Réponse aux attaques de Don Guillaume Chevallier, militant français contre les écrits de Maria Valtorta

Entre 2020 et 2022, Don Guillaume Chevallier, prêtre de la communauté Saint-Martin, s’est fait connaître pour avoir produit quatre articles contre la mystique catholique italienne Maria Valtorta. Il est également intervenu dans des médias catholiques dans ce but. Nous verrons dans le présent article en quoi le travail de démolition du père Chevallier est erroné et nous exposerons les dissimulations auquel il est contraint pour parvenir à ses fins.

Nous nous appuierons sur les documents suivants :

  • Doc.1 : “L’inspiration chez Maria Valtorta”, Charitas 14 (2020), p. 73-94.
  • Doc.2 : “Aspects psychologiques des personnages de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta”, Annexe II du Charitas 14 (2020) ; et Charitas en ligne, printemps 2021.
  • Doc.3 : “Évaluation de trois éléments de doctrine de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta”, Charitas 15 (2021), p. 99-124.
  • Doc.4 : “Vraies et fausses prophéties : comment discerner ?”, Aleteia.org, 26/10/22.
TABLE -

Avertissement

Nous avons choisi de répondre aux accusations de Don Guillaume Chevallier après avoir constaté les troubles et les doutes qu’elles pouvaient susciter.

Si les accusations de Don Guillaume Chevallier nous semblent, en elles-mêmes, loin d’être solides et ses méthodes loin d’être honnêtes, nous sommes conscients qu’il puisse être déstabilisant de voir un ecclésiastique user de son autorité pour se lancer dans un militantisme acharné visant à salir l’une de ses sœurs dans la foi.

Malheureusement quiconque étudie la vie de l’Église réalise que ces agissements ont émaillé toute son histoire et que presque tous les Saints durent souffrir de calomnies et de persécutions de la part de leurs coreligionnaires et de leurs supérieurs hiérarchiques, avant d’être réhabilités et vénérés universellement – parfois des siècles plus tard. Songeons, parmi tant d’autres, à Saint Jean de La Croix que les carmes firent mettre au cachot et bastonner pendant deux ans, à Saint Jean Bosco que l’évêque tenta de faire interner en institution psychiatrique ou à Sainte Faustine qui fut mise à l’Index.

Le fait que Don Chevallier soit membre de la communauté Saint-Martin et publie ses écrits dans la revue de la communauté (Charitas) a fait croire à plusieurs personnes que la communauté Saint-Martin s’opposait à Maria Valtorta. Cela est faux. Don Chevallier a entrepris cette croisade de son propre chef, sans mandat et ne s’exprime pas au nom de la communauté. Nous connaissances des prêtres de la communauté Saint-Martin qui ne cautionnent pas son propos et tienne en estime Maria Valtorta.

Nous souhaitons ici alerter les lecteurs que les articles rédigés par Don Guillaume Chevallier peuvent être inconfortables en ce que, d’un côté, il est parfaitement sain que les fidèles accordent une confiance heureuse et spontanée envers leurs pasteurs et, de l’autre, particulièrement anormal de voir un prêtre recourir à tant des formules haineuses et injurieuses, y compris envers Jésus et Marie.

Ces faits doivent nous rappeler que le combat spirituel est le propre de notre pèlerinage terrestre, mais aussi que ceux qui ont faim et soif de justice peuvent, dès aujourd’hui, se réjouir sereinement de ce qu’ils seront rassasiés (Mt 5, 6). Enfin, cela doit être une invitation à la prière et aux œuvres favorisant la paix et l’unité du corps du Christ. Aussi, s’il nous a semblé important de couper court aux calomnies déversées en lui opposant la vérité des faits, nous tâcherons de le faire, sans rajouter à l’émotionnel, dans un argumentaire strictement sourcé et objectif.

Jésus : “Ce n’est pas en répondant par l’insulte à l’insulte que l’on persuade les ennemis.” (Valtorta, 447.1)

Qui est Maria Valtorta ?

Maria Valtorta est une mystique catholique italienne née en 1897 et décédée en 1961. Alors qu’elle a rejoint le tiers ordre des Servites comme tertiaire et mène une vie de prière retirée du monde dans sa maison de Viareggio, clouée à son lit en raison de souffrances physiques continues, elle reçoit de 1943 à 1954 des centaines de visions et de dictées de la part du Christ, de Marie, de certains saints ou encore de son ange gardien.

Parmi ses “révélations privées”, il lui est notamment donné de revoir la vie de Jésus en détail à travers plus de six cents visions immersives. Traduites en vingt-neuf langues, elles sont aujourd’hui disponibles en français sous le titre L’Évangile tel qu’il m’a été révélé.

À la demande de Jésus, elle décrit avec minutie les scènes (topographie, architecture, us et coutumes, faune, flore, conditions météorologiques, observations astronomiques…), dépeint les personnes (nom, origines, fonctions, physionomie, tempérament…) et retranscrit, mot à mot, leurs dialogues. Ce sont ainsi quelque neuf mille pages manuscrites qu’elle couvre en l’espace de quatre ans.

Elle reçoit également de nombreux enseignements théologiques, cosmogoniques et pastoraux d’une profondeur saisissante, réunis dans six autres volumes.

La vie de Maria Valtorta nous est bien connue du fait que son confesseur lui demanda, en 1943, de rédiger son autobiographie et qu’elle entretint une abondante correspondance avec son directeur spirituel, le père Romualdo Maria Migliorini, avec Mgr Alfonso Carinci, l’archevêque proche du pape Pie XII en charge de la Congrégation des rites et de la cause des Saints au Vatican, et avec la carmélite mère Teresa Maria de Saint-Joseph.

Tous les écrits de Maria Valtorta sont manuscrits et et dûment conservés par la Fondation héritière basée à Isola del Liri, en Italie.

Par ces révélations, Jésus lui dit vouloir mieux être connu des âmes, soutenir ses prêtres dans leur ministère et réévangéliser le monde. Mais la publication de ses écrits est mouvementée.

Informé, le pape Pie XII prend le temps, entre 1947 et 1948, de consulter la vie de Jésus transcrite par Maria Valtorta. À la suite à quoi, il convoque le jeudi 26 février 1948 en audience spéciale le père Migliorini, accompagné de deux témoins : son confrère, le père Berti, et leur prieur, le père Cecchin. Le pape conclut la rencontre en donnant cette consigne : “Publiez l’œuvre telle quelle. Il n’y a pas lieu de donner une opinion quant à son origine, qu’elle soit extraordinaire ou non. Ceux qui liront comprendront.” (propos rapportés sous serment par le père Berti, dans son témoignage écrit du 8 décembre 1978, et par le père Cecchin auprès du père Peter Mary Rookey). À la mort du pape, ces écrits sont pourtant mis à l’Index à l’instigation de certaines personnes qui n’y voyaient qu’un simple “roman”. Selon eux, dans le futur, “les spécialistes des études bibliques trouveront certainement beaucoup d’erreurs historiques, géographiques et autres” (L’Osservatore Romano du 6 janvier 1960).

Or, c’est exactement l’inverse qui va se passer. En effet, après le décès de Maria Valtorta, des chercheurs de différents pays vont, au cours des décennies suivantes, éplucher, ligne par ligne, les milliers de pages laissées par Maria Valtorta pour vérifier les détails qu’elles contiennent. Cela représente un travail de fourmi de dizaines de milliers d’heures et ces recherches sont toujours en cours. Aujourd’hui, le total de ces vérifications dépasse la somme vertigineuse de 24.000 détails factuels authentifiés, tous domaines confondus. Histoire, linguistique, archéologie, géographie, minéralogie, botanique, zoologie, météorologie, astronomie, sciences… quel que soit le prisme par lequel nous abordons l’œuvre, tout converge vers son authenticité.

Depuis, des Saints, des bienheureux, des cardinaux, des évêques, des théologiens et des biblistes de premier plan, ainsi qu’une multitude de laïcs, se sont enthousiasmés pour cet “écrin de trésors célestes”, selon les mots du père Gabriele Allegra, premier traducteur de l’ensemble de la Bible en chinois et béatifié en 2012 (Journal, Macao, 9 janvier 1970). Saint Paul VI a offert l’œuvre complète de Maria Valtorta au grand séminaire de Milan lorsqu’il était l’archevêque de cette ville et Sainte Mère Teresa aimait particulièrement cette lecture. Le 24 février 2024, c’est le pape François qui répond au père Ernesto Zucchini, président de la Fondation Maria Valtorta de Viarregio : “Je vous encourage à poursuivre avec autant d’engagement votre mission de faire connaître la vie de Maria Valtorta et son œuvre littéraire, en particulier tout ce qu’elle peut offrir pour le bien de l’Église et de la société. En avant !”

