Le schisme
L’Église demeura unie jusqu’en 1054, date à laquelle elle connut un schisme entre les catholiques et les orthodoxes.
Aujourd’hui, avec plus de 220 millions de fidèles dans le monde, l’Église orthodoxe est la troisième plus grande confession chrétienne après l’Église catholique et le protestantisme.
L’Église orthodoxe est aussi connue sous le nom d’Église des sept conciles ou Communion orthodoxe.
(Il ne faut pas confondre schisme et hérésie. Un schisme est une scission notamment au niveau de l’autorité, alors qu’une hérésie est une déviation théologie. Ainsi, les orthodoxes sont schismatiques, alors que les protestants sont hérétiques.)
Les catholiques et les orthodoxes partagent une théologie très proche, bien que nous trouvons quelques différences entre ces deux confessions.
Différences entre les catholiques et les orthodoxes
Différences théologiques
Autorité
Les orthodoxes ne reconnaissent ni l’autorité suprême du pape ni son infaillibilité, contrairement aux catholiques.
La structure de l’Église orthodoxe se base sur une communion d’Églises, plutôt que sur une hiérarchie centralisée comme pour les catholiques.
En conséquence, les orthodoxes sont divisés en plusieurs branches distinctes, ayant une foi commune et se reconnaissant mutuellement, mais indépendantes sur le plan de l’organisation et de la discipline :
16 Églises orthodoxes autocéphales canoniques :
- Le Patriarcat œcuménique de Constantinople
- Le Patriarcat d’Alexandrie
- Le Patriarcat d’Antioche
- Le Patriarcat de Jérusalem
- Le Patriarcat de Moscou et de toute la Russie
- Le Patriarcat de Serbie
- Le Patriarcat de Roumanie
- Le Patriarcat de Bulgarie
- Le Patriarcat de Géorgie
- L’Église de Chypre
- L’Église de Grèce
- L’Église orthodoxe d’Albanie
- L’Église orthodoxe de Pologne
- L’Église orthodoxe des Terres tchèques et de Slovaquie
- L’Église orthodoxe d’Ukraine (non reconnue par toutes les autres Église orthodoxes)
- L’Église orthodoxe macédonienne (non reconnue par toutes les autres Église orthodoxes)
Ces Églises orthodoxes autocéphales canoniques considèrent certaines Églises orthodoxes comme indépendantes ou non canoniques (en raison de désaccords doctrinaux ou territoriaux).
L’Église orthodoxe en Amérique est parfois considérée comme une 17ème Église autocéphale, mais sa reconnaissance n’est pas universelle au sein de la communion orthodoxe.
Procession du Saint Esprit
Tant que nous serons sur terre, nous ne pourrons qu’effleurer le mystère révélé par Dieu de la Trinité.
Les orthodoxes croient que le Saint Esprit procède uniquement du Père, tandis que les catholiques croient qu’il procède du Père et du Fils (Filioque).
Jésus a dit :”Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur” (Jn 15, 26). Or, le Père et le Fils sont inséparables, comme le précise Jésus : “Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi” (Jn 14, 11).
Cette reconnaissance du Filioque a pris du temps (comme de nombreux dogmes).
Étonnamment, il y a deux “8ᵉ concile œcuménique” :
- Celui Constantinople IV (869‑870) pour les catholiques ;
- Celui de Constantinople 879‑880 (dit “photien”) pour les orthodoxes. Pour les orthodoxes, ce second 8ᵉ concile œcuménique annule le concile de 869‑870 et rétablit Photios Ier de Constantinople (patriarche de Constantinople de 858 à 867, puis de 877 à 886). Le concile photien ne discute pas de la théologie du Filioque, mais réaffirme le symbole de Constantinople 381 (sans Filioque).
Le pape Jean VIII accepte le concile de 879‑880, reconnaît Photios Ier de Constantinople, tout en continuant à reconnaître l’orthodoxie de la formule Filioque lorsqu’elle est employée hors du symbole (catéchèse, professions de foi, etc.). Plus tard, l’Occident médiéval retiendra le concile de 869‑870 comme 8ᵉ concile œcuménique et continuera d’intégrer et de défendre le Filioque dans le credo.
Célibat des prêtres
Les prêtres orthodoxes peuvent se marier avant leur ordination, alors que les prêtres catholiques font vœu de chasteté dans le célibat.
Art religieux
Les orthodoxes vénèrent les icônes mais n’utilisent pas de sculptures, contrairement aux catholiques.
Différences liturgiques
Communion
Les orthodoxes utilisent du pain au levain et du vin pour la communion, tandis que les catholiques utilisent des hosties sans levain.
Baptême
Les orthodoxes pratiquent le baptême par immersion totale, alors que les catholiques le pratiquent généralement par aspersion.
Posture durant l’office religieux
Les orthodoxes restent debout ou assis, tandis que les catholiques alternent entre debout, assis et à genoux.
Calendrier liturgique
Les orthodoxes suivent le calendrier julien, tandis que les catholiques suivent le calendrier grégorien.
Signe de croix
Les orthodoxes se signent de droite à gauche, les catholiques de gauche à droite.
Différences géographiques
Les catholiques se trouvent plus en Europe, aux Amériques et en Afrique, alors que les orthodoxes se trouvent plus en Orient.
Rapprochement
La reconnaissance des sacrements administrés par l’Église orthodoxe
Depuis le concile de Vatican II, l’Église catholique reconnaît la validité des sacrements administrés par l’Église orthodoxe en vertu de :
- la succession apostolique de leurs ministres (évêques en particulier),
- la même compréhension de leur signification.
