Communiqué du Dicastère pour la Doctrine de la foi sur les textes de Maria Valtorta (22 février 2025)

EN RÉSUMÉ

  • Le Dicastère pour la Doctrine de la foi (ex-Saint-Office) a publié le 22 février 2025 un bref communiqué sur les textes de la mystique catholique italienne Maria Valtorta.
  • Ce communiqué n’est pas la conclusion d’une enquête. Il est le rappel de la position du dicastère établie dans les années 1940/1950.
  • Ce communiqué fut motivé par les nombreuses demandes que reçoit le Saint Siège au sujet des textes Maria Valtorta, les (re)conversions au catholicisme suscitées par leur lecture devenant toujours plus nombreuses.
  • Ce communiqué rappelle que le dicastère ne reconnaît pas l’origine surnaturelle de ces textes, ce qui lui est juridiquement impossible selon les nouvelles “normes procédurales pour le discernement de phénomènes surnaturels présumés” qu’il a lui-même instauré le 17 mai 2024.
  • Le dicastère peut tout au plus approuver ou déconseiller une lecture suite à une enquête diligentée à cet effet (enquête qui n’a pas été conduite à ce jour sur les textes Maria Valtorta)
  • Les médias et acteurs francophones hostiles à Maria Valtorta (Aleteia, Famille Chrétienne, La Croix, Cathobel, Don Guillaume Chevallier, Wikipédia FR, etc.) se sont empressés de relayer ce communiqué en le présentant comme un constat de non-supernaturalitate (lorsque des preuves démontrent que les faits ne sont pas surnaturels), voire une “condamnation”, ce qu’il n’est pas.
  • Ces articles furent rédigés en quelques heures par des personnes ne connaissant ni l’histoire de Maria Valtorta, ni ses textes. Presque tous ces articles ont affirmé que le cardinal Joseph Ratzinger aurait écrit, en 1988, que L’Évangile tel qu’il m’a été révélé est “un ensemble de fantaisies enfantines, d’erreurs historiques et exégétiques, le tout présenté dans un contexte subtilement sensuel”. Or, cette phrase provient du cahier 2665 de la revue Civiltà cattolica du 1er juillet 1961, et est probablement du père Giovanni Caprile. Cette confusion semble avoir été initialement introduite par le père Benedict J. Groeschel (dans A Still Small Voice: A Practical Guide on Reported Revelations, Ignatius Press, 1993, p.58), avant d’être propagée par Marco Corvaglia en Italie et par Yves Chiron en France. Elle fut ensuite reprise dans la dépêche du 4 mars 2025 de l’agence de presse I.MEDIA couvrant l’actualité vaticane, qui fut à son tour dupliquée par les journaux chrétiens francophones sans vérification. Au contraire, le cardinal Joseph Ratzinger a reconnu la catholicité de ces textes au début des années 1990 dans une lettre adressée à Marcel Clément, directeur du journal L’Homme Nouveau.
  • Le dicastère ni n’interdit, ni ne dissuade les fidèles catholiques de lire les textes de Maria Valtorta.

Développement

Le Dicastère pour la Doctrine de la foi publie un communiqué le 22 février 2025

Le 22 février 2025, le Dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) a publié un communiqué de huit lignes en réponse aux questions que le Saint Siège reçoit de la part de clercs et de laïcs au sujet des textes de la mystique catholique italienne Maria Valtorta (1897-1961).

Communiqué du Dicastère pour la Doctrine de la foi, du 22 février 2025, concernant les écrits de Maria Valtorta

En effet, depuis leur publication, ces textes convertissent des milliers de personnes au catholicisme de par le monde et ces dernières peinent à comprendre l’immobilisme de l’Église à l’égard de Maria Valtorta. Or, ce qui remplit les églises vient de Dieu, par l’Esprit Saint.

Par ailleurs, plusieurs papes, saints, bienheureux, vénérables, cardinaux, évêques et théologiens de renommée mondiale ont dit le plus grand bien de ces textes, et d’intenses recherches scientifiques ont confirmées l’authenticité de milliers de détails contenus dans ces écrits.

Ce bref communiqué est le rappel d’une position initiale (et non le verdict d’une récente enquête)

Ce communiqué du 22 février 2025 du Dicastère pour la Doctrine de la foi n’est pas la conclusion d’une récente enquête.

