Le protestantisme : paradoxes et anachronismes

Introduction

Comme son nom l’indique, le protestantisme est né par opposition au catholicisme.

Apparu au XVIème siècle, ce courant religieux rassemble les sectes issues de la Réforme (plus de 40.000 à ce jour). Toutes entendent revenir au christianisme des origines, en rompant avec l’histoire de l’Église catholique romaine.

Or, nous assistons actuellement, tout particulièrement aux États-Unis, à un phénomène important : après des décennies de ministère et d’études religieuses, de nombreux pasteurs protestants se convertissent au catholicisme (religion pour laquelle ils avaient généralement entretenu une vive hostilité).

Nous allons voir, en suivant le cheminement spirituel et intellectuel de ces infatigables chercheurs de Dieu, les grands arguments du protestantisme et y répondre, point par point.

Les personnes et les dates fondatrices

Le protestantisme englobe notamment :

En savoir plus sur les fondateurs protestants.

Le narratif protestant

Pour les protestants, après l’ascension de Jésus-Christ au Ciel, les premiers chrétiens vécurent fidèlement à son enseignement.

Mais au fil des siècles, et plus particulièrement au Moyen Âge, les dirigeants de l’Église catholique romaine auraient dévoyé le message originel à leur profit en inventant et en accumulant des traditions et des pratiques d’origine humaine. Pour eux, la tradition catholique serait synonyme de « téléphone arabe » et le message, répété de siècle en siècle, aurait fini par ne plus rien avoir que sa version originale.

Puis, au XVIème siècle, l’ex-moine Martin Luther, en Allemagne, et l’avocat-théologien français Jean Calvin, en Suisse, auraient rétabli un christianisme pur, resté caché pendant plus de 1000 ans (du IVème au XVIème siècle), en rompant avec l’autorité du pape et la tradition, pour ne revenir qu’aux seules sources bibliques.

La théologie protestante

…seule la Bible ferait autorité (sola scriptura)

Le postulat de départ :

Les protestants affirment que la Bible est la seule source du savoir religieux. Cette approche a été introduite par Marin Luther dans son Livre de Concorde, et Jean Calvin. Luther écrit ailleurs : « Tout ce qui n’est pas dans les Écritures est tout simplement une addition de Satan » (De Abroganda Missa, tome VIII, 1521).

Les paradoxes et anachronismes de ce postulat :

Le premier paradoxe de ce postulat est qu’il ne repose, lui-même, sur aucun argument biblique.

Prendre la Bible comme point de départ est anachronique. En effet, les premiers chrétiens n’avaient pas de Bible. Ils se transmettaient l’enseignement du Christ et les pratiques attenantes par tradition orale. Ce n’est qu’au IVème siècle après Jésus-Christ que l’Église catholique fixa la forme canonique de la Bible.

Or, c’est précisément la Tradition – rejetée par les protestants – qui permit à ce moment-là à l’Église catholique de discerner quels livres retenir pour fixer le canon biblique. Sans la Tradition, ils cette sage compilation aurait été impossible ; rejeter la Tradition revient donc à rejeter la Bible fixée grâce à elle.

Enfin, il est étonnant de voir les protestants invoquer pour seule autorité un livre dont le canon fut compilé, fixé, présenté en chapitres et en versets, et transmis par l’Église catholique romaine à laquelle ils s’opposent (protestent).

Le problème de ce postulat :

Le problème de la sola scriptura est que la Bible peut être interprétée (« libre examen ») de multiple manières. Ainsi, dès leur origine, les initiateurs du protestantisme se sont querellés entre eux car chacun voulait imposer son interprétation. Ce fait est si flagrant qu’on dénombre aujourd’hui plus de 40.000 dénominations protestantes différentes de par le monde. Un nombre astronomique pour seulement quelques siècles d’existence ! La sola scriptura rend la dynamique protestante intrinsèquement schismatique. Or, on sait que la division est le fruit du diviseur (diabolos). Il est aisé de nommer le nom du fondateur humain de chaque branche du protestantisme. Mais l’origine du catholicisme remonte à Jésus et à Saint Pierre seuls. Aux États-Unis, société de la consommation et du zapping par excellence, il est fréquent de voir les protestants essayer une église après l’autre en quête de celle qui se conformera le plus à leurs vues et envies. Ici, c’est l’individu qui pose sa propre pensée comme étalon de mesure (ce point est commun avec la franc-maçonnerie ou le new age).

Aller plus loin : Ce problème d’interprétation a été illustré par l’apologiste Patrick Madrid avec la simple phrase : « I never said you stole money ».

Les mots imprimés ne suffisent pas. Encore faut-il pouvoir les interpréter justement.

« […] quelqu’un pourrait peut-être demander : ’’Puisque le canon des Écritures est complet, et est suffisant par lui-même en toute chose, et plus que suffisant, d’où vient ce besoin d’y mêler l’autorité de l’interprétation de l’Église ?’’ Pour cette raison, parce que du fait de la profondeur des Saintes Écritures, tous ne l’acceptent pas dans un même et unique sens, mais l’un la comprend d’une manière, un autre d’une autre manière ; ainsi, il semble qu’il soit possible qu’il y ait autant d’interprétations que de lecteurs. » (Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, Comment distinguer la vérité de l’erreur ?, I, 2)

[Ces divisions internes, présentes dès les origines du protestantisme, ne sont pas sans rappeler les divisions meurtrières qui déchirent l’islam, de la mort de Mohammed à nos jours (cf. les fitan : la bataille du chameau en 656, la bataille de Siffin en 657, etc.). Ces divisions contrastent fortement avec la paisible communion qui unissait les premiers chrétiens (tous mettaient en commun leurs biens afin que nul ne manque du nécessaire et priaient d’un même cœur).]

