Marie est-elle Corédemptrice ?

La Vierge Marie est-elle Corédemptrice de l’humanité avec son Fils ?

Paroles des papes

Pape Benoît XV : “Tellement, en même temps que son Fils souffrant et mourant, elle souffrit jusqu’à en mourir presque, et Elle a renoncé de telle sorte à ses droits maternels sur son Fils, pour le salut des hommes en L’immolant, autant qu’il dépendait d’Elle, pour apaiser la justice de Dieu, que l’on peut dire à juste titre qu’Elle a racheté le genre humain conjointement au Christ.” (Lettre apostolique Inter sodalicia, 22 mars 1918)

Pape Pie XI : “Le Rédempteur se devait, par la force, d’associer sa Mère à son œuvre. C’est pour cela que nous l’invoquons sous le titre de corédemptrice. Elle nous a donné le Sauveur. Elle l’a conduit à son œuvre de rédemption jusqu’à la croix. Elle a partagé avec lui les souffrances de l’agonie et de la mort en laquelle Jésus consommait le rachat de tous les hommes.” (Allocution du 30 novembre 1933)

Pape Pie XII : “En effet, Jésus et Marie ne sont-ils pas les deux amours sublimes du peuple chrétien, le nouvel Adam et la nouvelle Ève que l’Arbre de la Croix a uni dans la douleur et l’amour pour racheter le péché de nos premiers parents dans le jardin d’Éden ?” (Discours aux pèlerins de Gênes, 22 avril 1940)

Décrets du Saint-Office approuvés par le pape Saint Pie X

Le Saint-Office sous le pontificat du pape Saint Pie X :

1. Décret du Saint-Office du 27 mars 1913, approuvé par le pape Saint Pie X le 26 juin 1913 :

“Parmi les vierges, il y en a dont le pieux amour pour la Sainte Vierge les ravit tellement, qu’elles ne mentionnent jamais Jésus sans le nom glorieux de leur Mère, notre corédemptrice, la Bienheureuse Marie.” (AAS, tome 5, 1913, p364)

2. Décret du Saint-Office du 22 janvier 1914, accordant une indulgence pour la récitation d’une oraison dans laquelle Marie est appelée “corédemptrice du genre humain“. (AAS, tome 6, 1914, pp108-109)

Textes mystiques

Voici ce qu’en dit Jésus dans la dictée qu’il donna le 2 avril 1944 – jour du dimanche des Rameaux – à la mystique catholique italienne Maria Valtorta :

Jésus dit :

« Le couple Jésus-Marie est l’antithèse du couple Adam-Eve. C’est lui qui est chargé d’annuler la faute d’Adam et Eve et de ramener l’humanité à son état initial de la Création : riche en grâce, riche de tous les dons que le Créateur lui a prodigués. L’humanité a subi une régénération totale grâce au couple de Jésus et Marie, qui sont ainsi devenus les nouveaux parents de l’humanité. Tout ce qui précède est effacé. Le temps et l’histoire de l’homme se comptent à partir du moment où la nouvelle Eve, par un renversement de la création, tire de son sein inviolé le nouvel Adam, par l’opération du Seigneur Dieu.

Mais pour annuler les œuvres des deux premiers parents, cause de mortelles infirmités, d’une perpétuelle mutilation, d’appauvrissement et, plus encore, d’indigence spirituelle — en effet, après le péché, Adam et Eve furent dépouillés de la richesse infinie que le Père leur avait donnée —, le nouvel Adam et la nouvelle Eve durent agir en tout et pour tout d’une manière opposée à celle des deux premiers. Il leur fallut amener l’obéissance à la perfection qui s’anéantit et s’immole dans la chair, dans les sentiments, dans la pensée, dans la volonté pour accepter tout ce que Dieu veut. Ils durent aussi élever la pureté à une chasteté absolue par laquelle la chair… mais que fut la chair pour nous, les deux êtres purs ? Un voile d’eau sur l’esprit triomphant, une caresse de vent sur l’esprit roi, du cristal qui isole l’esprit-seigneur sans le corrompre, un élan qui soulève et non un poids qui accable. Voilà ce que fut la chair pour nous. Elle nous fut moins lourde et moins sensible qu’un vêtement de lin, une substance légère interposée entre le monde et la splendeur du moi surnaturel, un moyen pour faire ce que Dieu voulait. Rien d’autre.

Avons-nous connu l’amour ? Certainement. Mais c’est le “ parfait amour ” que nous avons connu. En revanche, l’appétit des sens qui vous pousse à vous rassasier avidement d’une chair n’est pas de l’amour, c’est de la luxure, rien de plus. C’est tellement vrai qu’en vous aimant ainsi — vous croyez que c’est de l’amour —, vous ne savez pas avoir de l’indulgence, vous aider, vous pardonner. Qu’est-ce alors que votre amour ? C’est de la haine. C’est uniquement un désir paranoïaque qui vous pousse à préférer la saveur d’un aliment faisandé à la nourriture saine, fortifiante des nobles sentiments.