Il se contente de rappeler la position actuelle, en reprenant, quasiment mot pour mot, la formule de la Conférence épiscopale italienne communiquée le 6 mai 1992 par le cardinal Dionigi Tettamanzi : “Les “visions” et “dictées” [de Maria Valtorta] ne peuvent être considérées comme d’origine surnaturelle, mais doivent être perçues simplement comme des formes littéraires utilisées par l’auteure pour raconter, à sa manière, la vie de Jésus.” Position qui rappelait elle-même celle du Saint-Office des années 1950.

Pour mémoire, après lecture, le pape Pie XII avait demandé, le 26 février 1948, la publication des textes de Maria Valtorta. Mais le Saint-Office s’y était violemment opposé et avait mis à l’Index des livres interdits L’Évangile tel qu’il m’a été révélé le 5 janvier 1960, quelques mois à peine après la mort du pape. L’Index sera définitivement aboli le 14 juin 1966.

Rappelons ici que cette mise à l’Index ne fut pas motivée par des erreurs doctrinales ou morales, mais par une publication sans imprimatur (que le Saint-Office avait tout fait pour empêcher, en faisant pression sur Mgr Michele Fontevecchia, Mgr Biagio Musto et le cardinal Giuseppe Siri qui étaient disposés à le signer).

Une affirmation paradoxale

Dire que les textes de Maria Valtorta ne seraient que “de simples formes littéraires utilisées par l’auteure pour raconter, à sa manière, la vie de Jésus-Christ” est une affirmation gratuite qui mériterait d’être étayée. En effet, comment une infirme, seule, en pleine guerre, sans bibliothèque, Internet ou téléphone, peut-elle, en seulement quatre ans, produire plus de 9000 pages manuscrites sans rature (soit 1.191.000 de caractères de plus que le livre À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, écrit en seize ans et détenant le record du plus long roman de l’histoire selon le Guinness des Records), contenant plus de 24.000 détails factuels authentifiés par cinquante ans de recherche, et couvrant 1166 des 1334 chapitres de la Bible ?

Le communiqué dit que les écrits de Maria Valtorta “ne peuvent être” considérés comme d’origine surnaturelle (et non pas “ne sont pas”)

C’est le verbe “pouvoir” qui est utilisé, et non le verbe “être”. Et cela pour deux raisons :

Première raison : l’absence d’enquête

À ce jour, l’autorité ecclésiale n’a rien mis en œuvre depuis les années 1940 pour étudier les textes de Maria Valtorta et évaluer les nombreuses recherches théologiques et scientifiques qui n’ont cessé de s’accumuler depuis. Or, en l’absence d’enquête, l’autorité ecclésiale ne peut pas apporter de conclusions d’enquête et statuer sur l’origine des textes de Maria Valtorta.

Seconde raison : la perte de capacité juridique depuis le 17 mai 2024

Il faut savoir que depuis l’entrée en vigueur, le 17 mai 2024, des six nouvelles Normes procédurales pour le discernement de phénomènes surnaturels présumés, le Constat de supernaturalitate a été supprimé. Le plus haut degré de reconnaissance d’un phénomène inhabituel se limite désormais au Nihil obstat (accordé à Medjugorje 104 jours après son entrée en vigueur).

Depuis cette date, l’Église catholique (à l’exception du pape) ne peut tout simplement plus reconnaître l’origine divine d’un phénomène surnaturel.

En effet, le document rappelle qu’”il ne faut ordinairement pas attendre de l’autorité ecclésiastique une reconnaissance positive de l’origine divine de phénomènes surnaturels présumés” (cf. I. Orientations générales, A. Nature du discernement, §11), et “que ni l’Évêque diocésain, ni les Conférences épiscopales, ni le Dicastère, en règle générale, ne déclareront que ces phénomènes sont d’origine surnaturelle, même lorsqu’un Nihil obstat est accordé. Étant entendu que le Saint-Père peut autoriser une procédure à cet égard” (cf. I. Orientations générales, B. Conclusions, §23). En effet, “il reste toutefois possible que le Saint-Père intervienne en autorisant, à titre tout à fait exceptionnel, une procédure pour une éventuelle déclaration du caractère surnaturel des événements : il s’agit en effet d’une exception, qui ne s’est d’ailleurs produite que dans de très rares cas au cours des derniers siècles” (cf. Présentation, Nouveaux aspects).

