Les hérésies à travers les siècles

Depuis ses origines, l’Église est confrontée à l’émergence continuelle de nouvelles hérésies. Ainsi, des hérésies de types christologique, cosmologique, sotériologique ou encore ecclésial ont émaillé sa longue histoire.

Cette situation oblige l’Église à défendre la foi véritable léguée par le Christ.

Ainsi, de grands théologiens ont régulièrement pris la plume ou la parole dans ce but :

Définitions

Hérétique (du latin haeresis signifiant “doctrine, opinion, système”, emprunté au grec ancien hairesis signifiant “choix, objet choisi”) : Rejet délibéré d’une ou plusieurs doctrines enseignées par l’Église. Une hérésie est une idée qui a été formulée, a fait débat, puis a été considérée inexacte par l’Église catholique.

“On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité.” (Code de Droit Canonique, Can. 751)

Apostat (du grec ancien apóstasis signifiant “abandon, renoncement, éloignement”) : L’abandon de la foi catholique (la négation du péché originel ou de l’incarnation de Dieu).

On appelle “le rejet total de la foi chrétienne”. (Code de Droit Canonique, Can. 751)

L’article 1364 du Code de droit canon de 1983 considère que l’apostasie entraîne automatiquement l’excommunication (latae sententiae).

Schismatique (du grec ancien skhisma signifiant “séparation”, du verbe skhízô signifiant “couper, fendre”) : Contestation du pouvoir ou de la compétence de l’Église.

On appelle “schisme, le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis.” (Code de Droit Canonique, Can. 751)

Il y a eu des hérésies à toutes les époques. Nous allons voir les principales d’entre elles ci-dessous.

Les hérésies de type christologique

  • Unitarisme : Dieu serait un seul et même esprit, rejet du “trinitarisme”
    • Modalisme (ou sabellianisme, du nom de son promoteur Sabellius) : le Père, le Fils, le Saint-Esprit seraient trois modes (et non personnes) du même Dieu unique. Dieu le Père serait, ici, l’unique personnalité de la divinité et, donc, incarné en Jésus Christ et crucifié. (Condamnée par le concile à Rome en 262.)
    • Il y a une résurgence moderne avec la création de l’église unitarienne, en Angleterre, en 1774.
  • Subordinatianisme : le Fils est subordonné au Père.
    • Arianisme : Jésus serait la plus haute de toutes les créatures de Dieu (supérieure aux anges), mais pas Dieu ; rejet de la consubstantialité. (Cette hérésie fut notamment combattue par Saint Hilaire, premier évêque de Poitiers et Docteur de l’Église.)
    • Témoins de Jéhovah : Ils nient la Trinité. Jésus Christ ne serait pas Dieu. Il serait l’archange Michel. Il aurait été créé par Dieu avant de venir sur Terre. C’est en ce sens qu’ils comprennent son titre de fils de Dieu.
  • Adoptianiste : Jésus serait devenu le fils de Dieu, par adoption, après son baptême dans le Jourdain.
    • Ébionisme : la nature de Jésus serait uniquement humaine ; il aurait été choisi par Dieu pour être le dernier et véritable prophète qui annonce le Royaume de Dieu, en raison de son observance de la Torah.
  • Miaphysisme : la nature de Jésus serait uniquement divine.
  • Nestorianisme : la nature de Jésus est humaine et divine, mais elles sont séparées (condamné par le concile d’Éphèse en 431).