Pour découvrir la vie et les écrits de cette mystique catholique et tertiaire des Servites de Marie, lisez notre dossier complet ou visionnez cette courte vidéo (5 minutes) :

La thèse de Don Guillaume Chevallier

“Maria Valtorta, une folle qui a tout inventé et menti”

La thèse de Don Guillaume Chevallier est simple. Pour lui, Maria Valtorta est une folle à l’imagination débordante qui aurait entrepris, de son propre chef, de réécrire l’histoire de Jésus, puis aurait menti en vue de faire passer ses écrits pour de véritables révélations privées. D’ailleurs, selon lui, ses textes contiendraient des erreurs théologiques qui prouveraient la fraude et, donc, l’impossibilité d’une origine divine. Enfin, il serait dangereux de lire et de recommander les textes de Maria Valtorta en ce qu’ils propageraient une théologie et des images fausses.

En lisant cet article vous comprendrez en quoi la thèse de Don Chevallier ne résiste pas aux faits et comment Don Chevallier cache ces objections.

Maria Valorta aurait eu un projet personnel

Selon Don Guillaume Chevallier c’est seule et de son propre chef, qu’elle aurait entrepris de rédiger 13.193 pages manuscrites, en l’espace de 11 ans (de 1943 à 1954), sur la vie de Jésus et la théologie.

Don Guillaume Chevallier est sans équivoque : Maria Valtorta est à la manœuvre. Ainsi parle-t-il du “projet de Maria Valtorta” (doc.3, p.13). Ainsi répète-t-il avec force qu’il s’agit de “son” travail :

  • elle “s’exprime en docète” (doc.3, p.17)
  • “elle emprunte à la voie de la reconstitution psychologique des sentiments des personnages” (doc.3, p.12).
  • “elle met sur les lèvres de son personnage ‘Jésus’” (doc.3, p.13).
  • “d’après Maria Valtorta” (doc.3, note 2, p.17).
  • elle utilise des expressions “directement reprises de la tradition” (doc.3, note 1, p.19).
  • elle veut “traduire en termes psychologiques la science divine et humaine du Christ, et toujours en termes d’opposition” au point de tomber “dans l’absurde” (doc.3, p.20).
  • au moins l’une de ses phrases serait “une citation non déclarée du décret du Saint-Office Lamentabili (1907)”, texte qu’elle a “sous les yeux” et recopie = accusation de plagiat non déclaré. (doc.3, note 1, p.20).
  • elle forgerait une doctrine au sujet de Judas (doc.2, p.8).
  • “Le spirituel, tel que l’entend Maria Valtorta” (doc.2, p.12).
  • “l’amour tel que Valtorta le conçoit” (doc.2, p.14)
  • “son texte” (doc.2, p.15).
  • “Les suggestions de Maria Valtorta” (doc.2, p.15).

L’Évangile tel qu’il m’a été révélé serait un simple roman

Don Guillaume Chevallier est si convaincu de ne voir qu’un roman qu’il affirme que :

  • ses écrits déploieraient une “action romanesque” (doc.2, p.8).
  • Jésus ne serait qu’un “personnage éponyme” (doc.2, p.8), que le “‘Jésus’ de Valtorta” (doc.2, p.10).
  • les lecteurs de Maria Valtorta sont qualifiés de “disciples du roman” (doc.2, p.9).
  • “les personnages du roman” (doc.2, p.14)
  • “personnage fantasmé de “Jésus”” (doc.2, p.14).

Don Guillaume Chevallier est si convaincu de la fausseté de ces écrits qu’il suggère “de demander à un spécialiste d’analyser les sources possibles de la création du personnage littéraire de “Jésus”” (doc.2, p.14).

Cherchant à se faire passer pour révélé

Don Guillaume Chevallier reproche à l’œuvre d’être un “roman” (doc.3, p.9). cherchant à se faire passer pour :

  • “une interprétation quasi-magistérielle des textes canoniques, qui ne correspond pas au statut des révélations privées” (doc.3, p.1) ; des révélations privées qui prétendraient “dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement” (doc.3, p.2).
  • “une révélation divine sur la vérité des faits” (doc.3, p.9).
  • “la prétention à l’inspiration divine de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé” (doc.2, p.1).
  • “une fiction qui veut s’imposer, au-delà de la fiction, pour réalité divine” (doc.2, p.14).

Il parle de “falsifications fondamentales” (doc.3, p.2).

Maria Valorta mentirait

Par ces affirmations, il déclare que Maria Valtorta ment, puisqu’elle a toujours affirmé que ces pages étaient le fruit de visions et de dictées divines (et non d’une entreprise personnelle).

Don Guillaume Chevallier écrit donc en conclusion du doc.2 : “le texte atteste – mensongèrement – d’un processus de rédaction d’origine divine” (doc.2, p.14).

L’objectif de Maria Valtorta serait ici de pouvoir “comparer, voire de substituer [son texte], à la révélation authentique” (doc.2, p.14).

Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui aurait poussé Maria Valtorta à recourir au moyen d’une fausse révélation privée ?

  • Ce seraient des “projections affectives” et un “besoin de domination” (doc.2, p.14).
  • Don Guillaume Chevallier se hasarde à une hypothèse (doc.2, p.14) en raison d’”une immaturité affective” (doc.2, p.14) qu’elle aurait “transposée en termes religieux” pour se donner “une auto-justification absolue” (doc.2, p.14), glissant dans “l’idolâtrie” (doc.2, p.14).

Maria Valtorta se serait donné pour but d’égaler la Révélation publique

L’objectif de Maria Valtorta serait de pouvoir “comparer, voire de substituer [son texte], à la révélation authentique” (doc.2, p.14). L’œuvre se voudrait “comme l’indispensable prophétie qui manque au dépôt révélé pour l’accomplir et lui donner son efficacité” (doc.1, p.17). Ainsi, l’œuvre prétendrait dépasser et corriger la Révélation (doc.1, p.18).

La raison ? Maria Valorta aurait été mentalement malade

Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui aurait poussé Maria Valtorta à recourir au moyen d’une fausse révélation privée ?

Ce seraient des “projections affectives” et un “besoin de domination” (doc.2, p.14).

Don Guillaume Chevallier se hasarde à une hypothèse (doc.2, p.14) en raison d’“une immaturité affective” (doc.2, p.14) qu’elle aurait “transposée en termes religieux” pour se donner “une auto-justification absolue” (doc.2, p.14), glissant dans “l’idolâtrie” (doc.2, p.14).

Bref, Don Guillaume Chevallier veut réellement nous convaincre que Maria Valtorta est une malade mentale.

Ainsi, lorsque Don Guillaume Chevallier attaque frontalement Jésus, le Père ou Marie :

  • “‘Jésus’ […] connaît une véritable difficulté à s’exprimer simplement à son propre sujet” (doc.3, p.13),
  • “le Père, qui déclare confusément […]” (doc.3, note p.13),
  • Jésus enseigne “sur la chasteté tout en manquant lui-même” (doc.3, p.17)
  • Don Guillaume Chevallier : “Il y a de l’inconsistant et de l’anachronique dans ces arguments, exprimés dans un style embarrassé où “Jésus” ne parvient pas à parler de lui-même à la première personne du singulier ; mais le plus important relève du fond du propos. L’innocence de Marie et la divinité de Jésus doivent faire taire les objections aux excès et aux ambiguïtés de leur attitude. C’est précisément l’argument des manipulateurs et des directeurs spirituels intrusifs, qui font valoir que la pureté des êtres renouvelés par la foi, de leurs relations “en Dieu”, justifient toutes les exceptions et toutes les inconvenances.” (doc.2, p.7)
  • Jésus est décrit comme “inconsistant” (doc.3, p.12)
  • “excès sentimentaux de Marie” (doc.2, p.11)

c’est bien Maria Valtorta qu’il pense rabaisser.

Il écrit, en conclusion du doc.2, que le “‘Jésus’ de Valtorta” serait un “personnage maladif en qui résonne si fort l’autoritarisme et le narcissisme victimal de l’auteur” (doc.2, p.14).

Don Guillaume Chevallier ironise/ricane : “on le notera avec un sourire” (doc.2, p.10).

Mais, quand bien même il aurait raison, est-ce une manière convenable et chrétienne de traiter une personne malade mentalement ? Est-ce le modèle pastoral que l’on attend d’un prêtre à l’égard d’un malade psychiatrique ? Sa conviction de défendre le vrai l’autorise-t-elle à trainer son prochain dans la boue ?

La fraude et l’impossibilité d’une origine divine seraient prouvées par la présence d’erreurs théologiques

Don Guillaume Chevallier entend dénoncer “trois champs d’erreurs doctrinales sur des points majeurs de la foi catholique” (doc.2, p.1) :

  1. “La préexistence de la Vierge Marie” (doc.3, p.3) ou “la création antécédente de l’âme de Marie, séparément de son corps” (doc.3, p.24)
  2. “L’incarnation de satan en Judas” (doc.3, p.3 & p.24)
  3. “La manière d’exprimer et de concevoir l’Incarnation du Verbe” (doc.3, p.3) ou certaines “affirmations doctrinales explicites ou suggérées sur l’Incarnation du Verbe” (doc.3, p.24)

Ce qui lui permet de conclure : “Ces textes fautifs du point de vue de l’expression de la foi montrent que la probabilité que le Seigneur ait dicté lui-même ces formules est nulle.” (doc.3, p.17)

Nous nous attacherons à répondre, point par point, ci-dessous, à ces trois objections.