Mais la reconnaissance par les Églises orthodoxes des sacrements de l’Église catholique n’est pas unanime.
En raison de l’absence de communion, il n’est pas possible aux fidèles d’accéder aux sacrements indifféremment dans l’une ou l’autre Église, sauf en cas de mort imminente.
Source : Jesus-Est.com
La rencontre entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras et leur déclaration commune
Pour la première fois depuis le concile de Florence en 1439, des primats des Églises de Rome et de Constantinople se rencontrèrent. Cette rencontre historique eut lieu entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier de Constantinople, à Jérusalem, en 1964.
À la veille de la conclusion du Concile Vatican II, le 7 décembre 1965, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras signèrent une déclaration commune, répartie en cinq points, en faveur de la réconciliation entre catholiques et orthodoxes et de l’œcuménisme. Cette déclaration fut lue simultanément à la session solennelle du IIème concile du Vatican par Mgr Jean Willebrands et dans la cathédrale Saint Georges (Phanar, Constantinople), par le secrétaire du saint synode. Elle ouvrit une nouvelle ère dans les relations entre catholiques et orthodoxes, en faveur .
- Pénétrés de reconnaissance envers Dieu pour la faveur que, dans sa miséricorde, il leur a fait de se rencontrer fraternellement aux lieux sacrés où, par la mort et la résurrection du Seigneur Jésus, a été consommé le mystère de notre salut et, par l’effusion du Saint-Esprit, a été donné naissance à l’Église, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier n’ont pas perdu de vue le dessein qu’ils ont conçu dès lors, chacun pour sa part, de ne rien omettre désormais des gestes qu’inspire la charité et qui puissent faciliter le développement des rapports fraternels ainsi amorcés entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe de Constantinople. Ils sont persuadés de répondre ainsi à l’appel de la grâce divine qui porte aujourd’hui l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe ainsi que tous les chrétiens à surmonter leurs différends afin d’être à nouveau “un” comme le Seigneur Jésus l’a demandé pour eux à son Père.
- Parmi les obstacles qui se trouvent sur le chemin du développement de ces rapports fraternels de confiance et d’estime, figure le souvenir des décisions, actes et incidents pénibles, qui ont abouti en 1054 à la sentence d’excommunication portée contre le patriarche Michel Cérulaire et deux autres personnalités par les légats du siège romain, conduits par le cardinal Humbert, légats qui furent eux-mêmes ensuite l’objet d’une sentence analogue de la part du patriarche et du synode constantinopolitain.
- On ne peut faire que ces événements n’aient pas été ce qu’ils ont été dans cette période particulièrement troublée de l’histoire. Mais aujourd’hui qu’un jugement plus serein et plus équitable a été porté sur eux, il importe de reconnaître les excès dont ils ont été entachés et qui ont amené ultérieurement des conséquences dépassant, autant que nous pouvons en juger, les intentions et les prévisions de leurs auteurs dont les censures portaient sur les personnes visées et non sur les Églises et n’entendaient pas rompre la communion ecclésiastique entre les sièges de Rome et de Constantinople.
- C’est pourquoi le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier en son synode, certains d’exprimer le désir commun de justice et le sentiment unanime de charité de leurs fidèles et se rappelant le précepte du Seigneur: “Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère” (Mt 5, 23-24), déclarent d’un commun accord:
- a) regretter les paroles offensantes, les reproches sans fondement, et les gestes condamnables qui, de part et d’autre, ont marqué ou accompagné les tristes événements de cette époque;
- b) regretter également et enlever de la mémoire et du milieu de l’Église les sentences d’excommunication qui les ont suivis, et dont le souvenir opère jusqu’à nos jours comme un obstacle au rapprochement dans la charité, et les vouer à l’oubli;
- c) déplorer, enfin, les fâcheux précédents et les événements ultérieurs qui, sous l’influence de divers facteurs, parmi lesquels l’incompréhension et la méfiance mutuelles, ont finalement conduit à la rupture effective de la communion ecclésiastique.
- Ce geste de justice et de pardon réciproque, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier avec son synode sont conscients qu’il ne peut suffire à mettre fin aux différends, anciens ou plus récents, qui subsistent entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe et qui, par l’action de l’Ésprit-Saint, seront surmontés grâce à la purification des cœurs, au regret des torts historiques ainsi qu’à une volonté efficace de parvenir à une intelligence et une expression commune de la foi apostolique et de ses exigences.
En accomplissant ce geste, cependant, ils espèrent qu’il sera agréé de Dieu, prompt à nous pardonner lorsque nous nous pardonnons les uns les autres, et apprécié par le monde chrétien tout entier, mais surtout par l’ensemble de l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe comme l’expression d’une sincère volonté réciproque de réconciliation et comme une invitation à poursuivre, dans un esprit de confiance, d’estime et de charité mutuelles, le dialogue qui les amènera, Dieu aidant, à vivre de nouveau, pour le plus grand bien des âmes et l’avènement du règne de Dieu, dans la pleine communion de foi, de concorde fraternelle et de vie sacramentelle qui exista entre elles au cours de premier millénaire de la vie de l’Église.
En 2024 et 2025, le pape François a demandé à ce que tous les chrétiens s’accordent sur une date commune pour célébrer Pâques, la plus grande des fêtes chrétiennes.