Les hérésies de type cosmologique

  • Gnosticisme : le salut vient de la connaissance parfait de l’origine, du cosmos, de l’homme… présenté dans un récit divergent de la Bible.
    • Mandéisme : pour eux le plus grand des prophètes est Jean-Baptiste.
    • Valentiniens : cosmologie très complexe et singulière où l’Esprit-Saint serait le partenaire féminin du Christ.
  • Macédonianisme : rejet de la divinité du Saint-Esprit et, donc, de la consubstantialité.
  • Modalisme : voit le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois modes du Dieu unique, et non comme trois personnes, ce qui aurait impliqué que le Père ait souffert sur la Croix.
  • Dithéisme : coexistence de deux principes premiers, celui bien et celui du mal.
    • Manichéisme : syncrétisme du zoroastrisme, du bouddhisme et du christianisme, affirmant le combat entre le bien (royaume de la lumière auquel appartient notre âme immortelle) et le mal (royaume des ténèbres auquel appartient notre corps mortel). Ce courant croit en la réincarnation pour qui ne parvient pas à se détacher du monde matériel à l’aide de l’Évangile.
      • Paulicianisme : rejet du clergé, de la Croix, des Saints, de l’Eucharistie, des sacrements, du mariage… le Notre Père est leur seule prière.
  • Bogomilisme : le monde matériel, la chair comprise, sont créés par la diable, tandis que l’âme est l’œuvre de Dieu ; rejet de l’Ancien Testament, de l’Église, des sacrements, les princes.
    • Catharisme : croit en la réincarnation ; croit que Dieu est absent du monde terrestre ; rejet de l’Ancien Testament (sauf les Livres des Prophètes), des sacrements de l’Église, de la transsubstantiation, de l’intercession des saints, du culte des reliques, de l’enfer ; indistinction entre concubinage et mariage ; le Notre Père est leur seule prière.
  • Marcionisme : distinction entre le Dieu de La Loi de l’Ancien Testament et le Dieu de miséricorde et d’amour du Nouveau Testament ; et rejet intégral de l’Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l’aurait rendu caduc.

Le manichéisme : une vision dualiste du monde

Mani était un guru et un artiste de l’Antiquité tardive qui affirmait être le dernier prophète d’une lignée incluant Bouddha, Zoroastre et Jésus. Il vécut en Perse, de 216 à 276 après Jésus-Christ.

Il fonda un système religieux syncrétique associant des éléments du bouddhisme, du zoroastrisme et du christianisme et basé sur une vision radicalement dualiste du monde entre la Lumière (le Bien) et les Ténèbres (le Mal). Le monde matériel résulterait du mélange de ces deux principes éternels et opposés. Le but de l’existence serait de libérer les particules de Lumière prisonnières de la matière pour les ramener au royaume de la Lumière.

Les adeptes de la religion manichéenne étaient divisés en deux catégories :

  • les “élus” qui suivaient une vie ascétique stricte,
  • et les “auditeurs” qui les soutenaient.

Le manichéisme connut un essor rapide, s’étendant de l’Empire romain à la Chine, et fut particulièrement influent entre le IIIème et le VIIème siècle. Il fut ensuite persécuté et périclita progressivement, et ses derniers adeptes s’éteignirent au XIVème siècle, en Asie centrale.

Il inspira notamment le catharisme. Et, aujourd’hui encore, le terme “manichéen” est couramment utilisé pour qualifier une opposition tranchée et frontale entre le bien et le mal.

Les cathares : l’hérésie de tous les fantasmes

Le courant religieux des albigeois (plus connus depuis les années 1960 sous le nom de “cathares”) a émergé en terres slaves vers l’an mille avant de connaître une expansion particulière dans le sud de la France. Ce courant hérétique, combattu par l’Église catholique, n’a pas duré longtemps et disparu au XIIIème siècle.

Les cathares se croyaient être les fidèles héritiers des apôtres.

Ils rejetaient :

  • l’Ancien Testament (à l’exception des Prophètes),
  • l’Incarnation de Dieu en Jésus,
  • la présence de Dieu dans le monde,
  • la transsubstantiation,
  • la communion des saints,
  • le culte des reliques,
  • la distinction entre mariage et concubinage, du moment que l’union était consentie, monogame et fidèle,
  • le pape et le Vatican,
  • la propriété privée (préférant la propriété d’usage).

Ils croyaient en la réincarnation.

Pensant que les animaux ont une âme, ils étaient végétariens.

Leur seul sacrement était le baptême par imposition des mains administré après la puberté. Leur seule prière était le Notre Père.

