Qu’est-ce que le sédévacantisme ?
Le sédévacantisme (du latin sede vacante, signifiant “siège vacant”) désigne la croyance selon laquelle le pape actuel ne serait pas le vrai pape.
Historiquement, les grandes décisions de l’Église (dont les conciles font partie) ne sont jamais simples. Donnant lieu à de vifs débats et chamboulant les habitudes, elles suscitent des turbulences.
Exemples :
- Au début du XIXe siècle, des religieux s’opposent au Concordat de 1801 signé entre le pape Pie VII et Napoléon Bonaparte. Ils rompent avec Rome, rejettent l’autorité du pape et se déclarant les gardiens de la vraie foi. Ce schisme donne naissance à la Petite Église.
- En 1870, certains catholiques ont rompu avec Rome suite au Concile Vatican I. Ce schisme engendra les “Églises vieilles-catholiques et catholiques-chrétiennes” (ou Union d’Utrecht), rejetant les dogmes catholiques de l’Immaculée Conception, de l’infaillibilité papale, de la suprématie universelle papale et de l’Assomption de la Vierge Marie. De plus, ils approuvent les unions de personnes de même sexe.
Un concile œcuménique est une réunion universelle des évêques convoquée pour trancher les grandes questions doctrinales ou disciplinaires qui concernent toute l’Église. On dénombre vingt-et-un conciles œcuméniques dans l’histoire de l’Église catholique. Il faut distinguer ces conciles des innombrables conciles locaux ou particuliers, qui n’ont pas le même statut ni la même portée universelle.
Or, les décisions du dernier concile œcuménique de l’Église ou leur application ont suscité diverses réactions sédévacantistes.
Selon les sédévacantistes, le dernier pape serait soit Pie VI (mort en 1799), soit Pie XII (mort en 1958), soit Jean XXIII (mort 1963), soit Benoît XVI (mort en 2022), etc. Selon eux, les papes ultérieurs seraient des usurpateurs en raison de leur adhésion à de supposées hérésies.
Leur syllogisme est simple :
- Un pape ne peut pas enseigner d’hérésie.
- Le pape enseigne des hérésies.
- Le pape n’est donc pas le pape.
On observe plusieurs déclinaisons :
- le sédévacantisme (thèse selon laquelle les papes actuels seraient des usurpateurs, des anti papes) ;
- le sédéprivationnisme (thèse selon laquelle, depuis Paul VI, les papes sont papes matériellement, mais non formellement, en raison de leur supposée adhésion au modernisme, une hérésie condamnée par le pape Pie X dans son encyclique Pascendi Dominici gregis) ;
- le catholicisme semper idem ;
- le beneplenisme (thèse récente selon laquelle le pape Benoît XVI, victime d’un complot, aurait simulé sa renonciation et l’aurait rendu invalide, faisant de ses successeurs des anti papes).
Il existe de multiples groupes sédévacantistes dans le monde. Les plus connus sont :
- La Société de Saint Pie V (SSPV)
- L’association sacerdotale Instauratio Catholica
- La Congrégation de Marie Reine Immaculée (CMRI) qui est sédéprivationnisme
- L’Institut Mater Boni Consilii (Institut Notre-Dame du Bon Conseil)
La Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) occupe une position à cheval entre Église institutionnelle et sédévacantisme. Ceux de ses membres qui la trouvent pas assez radicale la quitte généralement pour rejoindre des groupes sédévacantistes stricts.
Ces groupes se revendiquent tous comme étant les “vrais catholiques”.
Mgr Marcel Lefebvre
Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991) est un évêque français connu pour être le fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) et le pionnier du sédévacantisme contemporain.