L’approche catholique :

L’Église catholique ne dissocie pas :

  1. l’Écriture sacrée (la Bible)
  2. la Tradition sacrée (Dieu > Jésus-Christ > apôtres > disciples/fidèles)
  3. le Magistère (enseignement d’autorité donné par l’Église)
  4. et l’héritage spirituel de ses Pères, ses saints et ses saintes.

Ces quatre composantes doivent être en harmonie. Leur synthèse constitue le « dépôt de la foi« . Voilà ce qui fait l’unité du catholicisme.

Ici, c’est le croyant qui se conforme humblement à ce dépôt établi par la succession apostolique. Cette mémoire vivante, passée de génération en génération, a été préservée par l’action de l’Esprit Saint. La révélation publique s’est explicitée dans le temps, toujours sous l’action de l’Esprit Saint, tout en restant intacte. Jésus l’avait dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt 16, 18)

…seule la foi sauverait (sola fide)

En se basant sur les versets suivants du Nouveau Testament :

  • Jésus : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. » (Mc 16, 16)
  • Saint Paul apôtre : « Le juste vivra par la foi. » (Rm 1, 17),
  • Saint Paul apôtre : « Car l’aboutissement de la Loi, c’est le Christ, afin que soit donnée la justice à toute personne qui croit. » (Rm 10, 4)
  • Saint Paul apôtre : « En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. » (Rm 10, 9),
  • Saint Paul apôtre : « Cependant, nous avons reconnu que ce n’est pas en pratiquant la loi de Moïse que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus pour devenir des justes par la foi au Christ, et non par la pratique de la Loi, puisque, par la pratique de la Loi, personne ne deviendra juste. » (Ga 2, 16)

et plus particulièrement sur le verset :

les protestants affirment que le seul fait de reconnaître et d’accepter, dans son cœur, Jésus-Christ comme notre Seigneur et Sauveur est suffisant pour avoir la certitude absolue d’être sauvés.

Les catholiques, eux, croient que la foi est la première étape d’une conversion profonde qui doit se transcrire par un effort constant, soutenu par la grâce, à produire des œuvres saintes (« on reconnaît l’arbre à ses fruits », Mt 7, 20 ; Lc 6, 43-44). Ce sont elles qui nous accordent les mérites du Ciel.

Les points essentiels du Salut sont :

  • le baptême qui sauve, même les enfants,
  • la communion de la présence réelle (« qui mange mon corps et boit mon sang aura la vie éternelle »),
  • l’Amour en actes.

Saint Jacques : « la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. » (Jc 2, 17-18)

À savoir : Luther qualifia cette lettre de l’apôtre Jacques d' »épître de paille » (cf. Luther, Das Newe Testament Deutzsch, 1522) et « ne la [tenait] pas pour l’œuvre d’un Apôtre » (cf. Luther, Préface aux épîtres de saint Jacques et de saint Jude, 1522), parce qu’elle contredit directement sa thèse sola fide (en savoir plus).

« Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique [ressemble à un homme sage qui a construit sa maison sur le roc]. » (Lc 6, 47-48)

« Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. Celui qui a de quoi vivre en ce monde, s’il voit son frère dans le besoin sans faire preuve de compassion, comment l’amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ? Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité » (1 Jn 3, 16-19)

Saint Paul : « j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (1 Co 13, 2)

Saint Paul : Saint Paul : « mes bien-aimés, vous qui avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et profond respect » (Ph 2, 12)

Saint Pierre : « frères, redoublez d’efforts pour confirmer l’appel et le choix dont vous avez bénéficié ; en agissant de la sorte, vous ne risquez pas de tomber. C’est ainsi que vous sera généreusement accordée l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. » (2 P 1, 10-11)

Jésus : « Le Royaume de Dieu est en vous, dans votre âme qui accueille la Loi venue des Cieux comme la loi de la vraie Patrie, la loi dont la pratique rend citoyen du Royaume. » (Valtorta, 486.6)

Jésus : « Voici l’arme et la défense [véritable] : la Parole éternelle devenue la loi de chacun de vos actes. » (Valtorta, 455.13)

Jésus, parlant des ouvriers de la dernière heure : « Celui qui croit en moi vit. La vraie vie n’est pas ce temps où vit la chair. La vie est celle que l’on obtient en croyant, en suivant la Voie, la Vérité, la Vie, et en agissant conformément à sa parole. Même s’il s’est agi de croire et de suivre pendant peu de temps, et de travailler pendant peu de temps, vite interrompu par la mort du corps, et même s’il s’agit d’un seul jour, d’une seule heure, je te dis en vérité que cette créature ne connaîtra plus la mort. En effet, mon Père, qui est le Père de tous les hommes, ne tiendra pas compte du temps passé à suivre ma Loi et à croire en moi, mais de la volonté de l’homme de vivre jusqu’à sa mort en conformité avec cette Loi et cette foi. Je promets la vie éternelle à celui qui croit en moi et agit conformément à mes paroles, en aimant le Sauveur, en propageant cet amour, en mettant en pratique mes enseignements dans le temps qui lui est accordé. » (Valtorta, 534.2-3)

Peut-on  être ouvrier sans œuvrer ?