Ainsi, si le dicastère avait reconnu l’origine surnaturelle des textes de Maria Valtorta, il aurait enfreint les normes qu’il a lui-même édictées.

Notons, enfin, que le Dicastère pour la Doctrine de la foi peut autoriser l’évêque diocésain à déclarer qu’un “phénomène est reconnu comme non surnaturel”, en se fondant “sur des faits et des preuves concrètes et avérées” comme la falsification ou la mythomanie (cf. I. Orientations générales, B. Conclusions, §22). Cela nécessite une enquête officielle qui, dans le cas de Maria Valtorta, est inexistante.

Dans le cas des textes de Maria Valtorta, le Dicastère écrit “ne peuvent” et non pas “ne doivent”, ce qui serait un constat de non supernaturalitate.

En résumé, le Dicastère a raison de dire que les “visions” et les “dictées” de Maria Valtorta ne peuvent pas être considérées comme d’origine surnaturelle. Cela pour deux raisons :

  1. parce qu’il n’a jamais diligenté d’enquête sur le sujet ;
  2. parce qu’il n’en a plus les compétences juridiques depuis le 17 mai 2024.

Les révélations privées

Les révélations privées font, depuis toujours, partie intégrante de la vie de l’Église.

Comme le dit le Catéchisme de l’Église catholique, “même si la Révélation est achevée [avec le Nouveau Testament], elle n’est pas complètement explicitée ; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles” (CEC, §66). Le rôle des révélations privées est d’aider à “vivre plus pleinement [la Révélation définitive du Christ] à une certaine époque de l’histoire.” (CEC, §67). Leur lecture n’est pas indispensable pour accéder à la Parole de la vie éternelle et être sauvé, mais elle n’est pas négligeable.

Par prudence, le Magistère de l’Église ne reconnaît aucune révélation privée. Il se borne à autoriser la lecture prudentielle d’une révélation privée ou bien à la déconseiller, suite à une enquête officielle (qui, dans le cas des écrits de Maria Valtorta, n’a pas encore eu lieu).

Les révélations privées requièrent “un assentiment de foi humaine conforme aux règles de prudence, qui nous les présente comme probables et crédibles dans un esprit de piété” (Cardinal Prospero Lambertini, futur pape Benoît XIV, De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione, 1734), et non un assentiment de foi divine qui est exclusif à la Révélation publique contenue dans la Bible.

Le traitement journalistique

Malheureusement, aujourd’hui, les journaux (y compris catholiques) demandent à leurs rédacteurs de traiter leur sujet en quelques heures/jours pour une publication rapide. Ceux-ci étant rarement des experts des sujets abordés se contentent de quelques recherches en lignes (Wikipédia et l’IA occupant désormais une bonne place) et de quelques coups de fil, aboutissant souvent à un résultat peu qualitatif.

Voici des éléments clés absents de la presse :

Un journalisme de copier-coller : non, cette phrase attribuée au cardinal Ratzinger n’est pas de lui ; oui, il reconnut la catholicité des textes de Maria Valtorta

Beaucoup placent le cardinal Joseph Ratzinger (devenu le 265e pape sous le nom de Benoît XVI) parmi les plus grands théologiens du XXe siècle. En conséquence, sa parole et son opinion constitueraient des éléments d’autorité absolus.

Dans la déferlante médiatique qui a suivi la publication du communiqué du dicastère, une phrase attribuée au cardinal se retrouve partout : sur Aleteia, Famille Chrétienne, La Croix, RCF, Cathobel, Cathberne… sans oublier Wikipédia FR. Il aurait répondu à une fidèle canadienne, par l’intermédiaire de son secrétaire personnel, Josef Clemens, le 9 septembre 1988, que l’œuvre de Maria Valtorta est “un ensemble de fantaisies enfantines, d’erreurs historiques et exégétiques, le tout présenté dans un contexte subtilement sensuel.”