Voici un rappel des principales dates de son parcours :
29 novembre 1905 : Il naît à Tourcoing (Nord, France), dans une famille d’industriels du Nord de la France ; il est le troisième de huit enfants ; cinq rentreront dans les ordres (René et Marcel, prêtres et missionnaires ; Jeanne, religieuse de Marie Réparatrice ; Bernadette, Sœur du Saint-Esprit ; Christiane, carmélite)
Octobre 1923 : Il rejoint son frère aîné au Séminaire français de Rome
21 septembre 1929 : Il est ordonné prêtre par Mgr Liénart, en la chapelle Notre-Dame du Sacré-Cœur à Lille
2 juillet 1930 : Il obtient son doctorat de théologie (après déjà avoir obtenu selon de philosophie)
1930 à 1931 : Il est vicaire dans une banlieue ouvrière de Lille
1er septembre 1931 : Il entre au noviciat de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit
8 septembre 1932 : Il prononce sa profession religieuse dans la Congrégation des Pères du Saint-Esprit
12 novembre 1932 : Il part comme prêtre missionnaire à Libreville (Gabon), suivant les encouragements de son frère aîné, missionnaire des Pères du Saint-Esprit ; là, il enseigne au séminaire
1934-1938 : Il est recteur du séminaire
28 septembre 1935 : Il prononce ses vœux perpétuels dans la Congrégation des Pères du Saint-Esprit
1938 : Sa mère décède (elle était tertiaire franciscaine et infirmière de la Croix Rouge)
Février 1944 : Son père, René Lefebvre, arrêté en 1941 par la Gestapo pour ses activités dans la résistance, meurt au bagne nazi de Sonneburg, le chapelet à la main, victime des mauvais traitements
1938-1945 : Il est le supérieur de diverses missions au Gabon
Octobre 1945 : Son supérieur général le rappelle en France et lui confie le scolasticat de philosophie des spiritains à Mortain (Manche)
25 juin 1947 : Le pape Pie XII le nomme vicaire apostolique de Dakar
18 septembre 1947 : Il est ordonné évêque de Dakar, à Tourcoing par le cardinal Liénart
1948-1962 : Le pape Pie XII le nomme Délégué apostolique du Saint-Siège pour l’Afrique noire francophone (soit l’équivalent d’un nonce apostolique) ; le délégué devant avoir le rang d’archevêque, il est nommé archevêque titulaire d’Arcadiopolis in Europa ; il organise de nouveaux diocèses, paroisses, églises, séminaires, écoles et couvents
1949 : Il reçoit la croix de chevalier de la Légion d’honneur française
1955 : Pie XII le nomme premier archevêque de Dakar
Il est nommé président de la Conférence épiscopale de l’Afrique de l’Ouest
5 juin 1960 : Il est nommé membre de la Commission centrale préparatoire du Concile Vatican II et assiste à toutes les séances
15 novembre 1960 : Le pape le nomme Assistant au Trône pontifical
1962 : Il est nommé évêque de Tulle (France)
26 juillet 1962 : Il est élu Supérieur général de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit ; le pape lui donne le titre d’archevêque de Synnada, en Phrygie (aujourd’hui Şuhut, en Turquie)
1962 : Lors du Concile Vatican II, il fonde avec d’autres évêques et préside le Coetus Internationalis Patrum, un groupe conservateur opposé au groupe libéral de L’Alliance du Rhin
1968 : Il démissionne de sa charge de supérieur général face à la tendance progressiste qui dominait au sein de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit (il a 63 ans)
Il ouvre deux séminaires en Suisse, à Fribourg puis à Ecône, pour répondre aux demandes de jeunes désireux d’acquérir une formation sacerdotale traditionnelle
1er novembre 1970 : Il fonde de la Fraternité Saint-Pie X, ses statuts son approuvés par Mgr François Charrière, évêque de Fribourg
1973 : A la demande d’une jeune Australienne, il fonde la Congrégation des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X, avec l’aide de sa sœur Mère Marie-Gabrielle, religieuse dans la Congrégation du Saint-Esprit ; les soeurs s’installent dans la maison acquise aux environs de Rome, à Albano
Il fonde la branche des Frères de la Fraternité et la branche des Oblates de la Fraternité
11 novembre 1974 : Les évêques français demandent une visite apostolique à Ecône. Les deux visiteurs apostoliques, Mgr Albert Descamps (secrétaire de la Commission biblique) et Mgr Guillaume Onclin (secrétaire adjoint pour la révision du droit canonique), marquent un peu plus la rupture entre le Fraternité et Rome.
21 novembre 1974 : Suite à cette visite, Mgr Lefebvre rédige une déclaration dans laquelle il dit : “Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues […].”
6 mai 1975 : La Fraternité est “supprimée” par Rome ; Mgr Lefebvre fait appel auprès de la Signature apostolique, mais cet appel est bloqué par le cardinal Jean Villot, Secrétaire d’Etat. Mgr Lefebvre désobéi et maintien la Fraternité.