Parmi eux, certains se désignaient sous le vocable de Parfaits . Ils s’abstenaient de toute sexualité, pensant qu’elle était impure et qu’elle retardait indéfiniment leur salut. Pour eux, le corps était impur et ils refusaient d’avoir des enfants pour ne pas enfermer davantage d’âmes sur Terre.

Aujourd’hui, les cathares servent souvent de fourre-tout pratique dans lequel les sympathisants du new age peuvent déverser leurs fantasmes : féminin sacré, spiritualité areligieuse, sacralisation de la nature, végétarisme, non-violence, etc.

Les hérésies de type sotériologique (au sujet du salut de l’âme)

  • Apocatastase : doctrine selon laquelle, à la fin du monde, l’enfer sera vidé des damnés et des anges déchus qui s’y trouvent pour être restaurés dans leur pureté originelle et admis au Paradis.
  • Réconciliation universelle :
    • théorie 1 : l’enfer ne serait pas éternel (Origène, au IIème siècle, imaginait que l’enfer était un lieu de purification temporaire, comme le purgatoire)
    • théorie 2 : les âmes damnées seraient anéanties après avoir enduré un certain volume de justes souffrances
  • Annihilationisme : théorie selon laquelle les âmes ne seraient pas immortelles et les “méchants” annihilées (anéantis) après le Jugement dernier.
  • Mortalisme : théorie selon laquelle, à la mort du corps, l’âme mourrait (thnétopsychisme) ou plongerait dans un sommeil (psychopannychisme) jusqu’au moment de la résurrection.

Les hérésies de type ecclésial

  • Montanisme : rejet de la hiérarchie ecclésiale ; et considération du prophète Montanus comme un médium privilégié de l’Esprit-Saint.
  • Novatianisme (IIIe siècle) et Donatisme (IVe-Ve siècle) : contestation de la validité des sacrements administrés par un évêque consacré en raison de fautes passées.
  • Jovinien (IVe siècle) : défendait le fait que la vie conjugale était tout aussi méritoire que la virginité, que tous les péchés sont égaux, que Marie ne fut pas perpétuellement vierge.
  • Protestantisme : rupture avec l’autorité pontificale et les sacrements (la présence réelle dans l’eucharistie, la confession, le mariage indissoluble devant Dieu, l’ordination dans la succession apostolique, etc.).
  • Anglicanisme : scission avec le Vatican de la part du roi d’Angleterre Henri VIII au 16ème siècle, à mi-chemin entre le catholicisme et le protestantisme.

Jésus : “L’Église apostolique sera, tant que la terre existera, l’unique véritable Église. Mais ces petits groupes séparés, privés par conséquent des dons que je laisserai à l’Église Mère pour nourrir mes enfants, garderont toujours le titre d’églises chrétiennes en raison de leur culte pour le Christ et, au sein de leur erreur, elles se souviendront toujours qu’elles sont venues du Christ.” (Valtorta, 203.5)

L’islam

L’islam est une forme de néo-arianisme (négation de la divinité de Jésus Christ) née au VIIème siècle.

→ Lire notre page dédiée à l’islam

Révélation privée :

Jésus : “Généralement, ceux qui sont appelés à un destin extraordinaire laissent entrer en eux l’orgueil de leur vocation, et cet orgueil ouvre les portes à Satan, en chassant Dieu. La chute des étoiles fait plus de bruit que celle des grains de sable. Le Maudit cherche à éteindre les astres et il s’insinue, il s’insinue sournoisement pour servir de levier à ceux qui sont choisis afin de les faire chuter. Si mille, ou même dix mille individus tombent dans les erreurs communes, leur chute n’entraîne qu’eux-mêmes. Mais si celui qui tombe a été choisi pour un destin extraordinaire, et devient un instrument de Satan au lieu d’être celui de Dieu, sa voix au lieu d’être “ma” voix, son disciple au lieu d’être “mon” disciple, alors la ruine est bien plus grande et peut même donner naissance à des hérésies profondes qui nuisent à des âmes innombrables.” (Valtorta, 365.16)

Curiosité :

Le père Édouard-Marie Gallez a mentionné cette page dans sa conférence “Les “anti-trinités” des postchristianismes”.