En raison de ces erreurs doctrinales, les écrits der Maria Valtorta seraient dangereux

Don Guillaume Chevallier soutient que recommander les écrits de Maria Valtorta est dangereux (doc.1, p.2) en ce qu’ils apporteraient “de profondes modifications dans la doctrine et la tradition de l’Église” (doc.1, p.3).

Don Guillaume Chevallier parle :

  • d’une formation “dangereuse” (doc.2, p.14).
  • d’un corpus où “l’abus spirituel est patent” (doc.1, p.21).
  • d'”une prédication médiocre”, “mêlée d’éléments d’hérésie” (doc.1, p.22).

Ainsi, selon Don Guillaume Chevallier, “il faudra encore [que les lecteurs] s’efforcent de parcourir un chemin de purification de la mémoire et de l’imaginaire” (doc.2, p.15).

Ainsi, tous les efforts de Don Guillaume Chevallier semblent se concentrer à défendre le postulat selon lequel cette révélation privée serait fausse et dangereuse.

Continuité et dépassement du Saint-Office

Selon Don Guillaume Chevallier, puisque certains des membres du Saint-Office ont affirmé que L’Évangile tel qu’il m’a été révélé était une fiction personnelle imaginée par Maria Valtorta et l’ont combattu comme tel, ils ont raison.

À aucun moment il s’interroge sur l’identité de ces censeurs, sur leurs méthodes, sur leurs motivations, sur le curriculum.

En bon soldat, il ne questionne, il applique. Ainsi, il se place dans la continuité des censeurs du Saint-Office qui considéraient Maria Valtorta comme une personne dérangée et ses textes comme une pure invention.

Toutefois, Don Guillaume Chevallier entend aller plus loin que le Saint-Office en soulevant des “erreurs théologiques”, là où l’institution se montra incapable de nommer une seule erreur théologique, en dépit des milliers de pages qu’elle écrivit. Pire, les censeurs reconnurent dans un article de L’Osservatore Romano daté du 6 janvier 1960 que la théologie mariale qui se trouvait dans les textes de Maria Valtorta corroborait “les dernières études des spécialistes”.

Le mirage de la thèse de Don Guillaume Chevallier

Don Guillaume Chevallier s’improvise médecin

Chercher à faire passer l’autre pour “fou” afin de le dégrader est une méthode tristement courante.

En voulant faire passer Maria Valtorta pour folle, Don Guillaume Chevallier entend poser un diagnostic médical alors qu’il n’en a pas les compétences.

Avant lui, les détracteurs du Saint-Office tentèrent également de faire passer Maria Valtorta pour aliénée et hystérique. Mais cette hypothèse fut formellement démentie par le Pr Giovanni Gemignani – collaborateur du Dr Mario Tobino (médecin-chef psychiatre et écrivain de Viareggio) et attaché à l’hôpital psychiatrique de FregionaiaMaggiano, dans la province de Lucques, Italie) – qui la rencontra en personne, et, plus tard, par le professeur Francesco Marciante de l’université de Palerme (Sicile, Italie) qui étudia ses écrits sous l’angle clinique.

Nul doute que leur diagnostic est autrement plus solide que celui de Don Guillaume Chevallier qui n’a pas connu Maria Valtorta et est dépourvu de compétences reconnues dans le domaine psychiatrique.

Jésus : “Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.” (Mt 5, 22)

Ses deux omissions volontaires

Pour faire tenir sa thèse, Don Guillaume Chevallier est obligé de mettre deux éléphants sous le tapis. À savoir :

  • Les milliers de confirmations factuelles que les chercheurs accumulèrent au fil de ces soixante dernières années.
  • Les nombreux soutiens ecclésiastiques de haut niveau que reçut Maria Valtorta pendant et après sa vie.

De telles omissions ne peuvent qu’être volontaires, tant ces faits sont connues pas ceux qui s’intéressent au sujet. Ces omissions sont trop grosses et ne peuvent faire effet que chez les lecteurs qui ne connaissent pas le sujet.

L’absence d’erreurs théologiques dans les textes de Maria Valtorta

Rappelons que Don Guillaume Chevallier :

  • est prêtre, mais pas théologien (il n’a pas de doctorat de théologie) ;
  • n’a ni lu ni étudié les textes de Maria Valtorta dans leur ensemble ;
  • n’a ni lu ni étudié les textes de Maria Valtorta dans leur version originale.

Comme nous allons le voir maintenant, les trois prétendues erreurs théologiques repérées par Don Chevallier n’en sont pas.

Les accusations théologiques de Don Guillaume Chevallier

Don Guillaume Chevallier a déclaré avoir identifié “trois champs d’erreurs doctrinales sur des points majeurs de la foi catholique” (doc.2, p.1) dans L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, ce qui suffirait pour invalider la provenance divine de ce texte, contrairement à ce qu’a toujours affirmé sa rédactrice, Maria Valtorta.

Nous nous concentrerons ici sur le document 3. Selon Don Chevallier, les trois champs problématiques seraient :

  1. “La préexistence de la Vierge Marie” (doc.3, p.3) ou “la création antécédente de l’âme de Marie, séparément de son corps” (doc.3, p.24) ;
  1. “L’incarnation de satan en Judas” (doc.3, p.3 & p.24) ;
  1. “La manière d’exprimer et de concevoir l’Incarnation du Verbe” (doc.3, p.3) ou certaines “affirmations doctrinales explicites ou suggérées sur l’Incarnation du Verbe” (doc.3, p.24).

Ce qui lui permet de conclure : “Ces textes fautifs du point de vue de l’expression de la foi montrent que la probabilité que le Seigneur ait dicté lui-même ces formules est nulle” (doc.3, p.17). Nous montrerons ici, de manière structurée et sourcée, en quoi ces trois champs, tels qu’ils sont traités dans l’œuvre de Maria Valtorta, ne sont nullement en contradiction avec les Écritures saintes, la Tradition catholique et le Magistère de l’Église.

Précision : Don Chevallier utilise l’ancienne traduction (celle de Félix Sauvage) de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé. Pour permettre aux lecteurs de retrouver les passages cités, nous avons ajouté les références de la seconde édition et les liens vers celles-ci. Ainsi, par exemple (I, 11, 51 ou EMV 7.2) signifie : Tome 1 de la première édition de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, chapitre 11, page 51, ou 7ème chapitre, 2ème section, de la seconde édition.

 

I. “La préexistence de la Vierge Marie” (doc.3, p.3) ou “la création antécédente de l’âme de Marie, séparément de son corps” (doc.3, p.24)

1. Passages relevés

Don Chevallier cite (doc.3, pp.4-8) :