29 juin 1976 : En désobéissance avec Rome, Mgr Lefebvre ordonne 13 prêtres et 14 sous-diacres sans lettres dimissoires.
22 juillet 1976 : Il est frappé de suspens a divinis, le privant de l’exercice de tout acte sacramentel. En désobéissance avec Rome, Mgr Lefebvre poursuit son ministère.
29 août 1976 : Il célèbre une messe solennelle publique, à Lille, devant 7000 fidèles.
11 septembre 1976 : Le pape Paul VI le reçoit en audience, mais Mgr Lefebvre refuse d’accepter le Concile et la nouvelle messe.
Septembre 1976 : Il sort le livre J’accuse le Concile.
18 novembre 1978 : Le pape Jean-Paul II le reçoit en audience ; le cardinal Seper, président de la Congrégation pour la doctrine de la foi, se montre ferme envers Mgr Lefebvre.
1981 : Il fonde le tiers-ordre de la Fraternité.
1982 : A 77 ans, il remet ses fonctions de Supérieur général de la Fraternité et est remplacé par l’abbé Franz Schmidberger.
21 novembre 1983 : Il co-publie avec Mgr de Castro Mayer (évêque de Campos, Brésil) un manifeste dans lequel ils dénoncent “les principales erreurs de l’ecclésiologie conciliaire”.
Mars 1987 : Rome répond à la Fraternité.
Juin 1987 : Il publie le livre “Ils l’ont découronné” sur la destruction du Règne social du Christ.
29 Juin 1987 : Il annonce publiquement son intention de se donner des successeurs dans l’épiscopat. En réaction, Rome propose la visite d’un cardinal qui n’aurait qu’une tâche d’information, ce que Mgr Lefebvre accepte.
3 octobre 1987 : Il célèbre une messe d’action de grâces pour ses 40 ans d’épiscopat en présence de 4000 personnes.
11 novembre 1987-8 décembre 1987 : Le cardinal Gagnon commence sa visite et conclue avec un rapport favorable.
2 février 1988 : Il affirme vouloir sacrer au moins trois évêques, y compris en désobéissance au pape.
5 mai 1988 : Il signe un protocole d’accord avec le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, ouvrant la voie à une régularisation canonique.
6 mai 1988 : Mgr Lefebvre rétracte unilatéralement sa signature, annulant l’accord.
2 juin 1988 : Il écrit au pape pour lui annoncer sa décision de sacrer 4 évêques le 30 juin.
1985 : Il soumet à Rome ses dubia : trente-neuf propositions ou “doutes” concernant la discordance de la doctrine de la liberté religieuse conciliaire avec l’enseignement antérieur de l’Église.
Mars 1987 : Rome lui adresse une réponse à ses dubia qu’il juge insatisfaisante.
30 juin 1988 : Il consacre 4 évêques (Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta) devant 10.000 personnes et de nombreux journalistes, en désobéissant à la volonté du pape solennellement réaffirmée treize jours auparavant, provoquant un schisme.
1er juillet 1988 : Le cardinal Bernardin Gantin, préfet de la Congrégation des évêques, déclare Mgr Marcel Lefebvre, Mgr Antônio de Castro Mayer (évêque cocélébrant), Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta excommuniés latæ sententiæ (excommunication encourue du fait même de la commission du délit) au titre des canons 1364-1 et 1382 du Code de droit canonique :
“L’apostat de la foi, l’hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latæ sententiæ.”
“L’Évêque qui, sans mandat pontifical, consacre quelqu’un Évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet Évêque encourent l’excommunication latæ sententiæ réservée au Siège Apostolique.”