Jésus : « faites en sorte que toutes vos bonnes actions viennent couronner vos bonnes paroles. Alors vous serez vraiment regardés et entendus avec bienveillance par l’Éternel. » (Valtorta, 523.6)

Si le salut était accordé automatiquement sur la seule base de notre foi, les sacrements et nos efforts deviendraient futiles ou optionnels. Cela viderait de sa substance la vie chrétienne qui est un pèlerinage vers la sainteté, à contre-courant de l’esprit du monde.

En conclusion :

Pour les protestants : Foi = Salut
Pour les catholiques : Foi + Œuvres de charité = Salut

…seul le baptême par immersion serait valide

…la communion sans transsubstantiation

Chez les protestants évangéliques, l’office est centrée sur l’individu : le prédicateur exhorte à la conversion d’un côté, le fidèle qui loue le Seigneur et lui demande des faveurs de l’autre. Les églises évangéliques doivent recruter de talentueux prédicateurs capables de procurer l’envolée que viennent rechercher les fidèles, sans quoi elles mettraient rapidement la clé sous la porte.

Chez les catholiques, l’office est centrée sur le Christ par la commémoration non sanglante de son saint sacrifice pour nous sauver. De ce fait, la qualité de la célébration ne repose pas sur les talents du prêtre à capter l’attention des fidèles (il est même fréquent que les offices de semaine n’aient pas de sermons), mais sur le respect de la liturgie qui enveloppe le sacrement de l’eucharistie.

Martin Luther citait souvent Saint Augustin. Or, Saint Augustin a écrit : « ce n’est pas un péché de croire que le pain consacré est le corps du Christ, c’est un péché de croire qu’il ne l’est pas. »

Chapitre 6 de l’évangile selon Saint Jean.

…il ne faudrait pas confesser nos péchés à d’autres mais directement à Dieu

Les protestants rejettent le sacrement de réconciliation (confession) au motif que l’on devrait confesser nos fautes directement à Dieu. Mais cela est en contradiction avec la demande de Jésus :

« À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » (Jn 20, 23)

et avec l’épître de l’apôtre Jacques :

« Confessez donc vos péchés les uns aux autres » (Jc 5, 16)

Le fait de sacraliser le pardon au travers d’un rituel permet :

  • d’anéantir notre orgueil,
  • d’attester de la miséricorde effective de Dieu. À l’inverse, confesser seul ses péchés directement à Dieu est flou et la personne peut rester dans le doute quant à l’effectivité de sa demande. Bien sûr, cela est important dans les cas de force majeure (accidents, incapacité à trouver un prêtre, etc.).

…Marie aurait eu d’autres enfants avec Joseph par conception biologique après Jésus et ne devrait pas être vénérée

Pour les protestants Marie n’a pas de place particulièrement, alors même que, d’après les Écritures :

  • elle est prophétisée par Isaïe qui annonce sa maternité tout en restant vierge, un miracle unique au monde (Is 7, 14),
  • elle est décrite dans le Cantique des cantiques comme « la plus belle des femmes » (Ct 5, 9),
  • elle est présente à toutes les grandes étapes de la vie de Jésus et est la personne qui a passé le plus de temps avec lui au monde,
  • elle est l’étincelle de son premier miracle (Jn 2, 1-11),
  • elle est la Reine du Ciel qui écrasera définitivement le Serpent (Ap 12). Écouter un témoignage à ce sujet.

Jésus :  » [Marie] est la Femme qui, depuis des siècles, maintient le Serpent sous ses pieds. » (Valtorta, Les Carnets, 26 juin 1953).

En cherchant à la renverser, les protestants rendent service au Serpent.

Saint Jean Eudes : « Nous ne devons pas séparer ce que Dieu a uni si parfaitement. Qui voit Jésus, voit Marie ; qui aime Jésus, aime Marie. Celui-là n’est pas vraiment chrétien qui n’a pas de dévotion à la Mère de Jésus-Christ et de tous les chrétiens. » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337)

→ En savoir plus sur Marie

…les Saints ne seraient pas des intercesseurs et ne devraient pas être priés

Aujourd’hui, nous voyons nombre de statues décapitées sur les frontons de nos cathédrales.

L’accusation selon laquelle les catholiques seraient des idolâtres qui adoreraient des statues est aussi peu fondée que d’accuser une mère regardant tendrement la photo de son enfant d’idolâtrer le papier photographique Kodac.

Pour mieux comprendre le sujet, vous pouvez écouter la vidéo suivante :

les représentations seraient de l’idolâtrie (images, icônes, statues)

Position catholique :

« Le concile affirme que l’honneur rendu aux images s’adresse non à l’image elle-même mais à la personne qui y est représenté. Il établit une distinction entre l’adoration qui ne doit s’adresser qu’à Dieu et la vénération que l’on porte à des images des reliques ou à des saints pour rendre grâce à Dieu. Il condamne les iconoclastes [les briseurs d’images] comme des négateurs de l’incarnation de Dieu. » (Deuxième Concile de Nicée, 787)

…certains livres de la Bible ne seraient pas canoniques

Le canon de la Bible hébraïque traduite en grecque pour les juifs de la Dispersion (la Septante) fut fixé en 270 av. J.-C. Entre 90 et 100 après Jésus-Christ, les juifs, dans une dynamique de repli identitaire après la chute du Temple de Jérusalem, décidèrent d’ôter les 7 livres deutérocanoniques.