  • ce passage où Anne, la maman de Marie, s’étonne de la connaissance précoce que manifeste sa fille : “– Ma joie ! Comment sais-tu ces choses saintes ? Qui te les a dites ? Ton père ? — Non. Je ne sais pas qui c’est. Il me semble les avoir toujours sues. Mais peut-être c’est quelqu’un qui me les dit et que je ne vois pas. Peut-être un des anges que Dieu charge de parler aux hommes qui sont bons” (I, 11, 51 ou EMV 7.2)
  • et ces commentaires de Jésus : “Marie se rappelait Dieu. Elle rêvait Dieu. Elle croyait rêver. Elle ne faisait que revoir tout ce que son esprit avait vu dans la splendeur du Ciel de Dieu, à l’instant où elle avait été créée pour être unie à la chair conçue sur la terre. Elle partageait avec Dieu, bien que d’une manière très inférieure, comme la justice l’exigeait, une des propriétés de Dieu : celle de se souvenir, de voir et de prévoir par l’attribut d’une intelligence puissante et parfaite parce qu’elle n’était pas blessée par la faute” (I, 17, 71 ou EMV 10.8). “Elle se souvenait, comme tous les saints, de les avoir entendues lorsqu’elle avait été engendrée avec son esprit immortel par Dieu, Père Créateur de tout ce qui a la vie. Et si elle ne se rappelait pas tout de sa future mission, c’était pour cette raison qu’en toute perfection humaine Dieu laisse des lacunes, dues à une divine prudence qui est bonté pour sa créature en lui fournissant des occasions de mérites (…). L’esprit de Marie était au Ciel. Son état moral et sa chair sur la terre, et il lui fallait fouler aux pieds la terre et la chair pour rejoindre l’esprit et l’unir à l’Esprit dans un embrasement fécond” (I, 17, 73 ou EMV 10.10). “Pour être chair, j’avais besoin d’une mère. Pour être Dieu, j’avais besoin d’un père qui fut Dieu. Voilà pourquoi Dieu créa l’Épouse et lui dit : “Viens avec moi. À mes côtés, vois tout ce que je fais pour notre Fils. Regarde et réjouis-toi, éternelle Vierge, Enfant éternelle, et que ton sourire emplisse le Ciel et donne aux anges la note initiale et qu’il enseigne au Paradis l’harmonie céleste. Je te regarde et je te vois telle que tu seras, ô Femme immaculée qui maintenant n’es qu’esprit : l’esprit en qui je me complais”” (I, 8, 39 ou EMV 5.12). “Voilà pourquoi Dieu créa son Épouse et lui dit : […] Je te regarde et donne l’azur de ton regard à la mer et au firmament, la couleur de tes cheveux au grain saint, ta blancheur au lys et ton rose à la rose, semblable à ton épiderme soyeux, les perles sont tes dents minuscules. Je fais les douces fraises en regardant ta bouche, je mets au gosier des rossignols les notes de ton chant et à la tourterelle ta plainte. En lisant tes futures pensées, en écoutant les battements de ton cœur, je possède le modèle et le guide de la création (…) Accours, vole, jubile, ô ma Belle, et l’univers, qui se crée d’heure en heure, prépare-le à m’aimer, Amoureuse, et qu’il devienne plus beau par ton sourire, Mère de mon Fils, Reine de mon Paradis, Amour de ton Dieu” (I, 8, 39-40 ou EMV 5.12). “Maria (Valtorta), petite voix (de Dieu), tu as vu la naissance du Fils de la Vierge et la naissance au Ciel de sa mère” (I, 8,42 ou EMV 5.14). “Avec un cri de joie, [l’archange] recueillit du Feu Divin l’étincelle immaculée qui était l’âme de l’Enfant Éternelle, et l’enfermant dans un cercle de flammes angéliques, celles de son amour spirituel, il la porta sur la terre dans une maison, dans un sein. Et à partir de ce moment, le monde posséda l’Adoratrice ; et Dieu, à partir de ce moment, put regarder un point de la terre sans en éprouver de dégoût” (II, 103, 619 ou EMV 136.6). “C’était la Super-Ève, le chef-d’œuvre du Très-Haut, c’était la Pleine de grâce, c’était la mère du Verbe dans la pensée de Dieu. (…) Car il ne s’agit plus d’enfant et puis de femme, mais d’une créature céleste fusionnée en la grande lumière et sagesse de Dieu” (I, 12, 55 ou EMV 7.9). “Puisque Satan poussera éternellement ses cris, voilà qu’une voix de Femme chantera pour les couvrir. — Quand ? — En vérité sa voix est déjà descendue des cieux où elle chantait éternellement son alléluia” (VI, 111, 219 ou EMV 420.11).

Don Chevallier évoque encore en notes de bas de page (doc.3, notes 1 & 3, p.5) :

  • Le passage I, 18, 78 (ou EMV 11.4), “où Marie parle d’une expérience déjà vécue “hors de la vie présente””.
  • Jésus, parlant de toutes les âmes : “La vie dont je parle ne commence pas dans le sein maternel. Elle commence, quand, dans la Pensée de Dieu, naît, créée par lui, une âme faite pour habiter une chair. Elle prend fin quand le péché la tue” (II, 85, 486 ou EMV 118.6).
  • Jésus : “Ce sont des mystères qui sont trop élevés pour que vous puissiez les comprendre pleinement” (I, 17, 71-72 ou EMV 10.8).

2. Accusation

Sur la base de ces passages, Don Chevallier affirme que :

  • “L’expression [“unie à une chair], typique d’une doctrine néo-platoniste refusée par l’Église, désigne bien une création antérieure à la conception biologique et non concomitante à elle, dans un état de connaissance supérieure” (doc.3, p.5).
  • “C’est Marie qui est créée dans le temps – mais hors du temps humain – […] Il faut donc comprendre le titre d’“Éternelle Vierge” (I, 14, 62) […] comme désignant une créature voulue et réalisée en son âme avant son existence terrestre, s’unissant par une sorte d’incarnation à une nature humaine. Il ne fait pas de doute que cette doctrine se trouve dans l’Œuvre de Maria Valtorta et cette doctrine est nettement hérétique […]” (doc.3, p.8).

Don Chevallier reproche donc au texte de laisser entendre que l’âme de Marie fut créée avant sa conception biologique, alors que l’Église enseigne que, chez les créatures humaines, âme et corps sont créés de manière concomitante (doc.3, p.5).

3. Réponse

Il y a deux dimensions qu’il convient de distinguer :

  1. D’une part, ce qui est dans la pensée éternelle de Dieu, dans le dessein intemporel de Dieu, dans le cœur intemporel de Dieu. En effet, pour Dieu, qui est intemporel, omnipotent et omniscient, tout est de toute éternité. Saint Thomas d’Aquin parle à ce sujet “des idées de Dieu” (cf. Petite Somme théologique, Question 15).
  2. Et, d’autre part, la concrétisation dans le temps des hommes, de ce qui est présent dans la pensée de Dieu. Notre existence, quant à elle, commence quand notre âme est créée, au moment de la procréation.

L’intemporalité de Dieu n’est pas incompatible avec la temporalité des hommes, car Jésus, vrai Dieu, fut aussi vrai homme. Ainsi, en écrivant aux Éphésiens : “[Dieu] nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. […] [Dans le Christ], nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé” (Ep 1, 4-6 & 11), Paul n’affirme pas la préexistence de notre âme, mais le fait que nous existons tous depuis toujours dans le projet de Dieu, dans l’éternel présent de Dieu : c’est la prescience ou l’omniscience de Dieu. Je suis présent (en corps et en âme) dans la pensée de Dieu, dans le Christ par qui tout a été fait, avant la fondation du monde. De même, mes péchés sont présents dans la Rédemption avant même que je les ai commis. Je n’existe pas comme un projet futur, mais comme un projet abouti dans l’éternel présent de Dieu. Nous existions (nous existons) dans le Christ.

Pareillement, l’Incarnation du Christ a été vue de toute éternité, et les prophètes, inspirés par les idées de Dieu, ont-ils pu l’annoncer avant qu’il naisse. Puis, il s’est incarné dans le temps des hommes.

Il en est de même de la Vierge Marie qui fut prophétisée avant que son âme ne soit créée et infusée au temps fixé : elle existait comme “Éternelle Vierge” dans la pensée de Dieu, avant sa création effective dans le temps des hommes, simultanément corps et âme.

Le passage que cite Don Chevallier dit “à l’instant où [l’âme de Marie] avait été créée pour être unie à la chair conçue sur la Terre” (I, 17, 71) (doc.3, p.5). Le terme qui fut traduit par à l’instant est, dans le texte original en italien, attimo, signifiant “au moment”, “à l’instant”. Pourquoi ne pourrait-on pas l’entendre comme simultanément, parlant de la création concomitante de l’âme et de la chair donnant lieu à l’infusion ? La Vierge Marie ne préexistait pas aux autres créatures. Mais, en prévision de sa maternité divine, elle réjouissait le cœur de Dieu plus que toute autre créature.

Dans la liturgie de l’Église :

Depuis longtemps, l’Église catholique a associé, dans sa liturgie de l’Immaculée Conception, le chapitre 8 du Livre des Proverbes à Marie : “Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre. Et moi, je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. Et maintenant, fils, écoutez-moi. Heureux ceux qui gardent mes chemins ! Écoutez l’instruction et devenez sages, ne la négligez pas. Heureux l’homme qui m’écoute, qui veille à ma porte jour après jour, qui monte la garde devant chez moi. Qui me trouve a trouvé la vie, c’est une bienveillance du Seigneur. Qui m’offense se fait tort à lui-même : me haïr, c’est aimer la mort !” (Pr 8, 22-36)

Dom Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l’ordre des Bénédictins en France, abbé de Solesmes et Serviteur de Dieu (dont le procès diocésain de béatification et canonisation a été ouvert par Mgr Jacques Faivre, évêque du Mans, le 21 décembre 2005), commentait ce passage du Livre des Proverbes en ces termes : “Comme Dieu, [Jésus] est engendré de toute éternité au sein de son Père ; comme homme, il était dans la pensée de Dieu le type de toutes les créatures, avant qu’elles fussent sorties du néant. Mais le Fils de Dieu, pour être un homme de notre filiation, ainsi que l’exigeait le décret divin, devait naître dans le temps, et naître d’une Mère. Cette Mère a donc été présente éternellement à la pensée de Dieu comme le moyen par lequel le Verbe prendrait la nature humaine ; le Fils et la Mère sont donc unis dans le même plan de l’Incarnation ; Marie était donc présente comme Jésus dans le décret divin, avant que la création sortît du néant. Voilà pourquoi, dès les premiers siècles du christianisme, la sainte Église a reconnu la voix de la Mère unie à celle du Fils dans ce sublime passage du livre sacré, et a voulu qu’on le lût dans l’assemblée des fidèles, ainsi que les autres passages analogues de l’Écriture, aux solennités de la Mère de Dieu” (Année liturgique : L’Avent, Commentaires de Proverbes 8, 22-31, au 8 décembre, Immaculée conception ; reproduit ici).