Tous vont continuer leur ministère en désobéissance avec Rome
2 juillet 1988 : Le pape Jean-Paul II publie le motu proprio Ecclesia Dei rappelant que les fidèles adhérant formellement au schisme encourent l’excommunication
25 mars 1991 : Il décède du cancer à l’hôpital de Martigny (Valais, Suisse romande)
2 avril 1991 : Ses obsèques ont lieu à Ecône, où il repose dans la crypte du séminaire Saint-Pie-X ; selon son souhait, les mots de Saint Paul : Tradidi quod et accepi – J’ai transmis ce que j’ai moi-même reçu (1 Co 11, 23) sont inscrits sur son tombeau
24 septembre 2020 : Sa dépouille est translater à la crypte de l’église du Cœur Immaculé de Marie, à Écône
21 janvier 2009 : Sous le pontificat de Benoît XVI, la Congrégation pour les évêques lève l’excommunication portant sur les quatre “évêques” sacrés le 30 juin 1988
Les points de rupture
À son retour d’Afrique, Mgr Lefebvre trouve une Europe chamboulée, en cours de déchristianisation, et une Église en proie à des dérives progressistes inspirées du marxisme et de mai 68. C’est un choc.
Il voit le Concile Vatican II comme une validation de ces dérives, principalement sur les points suivants :
- La liberté religieuse
- L’œcuménisme
- La nouvelle messe
- La collégialité
1. La liberté religieuse
Le 7 décembre 1965, le Concile Vatican II adopta la déclaration Dignitatis humanae (de la dignité humaine) sur la liberté religieuse. Elle fut votée à 2 208 voix pour et 70 voix contre.
Il s’agit d’un texte très technique qui fut mal compris par Mgr Lefebvre.
Le Catéchisme de l’Église catholique de 1992 écrit, au §2108 :
“Le droit à la liberté religieuse n’est ni la permission morale d’adhérer à l’erreur (cf. l’encyclique Libertas præstantissimum de Léon XIII, du 20 juin 1888), ni un droit supposé à l’erreur (cf. Pie XII, discours 6 décembre 1953), mais un droit naturel de la personne humaine à la liberté civile, c’est-à-dire à l’immunité de contrainte extérieure, dans de justes limites, en matière religieuse, de la part du pouvoir politique. Ce droit naturel doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle manière qu’il constitue un droit civil (cf. DH 2).” (CEC §2108)
Le père et moine bénédictin Basile Valuet, de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, s’est penché sur la question de la liberté religieuse et la Tradition catholique en croyant que la position du Concile Vatican II était hérétique. Il en est ainsi venu à mener une thèse de doctorat sur le sujet. Il conclut que l’enseignement du Concile Vatican II s’inscrit dans la continuité de l’enseignement antérieur de l’Église.
Sa thèse de doctorat en six volumes, en 2521 pages :
Le résumé de sa thèse de doctorat en 678 pages :
2. L’œcuménisme
…
3. La nouvelle messe
L’institution de la Messe Paul VI donna lieu de réelles dérives de la part de prêtres qui y virent une occasion d’inventivité personnelle déviante. Mais, désormais bien stabilisée, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une liturgie vraiment catholique.
Les traditionalistes qualifient la messe traditionnelle (Rite Tridentin ou Messe de Saint Pie V) de “messe de toujours” et la veulent immuable. Or, elle date du XVIème siècle.
Peu de personnes le savent, mais la messe Paul VI – instituée par le Concile Vatican II – est inspirée du rite en pratique au VIIIe siècle. Soit huit siècles avant celle de Saint Pie V.
La Messe de Saint Pie V est devenue un élément fédérateur des ennemis du Concile Vatican II.
4. La collégialité
…
Le sédévacantisme
Mgr Lefebvre prononça de nombreux sermons et produisit de nombreux écrits dans lesquels il affirme que le siège de Saint Pierre est vacant.
Aujourd’hui, la FSSPX refuse de se qualifier de sédévacantiste, afin de conserver un lien avec Rome.
Publiquement, elle dit reconnaître le pape. Alors qu’en interne, elle ne cesse de le critiquer et de dénoncer le Concile Vatican II. Elle estime la papauté, ses sacrements et ses paroles “douteusement valides”.
Pour tenir cette position d’équilibriste et conserver une image respectable aux yeux de Rome, la FSSPX a :
- purgé les contenus explicitement sédévacantistes de Mgr Lefebvre de ses publications,
- exclu, peu à peu, de ses rangs ses membres les plus explicitement sédévacantistes, comme l’abbé Olivier Rioult.