La canon des 73 livres de la Bible fut fixé par l’Église catholique. Luther garda ce canon, en mettant certains livres qui contredisaient ses vues doctrinales en annexe : les livres deutérocanoniques, la lettre de Jacques, la lettre aux Hébreux, les lettres de Jean et le livre de l’Apocalypse. En effet, le second livre des Maccabées (présent dans les livres deutérocanoniques) soutient la doctrine du purgatoire, la lettre de Jacques soutient l’importance des œuvres pour le salut et la lettre aux Hébreux soutient le sacerdoce. C’est au XIXème siècle et en suivant la direction de la Société biblique anglaise (British Bible Society), que les protestants ont supprimé ces 7 livres présents depuis des siècles dans la Bible, la réduisant à 66 livres. Luther, lui-même, n’était pas allé jusqu’à retirer purement et simplement certains livres de sa bible. C’est un comble lorsqu’on entend l’attachement que professent les protestants envers l’Écriture Sainte. Amputer la Bible, ne fut pas sans conséquence théologiques.

Il est intéressant de noter que les juifs reprochaient, pareillement, aux Samaritains de rejeter certains livres saints de leur canon (Valtorta, 483.1 ; 556.5).

…le purgatoire n’existerait pas

Pour les protestants, au terme de leur vie, les humains vont soit au paradis (s’ils ont reconnu dans leur cœur Jésus comme leur Seigneur et Sauveur), soit en enfer (s’ils ne l’ont pas reconnu).

En plus du paradis et de l’enfer, les catholiques croient également au purgatoire.

Cette réalité est évoquée dans le Deuxième livre des Macchabées où l’on apprend que Judas procède à un « sacrifice expiatoire pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leur péché » (2 M 12, 46). Or, les protestants ont retiré ce livre de leurs bibles au motif qu’il fut rédigé en grec. Il était pourtant lu dans les synagogues au temps de Jésus.

Par ailleurs, Jésus nous enseigne que Dieu est parfaitement juste et proportionnel.

Jésus : « lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. » (Mt 5, 23-26)

Les pères de l’Église

À ce stade, nous pourrions penser que la vision protestante et la vision catholique découlent de deux interprétations différentes et légitimes d’un même texte. Et que, puisque la vision protestante s’exonère de tout ce qui est extérieur à ce texte, elle pourrait être la plus fidèle.

Sauf que nous avons les écrits des pères de l’Église.

Le titre de Père de l’Église est attribué aux grands théologiens chrétiens des premiers siècles qui partagent les critères suivants : l’ancienneté, l’orthodoxie de l’enseignement, la sainteté de vie, l’approbation de l’Église. Ils contribuèrent à édifier la « Grande Église« . Voir la liste de ces pères. Les termes patrologie et patristique désignent l’étude des Pères de l’Église.

Voici quelques compilations de leurs écrits :

Plusieurs Pères de l’Église ont directement côtoyé les apôtres de Jésus dont ils étaient disciples. Or, en lisant les écrits (antérieurs à la compilation de la Bible même), nous apprenons qu’ils :

→ Vénéraient Marie et la reconnaissaient comme toujours immaculée et vierge : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Reconnaissaient l’Immaculée Conception de Marie : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Considéraient la Vierge Marie comme la Mère de Dieu (Theotokos) : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Se confiaient à l’intercession de la Vierge Marie : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Croyaient en l’Assomption de Marie, élevée corps et âme au Ciel au terme de sa vie terrestre : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Considéraient Jésus comme un enfant unique, sans frère ni sœur biologique

→ Croyaient en la transsubstantiation et en la présence réelle de la personne vivant du Christ dans l’eucharistie

Il est vrai que le terme « transsubstantiation » (le changement de substance) est employé à partir du XIIe siècle et que ce sont le IVème concile de Latran qui proclame pour la première fois « la présence réelle » (en 1215) et le concile de Trente qui affirme le dogme de la transsubstantiation (XVIème siècle), mais ces croyances étaient déjà affirmées par les pères de l’Église, dès l’origine du christianisme : Ignace d’Antioche (né vers 35 ; étudiant direct de l’apôtre Saint Jean ; mort martyr en 107 ou 113 ; sept de ses lettres aux églises primitives datées de 106 furent préservées), Polycarpe de Smyrne (70-160), Irénée de Lyon (130-202), Cyprien de Carthage (200-258), Hilaire de Poitiers (315-367), Ambroise de Milan (339-397), Cyrille de Jérusalem (v. 315-387 ; évêque de Jérusalem de 350 à 386), Jean Chrysostome (344-407), Augustin (354-430), Léon le Grand (v. 395-461 ; saint, pape et docteur de l’Église).

La Doctrine des Apôtres ou Didachè (mot grec signifiant « enseignement« ) est un texte antique rendant compte du déroulement des assemblées eucharistiques telles qu’elles se vivaient en Syrie, entre l’an 100 et l’an 150.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire le livre du père François Marot, La Messe perpétuelle, Une apocalypse de l’Amour, éditions Pierre Téqui, 2019, ou encore consulter ce site.