Or, cette phrase n’est pas du cardinal Ratzinger et ne date pas de 1988. Elle fut, en réalité, rédigée 27 ans plus tôt dans le cahier 2665 de la revue Civiltà cattolica du 1er juillet 1961, probablement sous la plume du père Giovanni Caprile. (Civilta cattolica avait publié quelques articles contre Maria Valtorta au moment de la mise à l’Index.) La transcription de cet article figure dans le livre Maria Valtorta. Qu’en penser ? Éléments de discernement (CEV, 27 février 2025, pp.128-129). D’ailleurs, il est aisé de voir que la phrase attribuée au cardinal Ratzinger ne reflète vraiment pas son style. Cette erreur fut introduite par le père franciscain Benedict Joseph Groeschel (23 juillet 1933-3 octobre 2014) à la page 58 de son livre A Still Small Voice: A Practical Guide on Reported Revelations (Ignatius Press, 1993), avant d’être propagée par Marco Corvaglia en Italie, dans la première édition de son livre Medjugorie, È tutto falso (Anteprima Edizioni, 2007, 283 pages), et par Yves Chiron en France, dans sa lettre d’informations religieuses Aletheïa n°260 du 17 juillet 2017. Marco Corvaglia eut l’honnêteté de corriger cette erreur dans la réédition de son livre et sur son site Internet. Elle fut ensuite reprise par l’agence de presse I.MEDIA (composée de cinq personnes couvrant l’actualité vaticane), dans sa dépêche du 4 mars 2025, qui fut à son tour dupliquée par de nombreux journaux chrétiens francophones sans vérification (Aleteia, Famille Chrétienne, La Croix, RCF, Cathobel, Cathberne, etc.). Ces articles furent rédigés en quelques heures par des personnes ne connaissant ni l’histoire de Maria Valtorta, ni ses textes.

Si le cardinal Joseph Ratzinger se montra d’abord prudent, il reconnu, après une étude personnelle de leur contenu, la catholicité des textes de Maria Valtorta au début des années 1990 dans une lettre adressée à Marcel Clément, directeur du journal L’Homme Nouveau.

Constatant cette erreur, la Fondation héritière de Maria Valtorta, basée à Isola del Liri, en Italie, alerta le 14 mars 2025 l’agence de presse I.MEDIA. Cette dernière tenta de réparer le mal causé en envoyant une dépêche corrigée à ses clients le 17 mars 2025 à 18h10. Suite à quoi Famille Chrétienne publia un rectificatif à la page 57 de son édition imprimée n°2463 (du 29 mars au 4 avril 2025) et La Croix supprima la citation erronée de son article en ligne à la même période.

Ce que vous ne lirez pas dans la presse : L’enquête en cours sur l’exercice héroïque de la pratique des vertus chrétiennes par Maria Valtorta

Une enquête sur l’exercice héroïque de la pratique des vertus chrétiennes par Maria Valtorta est actuellement conduite par Mgr Francesco Maria Tasciotti (juge d’instruction pour le vicariat de Rome) et Me Carlo Fusco (avocat du tribunal de la Rote romaine et postulateur pour la cause des saints).

Cette information ne figurant pas sur la page Wikipédia francophone de Maria Valtorta (censurée depuis une vingtaine d’années), aucun journaliste ne l’a relayé.

Ce que vous ne lirez pas dans la presse : Les encouragements du pape François

Le 24 février 2024, le pape François qui répond au père Ernesto Zucchini, président de la Fondation Maria Valtorta de Viarregio : “Je vous encourage à poursuivre avec autant d’engagement votre mission de faire connaître la vie de Maria Valtorta et son œuvre littéraire, en particulier tout ce qu’elle peut offrir pour le bien de l’Église et de la société. En avant !”

La reconnaissance de Luigia Sinapi

Quelques jours plus tôt, le 27 janvier 2025, le Vatican proclamait vénérable Luigia Sinapi, une jeune mystique italienne proche du pape Pie XII et du Padre Pio qui fut longuement persécutée par une partie du Saint-Office notamment parce qu’elle affirmait que les révélations reçues par Maria Valtorta venaient de Dieu.

Aller plus loin

→ Enquête : Lire notre enquête complète sur Maria Valtorta

→ Article : Après étude, le cardinal Joseph Ratzinger revient sur sa position et reconnaît la catholicité des textes de Maria Valtorta

→ Article : Mgr Venancio, évêque de Fatima, lisait Maria Valtorta tous les jours

→ Article : Le bienheureux père Gabriele Maria Allegra commente l’œuvre de Maria Valtorta, “chef-d’œuvre de la littérature religieuse italienne”

→ Outil : Quels sont les critères pour discerner l’origine d’un phénomène surnaturel ?

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