Bruno Saglio, sédévacantiste et directeur des Éditions Saint-Remi (ESR), alla voir la famille de Mgr Lefebvre pour leur demander l’autorisation de publier en version papier ses sermons enregistrés, ce qu’ils acceptèrent. Mais la FSSPX assigna en justice les Éditions Saint-Remi, considérant que ces sermons leur appartenaient, et obtint qu’elles cessent de les publier. Ces textes continuèrent ensuite à circuler sous le manteau.
Les divers groupes sédévacantistes actuels sont des émanations de la FSSPX qui firent scission avec elle, la trouvant trop conciliante avec Rome.
Exemples :
- L’Institut Mater Boni Consilii (IMBC), une société de vie apostolique catholique traditionaliste sédéprivationniste, fondée en décembre 1985 par Francesco Ricossa, Franco Munari, Curzio Nitoglia et Giuseppe Murro.
La FSSPX reçoit beaucoup d’argent et de legs. Alors que les prêtres en communion avec Rome continuant à célébrer la messe en latin sont peu aidés et mal vus par la frange progressiste du clergé et des fidèles qui les taxent de réactionnaires ou “fachos”.
Les tradis restant unis à Rome à la fois reçoivent bien moins de soutien financier et matériel, et son rejetés/malmenés
La séduction de la pureté
Auto-satisfaction, orgueil, entre-soi, pointillisme religieux, jugement téméraire, esprit sombre, profusion de codifications et de préceptes, goût du politique, prévalence du combat identitaire sur la charité… en jouant à ce jeu-là, les pharisiens ont fini par crucifier leur Sauveur et se tuer spirituellement.
Jésus : “Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.” (Mt 5, 20)
À toutes les époques, nous trouverons des personnes qui se croient plus pures que les autres (songeons aux cathares qui s’appelaient “parfaits”).
Les sédévacantistes s’auto-proclament comme étant les seuls purs, formant le “petit reste”, le phare qui subsiste aux assauts de la mer en furie.
Très prolifiques sur Internet, les sédévacantistes séduisent les chrétiens par deux procédés conjoints :
- ils collectent et exhibent les dérives et les maladresses pouvant être commises par des membres du clergé afin de discréditer l’Église de Rome,
- ils répondent à la quête d’absolu des chrétiens les plus fervents, notamment les nouveaux convertis, par des discours très catéchétiques et des célébrations très ritualisées.
L’auto-validation mystique
Les admirateurs de Mgr Lefebvre voient en lui l’homme providentiel.
Pour conforter leurs vues, ils s’approprient deux révélations privées :
- Les prophéties de la Vierge à la Vénérable Mère Mariana de Jesús Torres ;
- Les prophéties de la Vierge aux voyants de la Salette.
Les prophéties de la Vierge à la Vénérable Mère Mariana de Jesús Torres
Mère Mariana de Jesús Torres (1536-1635) est une religieuse conceptioniste espagnole qui a quitté l’Espagne à l’âge de 13 ans pour participer à la fondation du Couvent Royal de Quito, en Équateur. Âme victime et mystique, elle a des apparitions de “Notre-Dame du Bon Succès” du 2 février 1594 au 2 février 1634. Elle fut soutenue par l’évêque du lieu, Mgr Salvador de Ribera y Dávalos (1545-1612) et son successeur, Mgr Pedro de Oviedo y Falconi (1577-1649). Le corps de Mère Mariana de Jesús Torres sera exhumé intact, en 1906, 271 ans après sa mort et son procès de béatification débutera en 1986. Le couvent de l’Immaculée Conception de Quito sera proclamé sanctuaire marial.
La plupart des documents originaux relatifs à la vie de la Vénérable Mère Mariana de Jesús Torres et aux apparitions qu’elle reçut furent perdus. Le manuscrit original de sa principale biographie, écrite en 1790 par le père Manuel Sousa Pereira fut également perdu. La copie conservée fut toutefois considérée suffisamment fiable pour servir dans le cadre de son procès de béatification.
Ces prophéties révélées par la Vierge à la Vénérable Mère Mariana, révéleraient notamment une grave crise dans l’Église et le monde au XIXe et au XXe siècle, et la venue d’un saint Pasteur qui rétablirait l’ordre.
Des membres de la FSSPX virent Mgr Lefebvre en cet homme providentiel. Ainsi, l’abbé Jean Violette, Supérieur du District du Canada de la FSSPX, écrit, le 1 février 2006, sur le site de La Porte Latine : “Il est clair que Mgr Lefebvre est le prélat prédit par Notre Dame de Bon Succès à Quito en 1634.”