Nous, nous connaissions le “ parfait amour ”, nous qui étions parfaitement chastes. Cet amour embrassait Dieu au Ciel et était uni à lui, comme le sont les branches au tronc qui les nourrit ; il s’épanchait et descendait en prodiguant le repos, l’abri, la nourriture, le confort sur la terre à ses habitants. Un tel amour n’excluait aucun de nos semblables, ni les êtres inférieurs, ni la nature végétale, ni les eaux et les astres. Les mauvais eux-mêmes n’en étaient pas exclus. Eux aussi, en effet, bien que membres morts, étaient pourtant membres du grand corps de la Création et nous reconnaissions en eux, quoique défigurée et souillée par leurs fautes, la sainte figure du Seigneur qui les avait formés à son image et à sa ressemblance.

Nous aimions, en nous réjouissant avec les bons, en pleurant sur ceux qui ne l’étaient pas, en priant pour les bons — c’est là le signe d’un amour actif qui s’extériorise en demandant et en obtenant la protection pour ceux qu’on aime — afin qu’ils s’améliorent et s’approchent toujours davantage de la perfection du Bon qui nous aime du haut des Cieux, en priant pour ceux qui vacillent entre la bonté et la méchanceté pour qu’ils se fortifient et sachent demeurer sur le droit chemin, en priant pour les mauvais, pour que le Bien parle à leurs esprits, les abatte peut-être par la foudre de sa puissance, mais les convertisse au Seigneur leur Dieu. Nous aimions comme personne n’a jamais aimé.

Nous poussions l’amour aux sommets de la perfection pour combler, par notre océan d’amour, l’abîme creusé par le manque d’amour d’Adam et Eve, qui s’aimèrent eux-mêmes plus que Dieu, en voulant obtenir plus qu’il ne leur était permis pour devenir supérieurs à Dieu. Par conséquent nous devions unir une pratique constante de tout ce qui était à l’opposé de la manière d’agir du couple d’Adam et Eve en matière de pureté, d’obéissance, de charité, de détachement de toutes les richesses de la terre : chair, puissance, argent, autrement dit le trinôme de Satan opposé au trinôme de Dieu : foi, espérance, charité. Il nous a fallu de même prendre le contre-pied de la haine, de la luxure, de la colère, de l’orgueil, ces quatre passions perverses opposées aux quatre vertus saintes : force, tempérance, justice et prudence.

Et si notre bonne volonté sans limite nous aida grandement, l’Eternel seul sait à quel point il fut héroïque d’accomplir cette pratique, à certains moments et dans certains cas. Je désire ici n’en citer qu’un, et qui se rapporte à ma Mère, pas à moi. La nouvelle Eve avait repoussé dès ses plus tendres années les flatteries employées par Satan pour l’exhorter à mordre le fruit et en goûter la saveur qui avait rendue folle la compagne d’Adam ; elle ne s’est pas bornée à repousser Satan, elle l’a vaincu par une volonté d’obéissance, d’amour, de chasteté, tellement profonde que le Maudit en a été écrasé et dompté. Que Satan ne relève pas la tête sous le talon de la Vierge, ma Mère ! Il bave et écume, rugit et blasphème. Mais sa bave coule vers le sol, son hurlement ne touche pas l’atmosphère qui entoure Marie ; celle-ci ne sent pas la puanteur et n’entend pas ses éclats de rire démoniaques, elle ne voit pas même la bave répugnante du Serpent éternel parce que les harmonies et les parfums célestes dansent avec amour autour de sa belle et sainte personne et parce que son œil, plus pur que le lys et plus aimant que celui de la tourterelle, a les yeux fixés uniquement sur son Seigneur éternel dont elle est la fille, l’Epouse et la Mère.

Lorsque Caïn tua Abel, sa mère proféra les malédictions que son esprit, séparé de Dieu, lui suggérait contre son prochain le plus intime : le fruit de ses entrailles profanées par Satan et souillées par un désir indécent. Or cette malédiction fut la tache dans le royaume du moral humain, tout comme le crime de Caïn fut la tache dans le royaume de l’animal humain. Le sang coula sur la terre, répandu par la main d’un frère. Ce premier sang attire comme un aimant millénaire tout le sang qu’une main d’homme répand en le tirant des veines de l’homme. Malédiction sur la terre proférée par une bouche humaine — comme si la terre n’avait pas été suffisamment maudite à cause de l’homme révolté contre son Dieu… déjà —, elle connaissait les ronces et les épines, la dureté du sol, la sécheresse, la grêle, le gel, la canicule, elle qui avait été créée parfaite et servie par des éléments parfaits pour être une belle demeure attrayante pour l’homme, son roi.

Marie doit effacer Eve. Or Marie voit le second Caïn : Judas. Elle sait qu’il est le Caïn de son Jésus, le second Abel. Elle sait que le sang de ce second Abel a été vendu par ce Caïn, et que déjà il est répandu. Mais elle ne maudit pas, elle aime et pardonne. Elle aime et rappelle.