Exemples :

 

Ignace, évêque d’Antioche, précise que « ceux qui ont une autre opinion sur la grâce de Jésus-Christ qui est venue sur nous […] s’abstiennent de l’eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne confessent pas que l’eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, chair qui a souffert pour nos péchés, et que dans sa bonté le Père a ressuscitée » (Ignace d’Antioche, Lettre aux Smyrniotes, VI, 1-VII, 1). Et peu de temps avant d’être martyrisé à Rome, il écrit : « Je ne me plais plus à une nourriture de corruption ni aux plaisirs de cette vie ; c’est le pain de Dieu que je veux, qui est la chair de Jésus-Christ, de la race de David (Jn 7, 42 ; Rm 1, 3), et pour boisson je veux son sang, qui est l’amour incorruptible. » (Ignace d’Antioche, Lettre aux Romains, VII, 3, datée de l’an 110 environ)

 

Irénée de Lyon, qui voyait un « corps-à-corps » entre l’Eucharistie et notre être, commenta ainsi le verset Ep 5, 30 de l’apôtre Paul : « Voici ce que dit le bienheureux Apôtre à ce sujet dans la Lettre aux Éphésiens : Nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. Ce n’est pas de je ne sais quel homme spirituel et invisible, qu’il dit cela, car un esprit n’a ni os ni chair, mais il parle de l’organisme authentiquement humain, qui est constitué de chairs, de nerfs, et d’os, qui est, lui, nourri par la coupe qui est son sang, et fortifié par le pain qui est son corps. Le bois de la vigne, après avoir été couché sur le sol, porte du fruit en son temps ; le grain de blé, tombé en terre, et là dissous, resurgit multiplié par l’Esprit de Dieu qui contient tout. Ensuite, grâce au savoir des hommes, ils servent à leur usage et, en recevant le Verbe de Dieu, ils deviennent l’eucharistie, à savoir le corps et le sang du Christ. Ainsi nos corps qui sont nourris de l’eucharistie, après avoir été couchés dans la terre et s’y être dissous, ressusciteront en leur temps, quand le Verbe de Dieu leur donnera la résurrection, pour la gloire de Dieu le Père, lui qui procurera l’immortalité à ce qui est mortel, et offrira l’incorruptibilité à ce qui est corruptible, car la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse. » (Irénée de Lyon, Traité contre les hérésies)

 

S’adressant aux catéchumènes, Saint Cyrille de Jérusalem écrit « vous avez été enseignés et vous êtes fermement convaincus que ce qui ressemble et goûte le pain et le vin n’est pas du pain et du vin, mais le Corps et le Sang du Christ » (Catéchèse 22).

 

Au IIème siècle, Saint Justin de Naplouse rendant compte de foi devant le sénat romain dit : « Nous ne prenons pas l’Eucharistie comme un pain ordinaire ou une boisson ordinaire. De même que Jésus-Christ notre Sauveur, en s’incarnant par la Parole de Dieu, a pris chair et sang pour notre salut: ainsi l’aliment devenu eucharistie par la prière contenant sa parole, et qui nourrit notre sang et notre chair en les transformant, cet aliment est la chair et le sang de ce Jésus qui s’est incarné. Voilà ce qui nous est enseigné. » (Saint Justin de Naplouse, Première apologie pour les chrétiens, 126-131)

 

Voici un poème, intitulé Lauda Sion, que composa Thomas d’Aquin sur l’eucharistie : « Loue, Sion, ton sauveur, loue ton chef et ton pasteur, par des hymnes et des cantiques. Autant que tu le peux, ose le chanter, car il dépasse toute louange, et tu ne suffis pas à le louer. Un sujet spécial de louange nous est proposé aujourd’hui : c’est le pain vivant et vivifiant. Le pain qu’au repas de la Sainte Cène, Jésus donna réellement à la troupe des douze frères. Que la louange soit pleine et sonore ; qu’elle soit joyeuse et belle, la jubilation de l’âme. Car c’est aujourd’hui la solennité qui rappelle la première institution de cette Cène. À cette table du nouveau Roi, la nouvelle Pâque de la nouvelle loi met fin à la Pâque antique. Le rite ancien est chassé par le nouveau, l’ombre par la vérité ; la lumière dissipe la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il a ordonné de le faire en mémoire de lui. Instruits par ses ordres saints, nous consacrons le pain et le vin en l’hostie du salut. C’est un dogme donné aux chrétiens que le pain devient chair et le vin devient sens. Ce que vous ne comprenez ni ne voyez, la foi vive l’atteste contre le cours des choses. Sous des apparences diverses, simples signes et non réalités, se cachent des réalités sublimes. La chair est nourriture, le sang boisson ; cependant le Christ demeure entier sur l’une et l’autre espèce. Par qui le reçoit, il n’est pas rompu ni brisé ni divisé, mais reçu tout entier. Un seul le reçoit, mille le reçoivent : chacun autant que les autres ; pris en nourriture, il n’est pas détruit. Les bons le prennent, les méchants le prennent, mais pour un sort différent : La vie ou la mort ! Mort pour les méchants, vie pour les bons : voyez combien d’une même prise l’issue est différente. Si enfin le sacrement est rompu, ne vous troublez pas, mais souvenez-vous qu’il y a sous chaque parcelle autant qu’en recouvre le tout. Aucune scission de la réalité ne se produit : du signe seul il y a rupture, et elle ne diminue ni l’état ni la grandeur de la réalité signifiée. Voici le pain des anges devenu l’aliment des voyageurs : c’est vraiment le pain des enfants, qui ne doit pas être jeté au chien. D’avance il est signifié par des figures : l’immolation d’Isaac, l’agneau mise à part pour la pâque, la manne donnée à nos pères. Bon Pasteur, pain véritable, Jésus, ayez pitié de nous : nourrissez-nous, gardez-nous, faites-nous voir les vrais bien dans la terre des vivants. Vous qui savez et pouvez tout, qui nourrissez ici-bas les mortels que nous sommes : faites là-haut de nous vos commensaux, les cohéritiers et les compagnons des saints citoyens du ciel. »

Les passages des Pères de l’Église concernant la transsubstantiation (en Anglais) : page 1, page 2.