Ce rapprochement liturgique est également présent chez les orthodoxes. Il est développé, dans les transcriptions de Maria Valtorta, par Jésus :

Et par Azarias (l’ange gardien de Maria Valtorta) :

La même compréhension est développée dans les visions mystiques de la vénérable sœur Marie d’Agréda, lue et défendue par plusieurs papes contre l’inquisition de certains clercs (cf. sa méditation du huitième chapitre du Livre des Proverbes).

Ou encore dans ce songe qu’eut Sainte Louise de Marillac (1591-1660), la veille d’un 8 décembre :

“La veille de la Conception de la Sainte Vierge ayant entendu la lecture de l’épître de ce jour, j’eus en songe la vue d’une grande obscurité en plein midi, ne paraissant que peu au commencement et suivie d’une nuit très obscure qui étonnait et effrayait tout le monde. Je sentais seulement soumission à la divine Justice. Cette obscurité passée, je vis le plein jour venir, et en quelque partie de l’air fort élevée, j’y vis comme une figure de celle qui nous représente la Transfiguration, qui me semblait être figure de femme. Néanmoins mon esprit fut surpris de grand étonnement qui me portait à reconnaissance vers Dieu, mais telle que mon corps en souffrait, et m’éveillant sur cela, je souffris quelque temps encore ; et la représentation m’en est toujours demeurée en esprit, contre l’ordinaire de mes songes, me représentant cette première grâce en la Vierge, être le commencement de la lumière que le Fils de Dieu devait apporter au monde. En ma méditation sur le sujet de l’épître, voyant que la Sainte Église appliquait à la Sainte Vierge son être devant la Création du monde, mon esprit y a acquiescé, pensant que non seulement elle était de toute éternité en l’idée de Dieu par sa prescience, mais encore préférablement à toute autre créature pour la dignité à laquelle Dieu la destinait de Mère de son Fils. Il a su être voulu avant la création de toutes choses terrestres qui pouvaient être témoins du péché de nos pères. Dieu a voulu faire un acte de sa volonté spécifiée pour la création de l’âme de la Sainte Vierge, et ce pourrait aussi avoir été un acte effectif, ce que je soumets entièrement à la Sainte Église, ne m’en servant que pour en honorer davantage la Sainte Vierge, et lui renouveler notre dépendance, en général, de la Compagnie, comme ses plus chétives filles, mais la regardant aussi comme notre très digne et unique Mère. Que soient aimés Jésus et Marie” (Écrits spirituels de Louise de Marillac, m. 35 bis, rédigés entre 1633 et 1647, Édition de 1983, p.730).

Aussi, la Constitution apostolique Ineffabilis Deus du pape Pie IX, du 8 décembre 1854, proclame le dogme de l’Immaculée Conception en ces termes :

“Il destina donc, dès le commencement et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère de laquelle, s’étant incarné, il naîtrait, dans la bienheureuse plénitude des temps ; il la choisit, il lui marqua sa place dans l’ordre de ses desseins ; il l’aima par‑dessus toutes les créatures, d’un tel amour de prédilection, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances.”

Notons encore que Don Chevallier reproche à Jésus de dire à Maria Valtorta qu’elle a vu “la naissance au Ciel de sa mère” (I, 8, 42 ou EMV 5.14) (doc.3, p.7). Or, la suite du paragraphe (que Don Chevallier ne mentionne pas) permet de comprendre que Jésus parle ici de l’Assomption, et non de la création de l’âme de Marie. Voici le paragraphe reproduit en entier dans sa traduction la plus récente :

“Maria, ma petite voix, tu as vu la naissance du Fils de la Vierge et la naissance au Ciel de la Vierge. Tu as donc vu que les personnes sans faute ne connaissent ni la souffrance de donner le jour ni celle de mourir. Mais si la perfection des dons cé­lestes fut réservée à la plus innocente de toutes, à la Mère de Dieu, l’enfantement sans douleur et la mort sans angoisse auraient été le lot de tous les descendants des premiers parents qui seraient restés innocents et enfants de Dieu, comme cela était juste, pour avoir su s’unir et concevoir sans luxure” (EMV 5.14).

Nous devons ici rappeler que Maria Valtorta reçoit une grande partie de ses visions dans un ordre non chronologique et que, en dehors de la vie de Jésus, elle reçoit de nombreuses autres dictées et visions sur divers points théologiques qui viendront composer six autres livres. Or, parmi ces contenus complémentaires, se trouve un récit commenté de l’Assomption de Marie au Ciel que Maria Valtorta reçut par dictée le 18 décembre 1943 (cf. Les Cahiers de 1943, éd. CEV). Il est alors parfaitement cohérent que Jésus lui dise “tu as vu […] la naissance au Ciel de la Vierge” dès le premier tome de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé (I, 8, 42 ou EMV 5.14), puisqu’elle reçut cette locution a posteriori, le 27 août 1944.

Enfin, Don Chevallier reproche au texte de dire que l’esprit de Marie était au Ciel pendant sa vie terrestre (doc.3, p.5). Or, cela ne fait que décrire l’état extatique (et non béatifique). Pourquoi la Vierge en serait-elle privée alors que tant de saints l’ont vécu ?

Nous conseillons aux lecteurs souhaitant approfondir la thématique mariale dans les écrits de la mystique de se reporter au livre La Vierge Marie dans l’œuvre de Maria Valtorta (éd. CEV), du père Gabriele Roschini, mariologue de renommée mondiale, professeur de l’Université pontificale du Latran, fondateur du Marianum à Rome, ayant travaillé avec le Saint-Siège. Initialement très réservé envers les écrits de Maria Valtorta, ce sont précisément les pages sur la Vierge Marie qui l’ont convaincu de sa profondeur spirituelle. Il considérait que, parmi les 125 livres qu’il écrivit, La Vierge Marie dans l’œuvre de Maria Valtorta était le plus important.

II. “L’incarnation de satan en Judas” (doc.3, p.3 & p.24)

1. Passages relevés

Don Chevallier cite (doc.3, pp.9-12) :

  • Cette observation de Maria Valtorta : “Je ne suis pas compétente, mais je crois ne pas me tromper en disant que par la bouche de Judas, c’est Satan lui-même qui parlait, que c’est un moment de possession évidente de Satan dans l’apôtre perverti, déjà au seuil du crime, déjà damné par sa propre volonté” (VIII, 28, 258 ou EMV 567.14).
  • Cette remarque de Jésus à Judas : “Il s’est approché de toi, en te tentant, en t’essayant, et tu l’as accueilli. Il n’y a pas de possession s’il n’y a pas au début une adhésion à quelque tentation satanique” (VIII, 36, 321 ou EMV 575.11).
  • Cette parole de Jésus à son Père : “Et maintenant, non content d’avoir en lui les ferments répugnants et les blasphèmes du mensonge, la contre-charité, la soif de sang, le désir cupide de l’argent, l’orgueil et la luxure, il s’insatanise, homme qui pouvait devenir ange, pour être l’homme qui devient démon. (…) Mais Père, Oh ! mon Père ! Je l’aime… je l’aime encore” (V, 5, 34 ou EMV 317.4).
  • Cet échange entre Lazare et Jésus : “— C’est Judas de Keriot ! — Non. C’est Satan. Dieu a pris chair en moi : Jésus. Satan a pris chair en lui : Judas de Keriot (…). J’ai dit que la possession c’est la contagion de Satan qui inocule ses sucs dans l’être et le dénature. J’ai dit que c’est le mariage d’un esprit avec Satan et avec l’animalité. Mais la possession est encore peu de chose par rapport à l’incarnation. (…) C’est seulement en Jésus Christ qu’est Dieu tel qu’il est au Ciel, car je suis le Dieu fait chair. Il n’y a qu’une incarnation divine. De même aussi dans un seul sera Satan, Lucifer, comme il est dans son royaume, car c’est seulement dans l’assassin du Fils de Dieu que Satan s’est incarné. Lui, pendant que je te parle, est devant le Sanhédrin. Il s’occupe de mon meurtre et s’y emploie, mais ce n’est pas lui, c’est Satan” (IX, 6, 25 ou EMV 587.3).
  • Cette parole de Jésus : “Si Satan ne s’était pas incarné, l’éternel singe de Dieu, en une chair mortelle, ce possédé n’aurait pas pu se soustraire à mon pouvoir de Jésus. J’ai dit : “possédé”. Non. Il est beaucoup plus : il est anéanti en Satan” (IX, 20, 184 ou EMV 600.32).
  • Une réponse de Jésus à une question des Apôtres au sujet de Judas : “— Mais pourquoi ne l’as-tu pas vaincu ? Tu ne le pouvais pas ? — Je le pouvais. Mais pour empêcher Satan de s’incarner pour me tuer, j’aurais dû exterminer la race humaine avant la Rédemption. Qu’aurais-je racheté alors ?” (IX, 6, 184 ou EMV 600.32)
  • Ce commentaire de Jésus : “À certains cela semblera inutile, humain, impossible ce que je mets en lumière. Ce sont ceux qui ont l’habitude de nier les phases humaines de la vie de Jésus, et font de moi une chose tellement en dehors de la vie humaine qui n’est uniquement qu’une chose divine. Où donc alors la Très Sainte Humanité, où le Sacrifice de la Seconde Personne en revêtant une chair ? Oh ! Combien vraiment j’étais l’homme parmi les hommes. J’étais l’homme et pour cela je souffrais de voir le traître et les ingrats. Pour cela je jouissais de l’amour de qui m’aimait ou se convertissait à moi. C’est pour cela que je frémissais et pleurais devant le cadavre spirituel de Judas. J’ai frémi et pleuré devant un ami mort, mais je savais que je l’aurais rappelé à la vie et je jouissais de le voir déjà par son esprit dans les Limbes… Ici… ici j’avais en face de moi le Démon. Et je ne dis rien de plus.” (II, 48, 263 ou EMV 83.7)

2. Accusation

Sur la base de ces extraits, Don Chevallier reproche à Jésus d’expliquer que Judas “est anéanti en satan” (IX, 20, 184 ou EMV 600.32) et que satan ne l’aurait pas simplement possédé, mais se serait “incarné” en lui (IX, 6, 25 ou EMV 587.3), au moment de sceller le déicide (doc.3, pp.9-13), participant par là même à faire baigner “toute la pensée de Maria Valtorta” dans “un dualisme manichéen” (doc.3, p.11), dans “une vision très manichéenne de l’univers spirituel” (doc.3, p.24).