Le texte parle d’un Père et Pasteur, avec un “P” majuscule, c’est-à-dire d’un pape. Il dit que celui-ci est en exil et qu’il sera rendu à l’Église, suite aux prières du clergé, et mettra un terme à la crise de l’Église. Cette prophétie ne peut pas s’appliquer à Mgr Lefebvre, car :
- il n’est pas pape (mais évêque),
- il n’a pas été en exil,
- il n’a pas été rendu à l’Église suite aux prières du clergé,
- il n’a pas mis un terme aux troubles dans l’Église (mais les a accentués en créant un schisme).
Les prophéties de la Vierge aux voyants de La Salette
La Sainte Vierge, à La Salette, aurait annoncé que Rome perdrait la foi et deviendrait le siège de l’Antéchrist.
Des membres de la FSSPX virent le Concile Vatican II comme la réalisation de cette prophétie.
Il s’agit, en réalité, d’un ajout tardif au message original de La Salette.
La fin des temps
Il est de foi divine que l’Église perdurera, sainte et fidèle à sa mission, jusqu’à la fin du monde et jusqu’au jugement dernier. Par conséquent, en affirmant que le magistère du Concile Vatican II a failli, les sédévacantistes doivent nécessairement affirmer que la fin des temps advenue, que l’Église est déjà entrée dans sa Passion (CEC 675), que la prophétie de La Salette parle d’eux. En conséquence, il faudrait quitter la communion avec Rome et rejoindre “‘le petit nombre des élus” qu’ils représentent. Par cette séduction, les sédévacantistes séparent les âmes de l’Église du Christ.
Le sujet de la fin des temps fait partie du Catéchisme de l’Église catholique et ne doit pas être étranger aux préoccupations des catholiques. Mais on doit le faire avec l’Église et non pas contre elle, à l’instar des sédévacantistes.
Les révélateurs d’une communion ambigüe
“Le schisme est le refus de la soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis” (Code de Droit Canonique, Can. 751)
Le repli sur soi
Le groupe est constitué en réaction à Rome. Comme pour le protestantisme, il puise sa raison d’être dans la confrontation à Rome.
Nous observons fréquemment chez les sédévacantistes une culture de l’entre-soi qui pose ses distances vis-à-vis des “impurs”, dans un élan contraire à l’envoi apostolique et à l’évangélisation des nations païennes, quitte à le payer de sa vie par Amour.
Ses membres mettent leurs enfants dans les écoles de la communauté (écoles très biens rodées ; compter environ 5000€/an/enfant en internat), se marient entre eux, s’entraident entre eux, etc.
Lorsqu’un membre de la FSSPX la quitte, les autres membres cessent généralement tout contact avec lui.
Des familles entières se déchirent.
Où peut-on communier ?
L’Église catholique compte une multitude de communautés religieuses ayant chacune leur charisme propre : Franciscains, Dominicains, Bénédictins, communautés nouvelles charismatiques (Communauté de L’Emmanuel, Chemin Neuf), etc.
N’importe quel fidèle appartenant à l’une de ces communautés sait reconnaître la valeur des autres communautés, reconnaît la richesse qu’elles apportent à l’Église entière, reconnaît leur catholicité. Il est parfaitement serein à l’idée de communier dans l’une ou l’autre de ces communautés si l’occasion se présentait.
Cependant, il n’en va pas de même pour les membres de la FSSPX ? En leur posant la question de savoir s’ils accepteraient de communier en dehors de la FSSPX, les réponses se font hésitantes. Elles sont parfois négatives. Ils sont souvent prêts à faire une centaine de kilomètres en voiture le dimanche matin pour ne pas communier dans une église plus proche où la messe sera célébrée selon le nouveau rite.
Quel catéchisme utiliser ?
Le pape Saint Jean-Paul II confia au cardinal Ratzinger (futur pape Benoît XVI), alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, la charge de superviser la rédaction d’un catéchisme unique pour l’Église universelle. Cette rédaction débuta en 1986 et fut achevée en 1992.
Toutes les communautés catholiques acceptent unanimement ce catéchisme, mais pas la FSSPX.
Qui est saint ?