→ Avaient dès le début des évêques, successeurs de apôtres, à la tête des églises locales : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Utilisaient le terme « église catholique » dès le début

→ Reconnaissaient l’autorité du pape comme descendant direct de Saint Pierre et étaient fidèles à la succession apostolique.

En somme, les pères de l’Église adhéraient unanimement, dès les premiers siècles, aux dogmes défendus par le catholicisme actuel. Ces sujets ne firent pas débat au sein de l’Église pendant tout le premier millénaire.

S’ils vivaient aujourd’hui ils n’iraient pas au culte protestant (où l’on ne trouve ni autel, ni transsubstantiation), mais à la messe catholique.

→ Vénéraient les Saints et se confiaient à leur intercession : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Confessaient leurs péchés à un prêtre de manière verbale pour obtenir l’absolution : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Regardaient le mariage comme un sacrement : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

→ Croyaient au purgatoire : lire leurs écrits à ce sujet (en Anglais)

Les dérives du protestantisme

Des violents pour guides

Martin Luther

Martin Luther (1483-1546) est l’une des figures clés du protestantisme. Ce frère augustin rompt ses vœux monastiques et se marie en 1525 avec Catherine de Bore, une ancienne religieuse, avec laquelle il aura six enfants.

Il produit des écrits d’une grande violence à l’encontre de ceux qui ne pensent pas comme lui :

« Pourfends, frappe et étrangle qui peut. Si tu dois y perdre la vie, tu es heureux, tu ne pourras jamais connaître de mort plus bienheureuse. Car tu meurs dans l’obéissance à la Parole et à l’ordre de Dieu (Rm 13) (…).
Tous ceux qui le peuvent doivent assommer, égorger et passer au fil de l’épée, secrètement ou en public, en sachant qu’il n’est rien de plus venimeux, de plus nuisible, de plus diabolique qu’un rebelle (…).
Ici, c’est le temps du glaive et de la colère, et non le temps de la clémence. Aussi l’autorité doit-elle foncer hardiment et frapper en toute bonne conscience, frapper aussi longtemps que la révolte aura un souffle de vie (…).
C’est pourquoi, chers seigneurs, poignardez, pourfendez, égorgez à qui mieux mieux. »

Cette guerre entraînera entre 70.000 et 130.000 morts.

« si votre papiste veut faire tellement l’arrogant au sujet du mot sola, ‘seulement’, dites-lui, sur-le-champ, ceci : le docteur Martin Luther veut que les choses soient ainsi et il déclare : un papiste et un âne sont une seule et même chose ; sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas (‘c’est ainsi que je le veux ; c’est ainsi que je l’ordonne: que ma volonté me serve de raison’). Car nous ne voulons pas être les élèves ni les disciples des papistes, mais leurs maîtres et leurs juges. Et nous allons aussi, pour une fois, nous glorifier et nous vanter avec ces têtes d’ânes ; et de même que Paul se glorifie contre ses saints insensés, je vais aussi me glorifier contre mes ânes. Ils sont docteurs ? Moi aussi ! Ils sont savants ? Moi aussi ! Ils sont théologiens ? Moi aussi ! Ils sont disputeurs ? Moi aussi ! Ils sont philosophes ? Moi aussi ! Ils sont dialecticiens ? Moi aussi ! Ils sont enseignants ? Moi aussi ! Ils écrivent des livres ? Moi aussi !
Et je veux continuer à me glorifier : je peux expliquer les Psaumes et les Prophètes ; ils ne le peuvent pas. Je peux traduire ; ils ne le peuvent pas. Je peux lire l’Écriture sainte ; ils ne le peuvent pas. Je peux prier ; ils ne le peuvent pas. Et que je sois anéanti si je ne connais pas mieux qu’eux tous réunis leur propre dialectique et leur philosophie. […] C’est là ma réponse à votre première question et je vous prie de bien vouloir ne rien répondre de plus aux vaines criailleries de ces ânes au sujet du mot sola, sinon ceci : Luther veut qu’il en soit ainsi et il déclare qu’il est un docteur au-dessus de tous les docteurs dans la papauté tout entière. »

  • Dans son sermon du 25 août 1538, Luther affirme : « vous ne devez pas avoir de pitié pour les sorcières, quant à moi je les brûlerais » (WA 22, 782 ff).
  • À la fin de sa vie, Luther connut des phases de dépression. Il s’enfonça aussi dans une violence extrême à l’égard des Juifs (appelant à détruire les synagogues, les maisons et les écrits des Juifs, à confisquer leur argent et à tuer les rabbins qui enseigneraient le judaïsme ; cf. son pamphlet judéophobe Des Juifs et de leurs mensonges et Vom Schem Hamephoras, deux textes composés en 1543), offrant un terreau fertile à l’antisémitisme du Troisième Reich. En savoir plus (en anglais).