Notons ici, que cette accusation ne vient pas de Don Chevallier, mais du rapport Vaccari (Saint-Office) et fut reprise par le cardinal Bea.

3. Réponse

Rappelons ici que le terme manichéisme est issu d’une doctrine religieuse syncrétique conçue par Mani au IIIe siècle. Cette doctrine est fondée sur la coexistence et le dualisme antagoniste de deux principes cosmiques égaux et éternels : le bien et le mal. Accuser L’Évangile tel qu’il m’a été révélé de manichéisme ne tient pas pour au moins trois raisons :

  1. L’œuvre ne présente jamais satan comme étant l’égal de Dieu. Il est toujours clair que satan est une créature angélique immortelle déchue en raison de sa libre désobéissance à Dieu, son créateur éternel. Ainsi, le pouvoir de satan est infiniment limité par rapport à celui de Dieu et son action prendra fin.

Citons par exemple ce passage où Jésus commente la beauté de la création : “Ici, Dieu apparaît réellement dans sa majesté de Créateur et, à la vue de ses merveilles, nous pouvons croire fermement que le Maître, c’est lui et non pas satan. Le malin ne pourrait pas créer le moindre brin d’herbe. Mais Dieu peut tout. Que cela nous réconforte.” (EMV 174.15) ou encore celui-ci, où Jésus dit : “Le démon, qui ne cesse de singer Dieu, produit chez les possédés de l’esprit, un effet analogue bien que limité puisque Dieu seul est infini” (EMV 502.2).

  1. L’incarnation de satan dans un homme demeure celle d’une créature (angélique, pur esprit) dans une créature (humaine). Celle-ci est bien différente de l’incarnation du Verbe. Pour Jésus, il s’agit d’une union hypostatique (deux natures en une seule personne). Dans le cas de Judas, satan glisse dans le psychisme accueillant de Judas et lui communique ses pensées et ses passions, au point de devenir les pensées et les passions mêmes de Judas ; il s’agit d’une union morale, exprimée de manière métaphorique par le verbe “incarner” (tout comme la Bible recourt au terme métaphorique “une seule chair” pour décrire l’union de deux êtres ; cf. Gn 2, 24 ; 1 Co 16).
  2. Par ailleurs, cette incarnation se passe au cours de la vie terrestre de Judas, pour un laps de temps très court, et non dès sa conception, comme pour le Christ.

En nous appuyant sur le contenu global de l’œuvre, il est clair qu’il ne s’agit pas d’une “mise en parallèle strict avec l’incarnation du Fils de Dieu” comme l’affirme Don Chevallier (doc.3, pp.12-13). La mise en parallèle ici à ses limites, et ne saurait être un miroir manichéen.

Enfin, observons que Don Chevallier trouve et donne lui-même la réponse à la page suivante (doc.3, p.12), en citant l’évangile de Jean : “quand Judas eut pris la bouchée, satan entra en lui” (Jn 13, 27).

Il aurait encore pu citer Saint Luc : “Satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des Douze. Judas partit s’entretenir avec les grands prêtres et les chefs des gardes, pour voir comment leur livrer Jésus” (Lc 22, 3-4).

Saint Jean Chrysostome (344-407), docteur de l’Église, commentait :

Saint Jean Chrysostome : “[…] le démon ne se rend pas tout d’un coup maître du cœur de l’homme. Il n’y entre que peu à peu. C’est de cette manière qu’il se conduit ici envers Judas. Il le tente, il le sonde, jusqu’à ce qu’ayant reconnu qu’il s’abandonnait à lui, il se répand dans le fond de son cœur, et il se l’assujettit entièrement.” (Homélie LXXXI, 3, sur Saint Matthieu)

Cette compréhension fut également développée par Saint Augustin :

Saint Augustin : ““Satan entra en lui”, dans ce sens qu’il prit complètement possession de celui qui lui appartenait déjà, car il était déjà dans Judas, lorsque ce perfide disciple convint avec les Juifs du prix de sa trahison, comme saint Luc le dit clairement : “Or, Satan entra en Judas, surnommé Iscariote, l’un des douze ; et il s’en alla conférer avec les princes des prêtres et les officiers du temple, sur les moyens de le leur livrer.” Il était donc au pouvoir de Judas, lorsqu’il vint se mettre à table avec Jésus, mais après qu’il eut reçu ce morceau de pain, Satan entra en lui, non plus comme pour tenter un homme qui lui fût étranger, mais pour posséder plus pleinement celui qui lui appartenait déjà” (cité par Saint Thomas d’Aquin dans La Chaîne d’Or, Jn 13, 21-30).

Dans L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, Jésus explique cette possession complète dans un échange avec ses disciples :

“Thomas : — Avant-hier, tu nous as annoncé que le Rédempteur – toi –, serait livré par un traître. Comment un homme pourra-t-il te trahir, toi, le Fils de Dieu ? Jésus : — Un homme, en effet, ne pourrait trahir le Fils de Dieu – qui est Dieu comme le Père. Mais le traître ne sera pas un homme. Ce sera un démon dans un corps d’homme, le plus possédé, le plus obsédé des hommes. Marie de Magdala avait sept démons, et le possédé des jours derniers était dominé par Belzébuth. Mais il y aura en lui Belzébuth et toute sa cour démoniaque… Ah ! comme il est vrai que l’Enfer sera tout entier dans ce cœur pour lui donner l’audace de vendre le Fils de Dieu à ses ennemis, comme on vend un agneau au boucher ! Judas intervient : — Maître, aujourd’hui, cet homme est-il déjà possédé par Satan ? — Non, Judas. Mais il a une inclination pour Satan : cela veut dire qu’il se met dans les conditions de tomber en lui” (EMV 503.2).

III. “La manière d’exprimer et de concevoir l’Incarnation du Verbe” (doc.3, p.3) ou certaines “affirmations doctrinales explicites ou suggérées sur l’Incarnation du Verbe” (doc.3, p.24)

Enfin, toujours dans sa critique doctrinale, Don Chevallier formule ces quatre reproches :

  1. L’unité de la nature divine et de la nature humaine du Fils
  2. La relation avec les autres personnes de la Trinité
  3. L’image de la chair comme vêtement
  4. La représentation du Père

Nous allons y répondre point par point.

1. L’unité de la nature divine et de la nature humaine du Fils

Don Chevallier reproche à Jésus, dans L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, de présenter sa nature humaine et sa nature divine “le plus souvent dans des formules fortement dualistes”, opérant “une sorte de division” entre elles (doc.3, p.14) et mettant à mal “l’unité de la personne de Jésus, Verbe fait chair” (doc.3, note p.14). Non, Jésus ne se dédouble pas. Mais, il est libre d’employer les mots qu’il juge les plus appropriés, dans le contexte, pour toucher une âme. Ainsi :

  • dans l’exemple que donne Don Chevallier de Jésus s’adressant à Judas – “Tu ne veux pas m’obéir à Moi, je ne dis pas à moi-Homme, mais même pas à moi-Dieu, tu as obéi à Satan” (VIII, 28, 260 ou EMV 567.16) (doc.3, p.14) – Jésus estime peut-être qu’en réveillant la conscience de son apôtre rebelle en lui rappelant sa divinité, il recourt à un moyen proportionnel à la gravité du danger ;
  • dans l’exemple que donne Don Chevallier de Jésus s’adressant à Jacques d’Alphée : “Si le Jésus-Homme pleure avec toi, le Jésus-Verbe jubile pour toi” (II, 60, 327 ou EMV 95.1) (doc.3, note p.15).
    Jésus souhaite peut-être rappeler qu’il existe deux manières de voir un même événement (la manière du monde, et la manière de Dieu). Saint Paul est-il trop dualiste lorsqu’il dit que “la sagesse de ce monde est folie devant Dieu” (1 Co 3, 16-23) ? En réalité, ce dualisme est omniprésent dans la Bible : “Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur.” (1 S 16, 7) ; “Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.” (Mt 16, 23) ; “Ce qui est prestigieux pour les hommes est objet de dégoût pour Dieu” (Lc 16, 15) ; “Adultères ! ne savez-vous pas que l’amitié pour le monde est inimitié contre Dieu ? Qui veut donc être ami du monde se rend ennemi de Dieu” (Jc 4, 4) ; etc.