Ils considèrent Sainte Faustine comme une fausse mystique.
Ils affectionnent le Padre Pio, mais ne l’appellent jamais “Saint Padre Pio”, car il fut canonisé après le Concile Vatican II.
Or, aucune communauté religieuse en communion avec Rome s’autorise à ne pas reconnaître saints certaines personnes canonisées.
Le rapport à l’évangélisation
Lorsque des membres de la Communauté de L’Emmanuel, des Franciscains ou des paroissiens évangélisent c’est pour amener les âmes à l’Église catholique dans son ensemble et non pas dans leur communauté spécifique.
À l’inverse, lorsque les membres de la FSSPX font de l’évangélisation, ce n’est pas pour amener les âmes à l’Église catholique, mais à la FSSPX.
Dimension politique
Jean-Marie Le Pen n’appartenait pas à la FSSPX. Mais il était proche de l’abbé Philippe Laguérie, ordonné par Mgr Lefebvre en 1979 et curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet de 1983 à 1997 (l’église de la FSSPX à Paris). C’est l’abbé Laguérie qui célébra son mariage avec Jany et lui donna les derniers sacrements (l’absolution, l’extrême-onction et l’eucharistie) en novembre 2024.
L’abbé Paul Aulagnier, proche de Mgr Lefebvre, célébrait la messe en latin lors des rencontres annuelles des militants du FN.
Jean-Marie Le Pen faisait célébrer une messe par Mgr Lefebvre avant la tenue de chacun de ses congrès.
Le beneplenisme
Définition du beneplenisme
Le pape Benoît XVI a renoncé à sa charge le 28 février 2013.
Mais le beneplenisme, une thèse née en Italie, soutien que celui-ci aurait été empêché, forcé à la démission (notamment par l’arrêt des distributeurs automatiques de billets par Hillary Clinton et John Podesta), empoisonné, enfermé et assassiné, dans le but de lui substituer un anti-pape (le pape François) coopté au sein de la “mafia de Saint Gall“.
Cela serait confirmé :
- Par le fait que Benoît XVI aurait volontairement commis des fautes de latin pour rendre sa renonciation caduque : Benoît XVI aurait délibérément et canoniquement distingué entre munus (la fonction papale) et ministerium (l’exercice de cette fonction), rendant la démission invalide et laissant le Siège entravé (sede impedita),
- Par les orientations libérales du nouveau pontife (pape François). Nous voyons ici que la véritable motivation semble être l’opposition à la sensibilité du nouveau pape. Il est fort probable que dans un cas de renonciation similaire avec un nouveau pape plus conservateur, le beneplenisme n’aurait pas vu le jour.
Mais ce scénario est démenti par plusieurs éléments
Le pape émérite Benoît XVI continua de s’exprimer et d’avoir des fenêtres médiatiques après sa démission : s’il savait que l’Église catholique venait de tomber aux mains d’un anti-pape, il aurait pu saisir de nombreuses occasions pour alerter les fidèles, sans craindre le martyr, notamment lors de ses apparitions filmées (lors de consistoires, de funérailles, de jubilés, de visites du pape François…). Avancer qu’il s’en serait abstenu du fait qu’il aurait été menacé de mort est irrecevable (que vaut notre vie pour sauver l’Église et des milliards d’âmes ? surtout à la fin de nos jours).
Au lieu de cela, il a rédigé, après sa renonciation, au moins une vingtaine de textes entre 2014 et 2022 (essais, articles, préfaces, lettres, contributions théologiques), dont le célèbre ouvrage cosigné avec le cardinal Robert Sarah Des profondeurs de nos cœurs (publié le 15 janvier 2020), réédité sous le titre Le Prêtre, Pour l’éternité, Des profondeurs de nos cœurs (le 26 octobre 2022). Seize de ces textes furent rassemblés et publiés, en 2023, à titre posthume, dans un corpus intitulé Ce qu’est le christianisme.
Le pape émérite Benoît XVI a également rédigés des lettres privées ou des réponses à des questions, comme sa lettre du 21 août 2014 à Mgr Nicola Bux sur la validité de sa renonciation. Mgr Nicola Bux la rendra publique dans l’annexe de son livre intitulé Réalité et utopie dans l’Église (coécrit avec Vito Palmiotti et publié par le quotidien italien La Bussola Quotidiana). Le pape émérite y affirme notamment la pleine validité de sa renonciation.
