel de ceux qui n’y adhèrent pas, m’amènent à considérer, en conscience, qu’au-delà de toute cette effervescence, je ne parviens pas à discerner les signes qui m’autoriseraient à déclarer authentiques les “apparitions” dont on parle.”
Son successeur, Mgr Pierre Pican (1935-2018), évêque de Bayeux et Lisieux de 1988 à 2010, dit ne pas reconnaître l’authenticité de ces apparitions.
Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclare ne pas reconnaître les apparitions.
28 mars 1990 : Cette année, 6000 pèlerins participent au pèlerinage annuel de Dozulé.
1995 : Un rapport de la commission d’enquête parlementaire classe l’association des Amis de la Croix glorieuse de Dozulé comme “secte”.
Mgr Jean-Claude Boulanger (1945-), évêque de Bayeux et Caën de 2010 à 2020, rencontre Madeleine Aumont et croit à l’authenticité des apparitions de Dozulé. Son opinion favorable sera largement occultée. Il aurait reçu des menaces de mort s’il persévérait en ce sens.
29 mai 2011 : Le curé de Dozulé, le père Hubert de Ballore, en présence de Mgr Boulanger, missionne Marie-Hélène Mazod pour accueillir les pèlerins à Dozulé et organiser les prières sur la Haute Butte. Mgr Boulanger lui fait imposer les mains à genoux, officialisant ainsi sa mission spirituelle au nom de la paroisse.
Mgr Boulanger entame une enquête canonique favorable au sujet de Dozulé. Celle-ci sera arrêtée par l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.
27 janvier 2016 : Madeleine Aumont meurt à l’âge de 91 ans à l’hôpital de Lisieux. Depuis les apparitions, elle se rendait quotidiennement à la messe.
Automne 2019 : Par l’intermédiaire de l’Association Diocésaine de Bayeux-Lisieux, l’évêché de Bayeux Lisieux acquiert les terrains de la Haute Butte qui appartenaient à la famille Avoyne.
Dans leur testament olographe, les époux Avoyne :
- demandent que cette terre reste ouverte à la prière,
- font don du lieu au pape, mais “surtout pas à l’évêché”.
Sur ordre de l’évêque, l’ancien curé de Dozulé et son vicaire viennent sur la Haute Butte démonter les abris des pèlerins.
24 avril 2022 : Mgr Jacques Habert, évêque de Bayeux-Lisieux depuis 2020, fait une déclaration publique, dans la cathédrale de Bayeux, pendant la messe du Dimanche de la Miséricorde, annonçant qu’il ne croit ni aux apparitions de Tilly-sur-Seulles, ni à celles de Dozulé, rappelant toutefois que les fidèles étaient libres de prier là où ils voulaient sans l’assentiment de l’Église.
3 novembre 2025 : Le Dicastère pour la Doctrine de la foi adresse une réponse de neuf pages à l’évêque de Bayeux-Lisieux, Mgr Habert, “à propos des apparitions présumées de Notre Seigneur Jésus-Christ à Dozulé”, intitulée L’unique Croix du salut. Dans cette lettre, le cardinal Victor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, suit Mgr Habert, avec une declaratio de non supernaturalitate, selon les nouvelles Normes procédurales pour le discernement de phénomènes surnaturels présumés, au n°22, affirmant ainsi “de manière définitive […] que le phénomène des apparitions présumées de Dozulé est reconnu comme non surnaturel, c’est-à-dire qu’il n’a pas une authentique origine divine”. Cette décision fut approuvée par le pape Léon XIV.
12 novembre 2025 : Faisant suite à la réponse du Dicastère, Mgr Habert publie un communiqué sur le site du diocèse Bayeux-Lisieux qu’il “préparera et publiera prochainement le décret attendu, en y apportant toutes les précisions utiles”.
Ressources complémentaires
Livres
Père Aubry, Dozulé, Comment ne pas y croire ?, Éditions Résiac.
Sites
Autres
- Les conférences du Docteur Jacques Pelbois