2. La relation avec les autres personnes de la Trinité

Pour Don Chevallier, dans L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, le Verbe Divin semble comme “séparé” des deux autres personnes divines, à partir de l’Incarnation (doc.3, p.19), ce qui serait une “négation même de l’immuable unité des Trois et de leur agir toujours commun” (doc.3, p.19). À lire Don Chevallier, ce non éloignement ou cette non séparation du Verbe d’avec le Père devrait presque se traduire par une non communication entre eux (doc.3, p.20). C’est pourtant ce que nous donnent à voir les évangélistes :

  • “Il y eut une voix venant des Cieux : “Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie”” (Mc 1, 11).
  • “Et, de la nuée, une voix se fit entendre : “Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !”” (Lc 9, 35)
  • “Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore, si bien que vous serez dans l’étonnement” (Jn 5, 20).
  • Jésus : “Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.” (Jn 14, 26)
  • “De la nuée, une voix se fit entendre : “Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !”” (Lc 9, 35)
  • Lors de la nuit de l’esprit que vit Jésus en croix : “Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : “Éli, Éli, lema sabactani ?”, ce qui veut dire : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”” (Mt 27, 46)

3. L’image de la chair comme vêtement

Don Chevallier reproche à Jésus, dans L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, de recourir « le plus souvent à l’image du vêtement pour évoquer les relations de son humanité avec sa divinité” (doc.3, p.15). Bien que l’affirmation “le plus souvent” semble infondée, l’image n’en demeure pas moins valide, surtout qu’elle est abondamment complétée par d’autres enseignements de Jésus. Don Chevallier reproche à Jésus d’employer des formulations telles que “de l’homme, tu le sais, je n’ai que le vêtement. Le cœur est divin et ses palpitations sont divines” (II, 102, 606 ou EMV 135.3) (doc.3, p.15), et de minorer “la nature humaine dans la réalité de l’union hypostatique” au point de relever “du docétisme gnostique qui nie la pleine réalité de l’Incarnation” (doc.3, p.16). Glisser dans la même phrase de l’image du vêtement à la négation de la pleine réalité de l’Incarnation, en passant par le “docétisme gnostique”, est une divagation décorrélée de ce que dit Jésus. En effet, Jésus, en disant cela, insiste sur le fait qu’il n’a pas le cœur tortueux des hommes et rappelle la pureté de son amour. Ailleurs, Jésus précise : “En ce qui concerne mon Incarnation réelle, je réponds : il est juste qu’il en ait été ainsi. A l’avenir, beaucoup tomberont dans toutes sortes d’erreurs au sujet de mon Incarnation. Ils me prêteront précisément les formes que Judas aurait voulu que je prenne : un homme dont le corps est en apparence formé de matière, mais en réalité fluide, comme un jeu de lumière, grâce auquel je serais et ne serais pas une chair.” (EMV 207.11) Don Chevallier fait le choix d’une lecture littérale et sélective qui lui permet, ensuite, de mieux appliquer son prisme. Les rationalistes qui se moquent de la Bible en raison de ses innombrables images et récits extraordinaires, n’en font-ils pas autant ? On parle ici de jugement téméraire consistant à lester un émetteur d’intentions qu’il n’a pas, en vue de le discréditer. Ce procédé peut être appliqué à peu près à n’importe quel texte, surtout si ce dernier contient des métaphores. Donnons en exemple le terme “terre mère” que les opposants du pape François ont tout de suite associé à l’idolâtrie de la déesse Pachamama, alors même qu’ils ne font aucun reproche à l’autre François, celui d’Assise, lorsqu’il utilise le même terme dans son Cantique des créatures. À juste titre, l’Église et les saints ont toujours vigoureusement condamné la pratique du jugement téméraire (CEC 2477).

4. La représentation du Père

En se basant sur ces deux éléments :

  • Jésus dit : “Moi, représentant de Dieu, j’explique tout et en fais l’application à l’éternel et au surnaturel. Jéhovah vous a frappés. […] Il vous envoie qui vous guérit et vous sauve, moi, qui vous parle.” (II, 22, 106 ou EMV 59.5),
  • Jésus foudroie [Doras] d’un nouveau regard et d’une brève réplique : “Je te remets au Dieu du Sinaï” (II, 76, 428 ou EMV 109.12).

Don Chevallier déclare que le Père, dans Maria Valtorta, apparaît à “plusieurs reprises […] dur ou mauvais comme le dieu que Marcion s’était représenté à partir d’un Ancien Testament opposé au Nouveau” (doc.3, p.22). Or, c’est précisément parce que le Père est le même de toute éternité (et non comme Marcion l’imaginait changeant), qu’il est, aujourd’hui comme hier, celui qui peut frapper de châtiment l’humanité antédiluvienne, Pharaon, les villes de Sodome et Gomorrhe, Ananie et Saphire (Ac 5, 1-11), en vengeant l’Amour outragé à l’excès. Nombre de révélations privées et de prophètes, nettement postérieurs à l’Ancien Testament, ne cessent de nous rappeler l’impératif de conversion pour éviter ce châtiment (La Salette, Fatima, Akita, etc.). Concernant le cas précis de l’impénitent Doras, la réponse se trouve en EMV 604.6 où Jésus précise : “[Doras] est mort de colère, non par la foudre du Ciel. Dieu l’attendait de l’autre côté pour le foudroyer.” En EMV 436.3, Jésus précise que le Père, décrit dans l’Ancien Testament, a “une bonté sévère” et qu’il faut savoir “distinguer la véritable bonté de ce qui n’est que mollesse d’éducation”.

Autres accusations de Don Guillaume Chevallier

“Un climat de légende”

Passages relevés & Accusation

Don Guillaume Chevallier reproche à l’œuvre de présenter les premières années de Marie dans “un climat de légende” (doc.3, p.3). À savoir :

  1. la foudre, fruit de la haine de satan, qui éclate au moment de la naissance de Marie et qui laisse “un trou noir et fumant” sur le seuil de sa maison (doc.3, p.4) ;
  2. ses capacités verbales et cognitives supérieures (doc.3, p.4) ;
  3. sa maturité spirituelle qui lui permet de ressentir son Immaculée Conception qui la préserve intacte, par les mérites de son Fils, des souillures du péché originel depuis sa conception, ou encore sa volonté de rester vierge (doc.3, p.4).

Réponse

Remarquons que n’importe quel incroyant pourrait reprocher un “climat de légende” concernant les années suivantes de Marie : l’Annonciation par l’archange Gabriel, l’enfantement virginal de Jésus ou l’Assomption. Est-il incohérent que les premières années de Marie soient, elles aussi, imprégnées de certaines manifestations divines à l’image des années suivantes ? Et que dire de la multiplication des pains, de Jésus marchant sur l’eau ou de la recomposition de Lazare quatre jours après son décès ? Ou encore du pain et du vin changeant de substance au moment de leur consécration ? Là encore des contes pour les faibles d’esprit ?

On comprend alors l’impossibilité pour Don Guillaume Chevallier de voir l’œuvre qu’il fustige comme étant, elle-même, un miracle de Dieu.

Point 1 :

Sur la manifestation de la haine de satan au moment de la naissance de celle qui enfantera la Sauveur et écrasera définitivement sa tête, est-elle illogique ? En tout cas, nulle erreur doctrinale ici.

Sur la précocité humaine et spirituelle de Marie :

Point 2 :

Si Marie est sans péché, est-il illogique que ses facultés intellectuelles et spirituelles soient au-delà des âmes blessées dès le sein de leur mère par le péché ?

Étonnamment, Don Guillaume Chevallier trouve et donne lui-même la réponse à la page suivante dans les mots de Jésus qui précise que Marie “partageait avec Dieu, bien que d’une manière très inférieure, comme la justice l’exigeait, une des propriétés de Dieu : celle de se souvenir, de voir et de prévoir par l’attribut d’une intelligence puissante et parfaite parce qu’elle n’était pas blessée par la faute” (I, 17, 71) (doc.3, p.5).