Oh ! Maternité de Marie, la femme martyre ! Maternité sublime autant que ta maternité virginale et divine ! De cette dernière, c’est Dieu qui t’a fait don. Mais de la première, toi, Mère sainte, Corédemptrice, tu t’es fait don toi-même, car toi seule as su en cette heure, alors que tu sentais déjà ton cœur brisé par la flagellation qui m’avait brisé la chair, dire ces mots à Judas. Toi seule as su en cette heure, alors que tu sentais déjà la croix te briser le cœur, aimer et pardonner.

Marie est la nouvelle Eve. Elle vous enseigne la nouvelle religion qui pousse l’amour à pardonner au meurtrier d’un fils. N’imitez pas Judas, qui ferme son cœur à cette maîtresse de grâce et désespère en disant : “ Il ne peut me pardonner. ” Il doute des paroles de la Mère de la Vérité et par conséquent de mes paroles, qui n’avaient cessé de répéter que j’étais venu pour sauver et non pour perdre, pour pardonner à ceux qui viennent à moi en se repentant.

Marie, la nouvelle Eve, a reçu de Dieu un nouveau fils “à la place d’Abel tué par Caïn”. Mais cela ne s’est pas passé en un moment de plaisir animal qui assoupit la douleur sous les vapeurs de la sensualité et la lassitude de l’assouvissement. Elle l’a reçu à l’heure de la plus grande souffrance, au pied d’un gibet, au milieu des râles de son Fils mourant, des insultes d’une foule déicide et d’une désolation imméritée et totale puisque même Dieu ne la consolait plus.

Une vie nouvelle commence pour l’humanité et pour tout homme par Marie. Ses vertus et sa manière de vivre doivent être votre école. Sa douleur, qui a pris tous les visages, même celui du pardon au meurtrier de son Fils, est votre salut. »

(L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, Chapitre 606, tome 10, seconde traduction en Français)

En 1950 :

La Vierge Marie dit : “Cette année, il me sera donné, à moi, la plus humble et la plus grande de toute créature humaine, le dernier et plus éminent sceau de grandeur : la proclamation du dogme de ma glorieuse Assomption avec mon corps et mon âme.
Mais cela ne m’élève pas au-dessus de vous, cela ne m’éloigne pas de vous. Je suis et je reste celle qui aime d’autant plus les créatures qu’elles sont pauvres, seules, incomprises, affligées comme je le fus moi-même.
C’est pourquoi j’ai confié à ma petite voyante belge (à Banneux) : “Je suis la Vierge des pauvres, et je veux être honorée et vénérée sous ce nom. Je désire que, ici comme partout, les pauvres trouvent en moi leur Mère et leur Consolatrice, les peuples leur Salvatrice, les malades celle qui les guérit, les affligés leur Consolatrice, les incrédules celle qui leur donne la foi, les désespérés leur source d’espérance, les durs de cœur celle qui les embrase d’amour pour Dieu et leur prochain.”
À Banneux, une source a jailli pour le bien matériel de beaucoup. Mais de mon Cœur immaculé, il en jaillit une plus grande encore, qui est tout amour et miséricorde envers ceux qui prieront avec foi la Vierge des pauvres, ou de Banneux, ce qui est la même chose.
Je sais tout, puisque je vis dans la lumière sapientielle de Dieu depuis le jour où j’ai commencé à être dans le sein d’Anne, et je la possède désormais parfaitement, car je vis dans le Sein incandescent de la Trinité éternelle. Je te déclare par conséquent que, en dépit de quelques obstacles ecclésiastiques inévitables, mon culte en tant que Vierge des pauvres, comme je le fus moi-même s’étendra. Dans de nombreuses villes, on élèvera des églises qui me seront dédiées sous ce vocable, et j’y répandrai des grâces aux pauvres, aux humbles, aux malades d’âme ou de corps, pour les sauver, physiquement mais plus encore spirituellement. Cela me rendra encore plus heureuse que le grand dogme qui va être défini. Plus que la gloire, ce sont en effet des enfants que je veux, car je suis la Co-Rédemptrice.” (Valtorta, Les Carnets, 23 janvier 1950)

Le rejet de l’Église

Cependant un revirement s’opère sous à partir du pape François, opposé à la proclamation du dogme de Marie corédemptrice.

Le 12 décembre 2019, lors de la messe dédiée à la Vierge de Guadalupe, le pape François a rejeté l’idée que la Vierge Marie soit “corédemptrice” et, donc, de proclamer un tel dogme.

Le 4 novembre 2025, le Dicastère pour la Doctrine de la foi, présidé par le cardinal jésuite Victor Manuel Fernandez, publia la “note doctrinale sur certains titres mariaux qui se réfèrent à la coopération de Marie à l’œuvre du salut”, Mater Populi fidelis, approuvée par le pape Léon XIV, demandant de ne plus employer l’expression “Marie corédemptrice”.

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