Idem, le fidèle ami du pape émérite Benoît XVI, le cardinal Robert Sarah, réputé pour son intégrité, continue à ce jour d’avoir accès aux médias. Lui aussi pourrait hurler au monde entier pour dénoncer la supposée trahison, sans craindre le martyr (par exemple lors de sa présidence remarquée de la messe pontificale du Grand Pardon de Sainte-Anne-d’Auray, le 26 juillet 2025). Au lieu de cela, il a continué de rester fidèle au pape François, à exercer les charges qui lui étaient confiées, notamment celle Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements (de 2014 à 2021) sous le pontificat du pape François, à parler dans les médias qui l’invitaient, à écrire des ouvrages commentant la marche de l’Église.
En janvier 2018, le cardinal Sarah a préfacé le livre Nicolas Diat, L’homme qui ne voulait pas être pape, retraçant le parcours de Benoît XVI. Et, en avril 2023, il a publié le livre posthume Hommage à Benoît XVI (éditions Fayard, 252 pages), dans lequel il fait l’éloge de son ami défunt. Tout cela sans jamais soutenir la moindre thèse beneplenisme.
Pire, dans son livre Pour l’éternité : méditations sur la figure du prêtre, publié en 2021, le cardinal Sarah médite sur les textes de plusieurs auteurs : Saint Jean Chrysostome, Saint Grégoire le Grand, Sainte Catherine de Sienne, Georges Bernanos… mais aussi du pape François !
Si la thèse beneplenisme était vraie, le cardinal Robert Sarah, serait à la fois l’un des pires traites à Benoît XVI et à l’Église catholique, feignant de ne pas savoir que l’Église est dirigée par un anti-pape ayant éliminé son grand ami. Or, personne ne soutient cela.
L’architecte principal du beneplenisme
Le journaliste Andrea Cionci en a fait le combat de sa vie. Il déroule sa thèse dans son livre Le Code Ratzinger. Déployant un zèle considérable pour montre qu’il a raison, il aurait publié 1500 articles, enregistré 2800 podcasts, donné 185 conférences et déposé 55 requêtes, et assiège le Tribunal de l’État de la Cité du Vatican !
Le père Giorgio Maria Faré, prêtre carme et docteur en théologie fondamentale de l’Université pontificale grégorienne de Rome, se laissant, un temps, convaincre par Cionci, avant de s’en désolidariser explicitement.
Andrea Cionci incite les fidèles à ne pas participer aux célébrations eucharistiques
dites “una cum” où le nom de Léon (et de François par le passé) est mentionné.
Un cas de dérive spirituelle en 6 étapes
- Nous avons un homme qui échafaude une thèse plausible ayant sa logique propre.
- Cette thèse lui donne une notoriété publique.
- “Effet cliquet” ou “effet crémaillère” : À force de répéter et de défendre publiquement sa thèse, cet homme en devient captif (il ne peut plus faire machine arrière, sa vie et son ego en dépendent).
- Cet homme emploie tous les recours journalistiques et juridiques pour se convaincre d’avoir raison et convaincre l’opinion qu’il a raison.
- Rupture : Quitte à demander aux fidèles de le suivre et de cesser d’accéder aux sacrements (la messe una cum), ce qui est le premier objectif de satan.
- Cela l’amène à se détacher de l’Église, à se perdre et à perdre les autres, enfermé dans une certitude circulaire et formant progressivement un groupuscule schismatique dont il est le centre.
L’invalidation par les miracles
Selon les sédévacantistes, la messe Saint Paul VI serait invalide. Pourtant, nous avons plusieurs cas de miracles eucharistiques attestés en lien avec la messe Saint Paul VI. Son rituel ressemble d’ailleurs davantage à celui des premiers chrétiens que la messe en latin instituée tardivement.
Le corps du jeune italien Saint Carlos Acutis est incorrompu. Pourtant, il ne participait qu’à la messe Saint Paul VI.
Ressources
En ligne
- Archidiacre : site youtube
- Matthieu Lavagna : youtube
- Père Horovitz : youtube
- Jean-Yves Macron : gloria.tv
Livres
- Yves Chiron