Il aurait aussi pu trouver dans l’EMV ce commentaire de Jésus :

Don Guillaume Chevallier aurait encore pu citer ce commentaire de Jésus :

“J’entends déjà les commentaires des docteurs en ergoterie : “Comment une enfant de moins de trois ans peut-elle parler ainsi ? C’est exagéré !” Ils ne réfléchissent qu’ils font de moi un phénomène en faisant passer mon enfance pour une conduite d’adulte.
L’intelligence ne vient pas à tous de la même façon et au même âge. L’Église a fixé à six ans l’âge auquel on est responsable de ses actes, parce que c’est l’âge auquel tout enfant, même retardé, peut distinguer le bien du mal, ne serait-ce que de façon rudimentaire. Mais il y a des enfants qui peuvent bien plus tôt discerner, comprendre et vouloir avec une raison déjà suffisamment développée. La petite Imelde Lambertini, Rose de Viterbe, Nellie Organ1, Nennolina vous donnent un exemple probant qui vous permet de croire, ô docteurs exigeants, que ma Mère a pu penser et parler ainsi. Encore n’ai-je pris que quatre noms au hasard parmi les milliers d’enfants saints qui peuplent mon Paradis après avoir raisonné en adultes sur la terre pendant plus ou moins d’années.
Qu’est-ce que la raison ? Un don de Dieu. Dieu peut donc l’accorder dans la mesure qu’il veut, à qui il veut et au moment où il le veut. […]” (EMV 7.7-8).

Plus proche de nous, le jeune Carlo Acutis, béatifié en 2020 était, lui aussi, doté d’une étonnante précocité verbale.

Notons encore que, dans ses visions mystiques, la sœur Maria Cecilia Baij (1694-1766) – une abbesse bénédictine italienne, déclarée Vénérable par l’Église catholique – nota une même précocité chez Saint Joseph dont elle vit et consigna la vie entre 1731 et 1736.

Point 3 :

Comme le dit Don Guillaume Chevallier, “la théologie catholique n’a élucidé que très tard” la préservation anticipée du péché dont bénéficia Marie (doc.3, p.4).

Mais cela ne veut pas dire que le fait compris arriva, lui aussi, tardivement. Aussi, est-il surprenant que des personnes aient pu le comprendre avant qu’il ne soit dogmatisé par l’Église, a fortiori la Sainte Vierge qui disposant de toutes les sagesses et grâces nécessaires pour le comprendre de son vivant ? Est-il illogique que Marie, en tant que Mère de l’Église (proclamée par Paul VI), détienne certains savoirs en amont de ses enfants qu’elle instruit ?

Accusation d’homosexualité

Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, Don Chevallier parvient à déceler une relation supposément sexuelle entre Jésus et Saint Jean, du fait que Jésus embrasse à un moment son apôtre. Ceci alors même que Jésus condamne l’homosexualité dès le premier tome, au chapitre 123.4.

Interpréter le baiser sur la bouche entre deux personnes de même sexe comme un acte nécessairement homosexuel revient à faire preuve d’une grave méconnaissance de la culture moyen-orientale et de l’histoire du christianisme.

Le baiser sur la bouche entre personnes du même sexe (osculum oris) est pratiqué depuis des millénaires (jusqu’à aujourd’hui), au Moyen-Orient et ailleurs dans le monde, sans connotation sexuelle. Ce geste apparaît une trentaine de fois dans la Bible elle-même. C’est même l’introduction du Cantique des cantiques (Ct 1, 2). Il était pratiqué chez les chrétiens, où il était nommé “baiser de paix” et signifiant le fait d’insuffler l’esprit. Le Concile de Carthage de 397 interdit le baiser chrétien de paix sur la bouche entre les hommes et les femmes pour éviter  toute ambiguïté. Le pape Innocent III (pape de 1198 à 1216) l’autorise entre les clercs, mais l’interdit entre les fidèles. Saint Bernard de Clairvaux donne six ou sept homélies sur le sujet (exemple).

Au Moyen Âge, le baiser sur la bouche faisait parmi des marques d’amitié, notamment entre chevaliers (cf. Claude Gauvard, “Quand les chevaliers s’embrassaient sur la bouche”, in L’Histoire, n°172,‎ 1993, pp76-77).

Il n’y a pas si longtemps encore, les responsables d’États communistes ou socialistes s’embrassaient sur la bouche – un acte nommé le “baiser fraternel socialiste” – pour signifier le lien qui unissait leurs États. Ce fut le cas notamment entre les dirigeants de l’URSS et de la République démocratique allemande (RDA), Léonid Brejnev et Erich Honecker. Dernièrement, en 2016, Pablo Iglesias Turrión, leader du parti politique espagnol Podemos, embrassa le député catalan et leader d’En Comú Podem (branche locale de Podemos), Xavier Domènech, sur la bouche, renouvelant la tradition socialiste du baiser fraternel.

Observations sur l’approche de Don Guillaume Chevallier

Pointillisme, littéralisme, genre littéraire

Don Guillaume Chevallier nous fait des démonstrations de pointillisme.

Dans cette note de base de page, par exemple, il ausculte au microscope l’expression “moi surhumain” dans l’espoir d’y trouver une faute pouvant servir son narratif. Il écrit : “Comment comprendre ici l’expression “moi surhumain” ? Si elle est équivalente à “moi divin”, elle est acceptable pour Jésus si l’on veut. Cependant, puisqu’elle s’applique dans le contexte de la phrase également à Marie, on peine finalement à comprendre de quel « moi surhumain”, commun à lui et à elle, il s’agit alors : un “moi” humain surélevé par la grâce ? Mais alors il est fautif de parler de cette manière d’un “moi” pour Jésus, qui n’a qu’un “moi” divin, étant une personne divine, unie à une nature humaine complète.” (doc.3, p.15)

Le résultat est maigre. Mais il l’exhibe tout de même : peut-être pourra-t-il participer à semer le doute ?

Là où les travaux théologiques sont souvent imprégnés d’académisme et de technique, le langage mystique est un genre littéraire beaucoup plus poétique et coloré. On le trouve chez les prophètes, chez Jésus, chez les Saints.

Don Guillaume Chevallier semble hermétique au langage mystique.

Avec une telle lecture littérale et téméraire on aurait condamné depuis longtemps la Bible.

Arguments d’autorité et termes pompeux

Don Guillaume Chevallier multiplie les citations des textes de l’Église et des Saints pour asseoir son statut de sachant et donner l’impression que les textes de l’Église et des Saints disent autre chose que les écrits de Maria Valtorta.

Mais, la Lettre synodale aux évêques d’Espagne (doc.3, note 1, p.18), la Profession de foi du Concile de Frioul (doc.3, note 1, p.19), la Profession de foi du IIème Concile de Tolède (doc.3, note 2, p.19), Saint Augustin et Léon XIII (doc.3, note 2, p.19), le CEC 267 (doc.3, p.19), la Constitution Inter innumeras sollicitudines (doc.3, p.21), Léon le Grand et Maxime le Confesseur (doc.3, pp.24-25)… ne disent pas autre chose. C’est bien du même catholicisme dont il s’agit, et auquel Maria Valtorta est toujours restée fidèlement attachée en tant que tertiaire des Servites de Marie.

Croyez-vous réellement que l’Église transfert la dépouille de faux mystiques dans l’enceinte de ses basiliques ? (La translation de la dépouille de Maria Valtorta au Grand Cloître de la basilique de la Santissima Annunziata eut lieu le 2 juillet 1973, jour de la fête de la Visitation de la Vierge Marie. Sur sa pierre furent gravés les mots Divinarum rerum scriptix, “historienne du divin”.)

Don Guillaume Chevallier aime les termes pompeux. Exemple : “On serait tenté de l’interpréter en bonne part comme une prosopopée” (doc.3, p.6),

Intimité malmenée

Il est effrayant de voir des passages si délicats et intimes que la nativité (doc.3, p.18), l’intimité de l’amour familial entre Jésus et sa Mère (doc.2, p.6), les gestes d’amour et d’adoration – toujours chastes – de Pierre pour Jésus (doc.2, p.3), le silence du Père (doc.3, pp.20-21) ou l’agonie à Gethsémani et sur la croix (doc.3, p.23), soient exhibés et foulés au pied par un clerc dans son effort de discrédit. Don Guillaume Chevallier va même jusqu’à râler que son voyeurisme ne soit pas pleinement satisfait à propos de l’accouchement dans la crèche (doc.3, p.18).

Remerciement

Nous remercions Don Chevallier pour l’occasion qu’il nous donne d’approfondir certains points de théologie et de faire découvrir plus largement cette révélation privée transmise par Notre Seigneur à Maria Valtorta entre 1943 et 1954, véritable “écrin de trésors célestes”, selon les mots du bienheureux père Gabriele Allegra (Journal, Macao, 9 janvier 1970).


Autres réponses :

Une première réponse aux objections théologiques de Don Guillaume Chevallier, plus courte, fut publiée ici : https://www.mariedenazareth.com/actualites/reponse-a-don-guillaume-chevallier-il-ny-a-aucune-erreur-doctrinale-dans-les-ecrits-de-maria-valtorta/

D’autres réponses peuvent être lues ici :

https://www.maria-valtorta.org/ValtortaWeb/067.htm

https://www.youtube.com/watch?v=wVmzZ3z11s4

https://www.youtube.com/watch?v=u5GRCe6LSOM

https://www.youtube.com/watch?v=cztCYNyy-5M

https://mariavaltorta.forumactif.com/t181p30-la-reponse-a-guillaume-chevallier-vraiment-une-nullite

https://mariavaltorta.forumactif.com/t99-reponse-a-l-article-de-don-guillaume-chevallier