Refusant de revenir dans l’Église catholique, Martin Luther est excommunié en 1521 au terme d’un long procès (bulle pontificale Decet Romanum Pontificem). Il restera violemment opposé au pape et aux catholiques. Il dira lui-même « nous sommes séparés éternellement ».

Jean Calvin

Jean Calvin instaure un rigorisme religieux glacial. Il appelle à tuer les hérétiques en les « brûlant cruellement », chose qu’il s’appliqua à faire l’encontre de Michel Servet le 27 octobre 1553.

Comme pour Luther, on est loin du message de paix, de pardon et d’amour de Jésus. Or, quand on se donne un maître humain, mieux vaut s’assurer auparavant de sagesse. Saint Paul liste dans sa lettre aux Galates « le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23). La haine, la violence et l’absence de maîtrise de soi chez Luther ou Calvin ne peuvent donc pas venir de Dieu et devraient nous alerter sur ces fondateurs de religion auto-proclamés et leurs fruits.

La peur de l’enfer ou l’Amour du Ciel comme moteur ?

En étudiant la vie de Luther et de Calvin, il est frappant de voir que tous deux vivaient dans l’angoisse de l’enfer et avaient une peur terrible de ne pas être sauvés :

  • C’est lorsque pris dans un violent orage que le jeune Luther fit le vœu de rentrer dans les ordres si Dieu lui épargnait la foudre.
  • C’est Guillaume Farel, un réformé français installé à Genève, qui obtient que le jeune Calvin s’investisse entièrement dans l’entreprise réformatrice en le menaçant de représailles divines s’il restait en retrait.

Ces postures où la peur est le déclencheur de l’action rappellent la vie de Muhammad racontée dans la Sîra : celui à qui on attribue la fondation de l’islam se serait décidé après que « l’ange Gabriel » l’aurait menacé de l’enfer s’il ne s’exécutait pas (cela contribue à attester que cette injonction/chantage ne vient pas de Dieu).

L’ordre de la rose-croix et la franc-maçonnerie

L’ordre secret de la Rose-Croix fut lancé au début de XVIIème siècle par de jeunes luthériens, dont le théologien allemand Johann Valentin Andreæ (1586-1654). La Rose-Croix inspira un siècle plus tard la création de la franc-maçonnerie spéculative.

Le protestantisme et la franc-maçonnerie sont deux univers proches et perméables. Ainsi, l’un des textes fondateurs de la franc-maçonnerie spéculative en Angleterre – Les Constitutions d’Anderson – fut rédigé en 1721 par James Anderson (pasteur presbytérien écossais) et Jean Théophile Désaguliers (pasteur anglican et fils de pasteur huguenot français). On pourra lire à ce sujet Luc Nefontaine, Protestantisme et Franc-Maçonnerie, des chemins qui se rencontrent, éditions Labor et Fides, 2000, 122 pages (lire un entretien de l’auteur, probablement lui-même protestant et franc-maçon).

Des figures comme Pierre de Joux (1752-1825), François Guizot (1787-1874), Benjamin Constant, François de Jaucourt, Fichte, Lessing, Antoine Court de Gébelin, Jean-Paul Rabaut-Saint Étienne, Jacques Antoine Rabaut-Pommier, André Jeanbon Saint André, Francois Antoine de Boissy d’Anglas, Jean-Paul Marat, Eugène Goblet d’Alviella, Jules Steeg, Eugène Réveillaud, Henry Pyt… étaient protestants et franc-maçons. Beaucoup occupaient également des postes politiques.

C’est également le cas de Frédéric Desmons (1832-1910 ; initié en 1861) qui était pasteur et grand maître du Grand Orient de France, mais aussi député puis sénateur. Il y fut à l’origine de la suppression de l’obligation de la référence au Grand Architecte de l’Univers dans les rituels, disant : « en tant que croyant libéral, j’estime qu’il n’est pas normal que l’on impose cette figure du Grand Architecte ».

La libre interprétation de la Bible, le libre examen et la liberté de pensée prônés par le protestantisme s’accordent avec l’esprit relativiste et individualiste qui caractérise la franc-maçonnerie (« à chacun sa vérité »). L’individu prime sur les institutions.

En France, sous la IIIe République, ce sont l’anticléricalisme et l’anticatholicisme qui ont soudé protestantisme et franc-maçonnerie.

Tout en reconnaissant leur incapacité à discerner si la maçonnerie pouvait amoindrir la justification par la foi, les évangélistes allemands déclarèrent, dans les années 1970, que chaque évangéliste était libre d’appartenir aux deux groupes en même temps (cf. Evangelische Zentralstelle für Wentanschauungsfragen, 1974).

Des pasteurs évangéliques, comme Malan ou Ami Bost, étaient franc-maçons.

Le capitalisme moderne, théologie de la prospérité et libéralisme

Max Weber explique, dans Protestantisme et Capitalisme, comment les protestants ont favorisé le capitalisme mondialisé et le libéralisme économique (modèle anglo-saxon protestant).

Pour certains protestants, l’enrichissement personnel est compatible avec la foi. Dans la « théologie de la prospérité », l’idée est de donner 1000$ pour en recevoir 100.000. Ce discours vise surtout les plus pauvres. Il est pire que les indulgences dénoncées par Luther et Calvin, puisque ce n’est pas même le Ciel qui est promis, mais l’enrichissement terrestre et personnel. La foi en Dieu est instrumentalisée, la misère et la cupidité sont instrumentalisés par quelques pasteurs pour leur propre profit. Certains télé-évangélistes sont multi-millionnaires et accumulent les jets privés et les domaines somptueux. Or, faute d’autorité supérieure, les protestants ne peuvent se prémunir contre de telles dérives.

Jésus : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. » (Mt 6, 24)

Beaucoup, sur le plan sociétal, accompagnent également l’agenda libéral : acceptent l’extension du mariage aux couples de même sexe et bénissent les couples homosexuels ; ne s’opposent pas à l’extension de la PMA aux femmes célibataires et lesbiennes ; etc.

Le sionisme militaro-politico-messianique

Les églises évangéliques inondent les territoires qu’ils investissent (ex : Amérique latine) de goodies à l’effigie d’Israël : drapeaux, t-shirts, stickers, casquettes, pendentifs, boucles d’oreilles… l’étoile de David a remplacé la Croix du Christ. Ils organisent de grandes collectes pour soutenir l’effort de guerre israélien. Ils adoptent une vision messianique mortifère : pour eux, le Christ reviendrait lorsque se sera la guerre totale en Terre Sainte.

Ce néo-sionisme protestant est d’autant plus acrobatique au regard de l’antisémitisme assumé de Luther à la fin de ses jours.

Conclusion

Dans une période de décadence réelle (commerce des indulgences), certains ont cédé à la tentation de faire mieux que l’Église millénaire, en se séparant d’elle et en créant leur propre branche, au lieu de la purifier et de la sanctifier de l’intérieur. Ce fut un calcul humain, court-termiste et orgueilleux qui les égara dans les hérésies.

Ainsi, les protestants rejettent-ils :

  • Des sacrements essentiels tels que la transsubstantiation (présente depuis les origines et prouvée à maintes reprises par miracles eucharistiques) et la réconciliation
  • La nature de Marie :
    • La virginité perpétuelle de Marie (Valtorta, 35.10). Ils pensent qu’après Jésus, elle a enfanté Jacques, Joseph, Jude et Simon, qui sont en réalité ses cousins germains et les fils d’Alphée, le frère de Saint Joseph l’époux de la Vierge.
    • L’Immaculée Conception de Marie (absence totale de péché)
    • Les apparitions mariales
  • L’exemplarité et l’intercession des Saints
  • La continuité de l’Église instituée par Jésus-Christ depuis Saint Pierre et l’unité par la papauté
  • Le « sacerdoce ministériel »
  • L’existence du purgatoire

Ne parvenant pas à s’unifier, les églises évangélistes représentent aujourd’hui plus de 40.000 dénominations différentes.

L’Église catholique a certainement sa part de responsabilité, en raison de ses dérives du XVIème siècle et aujourd’hui en raison de son manque d’évangélisation à l’égard, aussi, des protestants.

Constater des dérives, même graves, dans l’Église impose de redoubler dans notre sanctification individuelle et collective, pas de la quitter. C’est l’exemple que nous laissa le frère dominicain italien Jérôme Savonarole (1452-1498) qui protestait ouvertement contre les dérives de la papauté et du haut clergé de son temps, sans pour autant remettre en cause le dogme. Comme le dit Alphonse de La Martine : « L’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de Saints. »

Les fondateurs du protestantisme n’ont qu’en à eux aucune légitimité instituée par Jésus.

Il est indéniable que nous trouvons chez les protestants et dans leurs assemblées d’authentiques amoureux du Christ et de sa parole, de réelles expériences divines (effusion de l’Esprit Saint, guérisons), un vrai sens du partage, de la fraternité et de la mission. Nous ne voulons rien nier de tout cela, mais simplement rappeler la vérité toute entière (celle qui rend libre) sur la base d’une connaissance solide.

Jésus : « Tous ceux qui m’aiment sont mes amis. » (Valtorta, 524.6)

Les protestants aiment Jésus et Jésus aime les protestants. Mais il veut s’offrir pleinement à eux, leur offrir sa Mère (« homme, voici ta mère »), leur offrir ses sacrements, pour qu’ils entrent, dès cette vie-ci, dans la plénitude de la vérité et de son amour. Pour qu’ils puissent élever leur âme au fêt de la sainteté. Quelle douleur pour le Sauveur de voir ceux qui l’aiment authentiquement, se priver de ces dernières marches par une obstination trompée !

Au risque de chuter et d’y perdre leur salut.

Un jour, Dieu permis à Sainte Thérèse d’Avila de vivre en elle ce que pouvait ressentir une âme damnée. Cette expérience de l’enfer la marqua pour le restant de sa vie. Or, elle note dans son récit qu’elle vit des protestants en enfer :

« Cette vision a fait naître en moi une indicible douleur à la vue de tant d’âmes qui se perdent, et en particulier de ces luthériens que le baptême avait rendus membres de l’Église. Elle m’a donné en outre les plus ardents désirs de travailler à leur salut : pour arracher une âme à de si horribles supplices, je le sens, je serais prête à immoler mille fois ma vie. » (cf. La vie de Sainte Thérèse d’Avila, chapitre 32)

Ressources

Livres

Livres permettant d’avancer vers le catholicisme :

Conférences (en anglais)

De nombreux pasteurs protestants se convertissent aujourd’hui au catholicisme, notamment aux États-Unis. Voici leurs témoignages (en anglais) :

Quelques auteurs de référence dans ce domaine :