Un regard catholique sur l’amaroli

L’amaroli (ou shivambu kalpa ou « urinothérapie » en occident) consiste à boire son urine et/ou à s’en enduire le corps à des fins purificatrices et méditatives. Certains s’injectent également leur urine en intramusculaire.

Origine

Origine traditionnelle

Cette pratique trouve son origine dans les traditions hindoue et bouddhistes, en lien avec :

  • le tantrisme : l’ensemble des doctrines, rituels et méthodes initiatiques hindous fondés sur des textes ou tantras qui auraient été révélés par Shiva lui-même ;
  • le hatha yoga : ce « yoga d’effort » cherche l’éveil spirituel par les postures correctes (asana), la discipline du souffle (praṇayama), les méthodes de purification (kriyas), les restrictions (yamas et niyamas) et la méditation (dhyana) ;
  • et l’ayurveda : : une médecine traditionnelle holistique prenant sa source dans les textes sacrés de l’Inde antique (le Véda).

qui la présentent avant tout comme un rituel spirituel aux bienfaits globaux pour l’être.

Le terme « amaroli » dérive de la racine sanskrite amara, signifiant « immortel » ou « divin ». En effet, dans la cosmologie tantrique, l’amaroli est perçue comme un moyen d’atteindre la longévité, l’immortalité spirituelle (amrita) et la maîtrise du corps subtil.

Le terme shivambu signifie « l’eau divine de Shiva » ou « le nectar de Shiva ». Shiva symbolise la conscience pure et la dissolution de l’illusion (maya). Sur le plan rituel, ingérer son urine reviendrait à consommer une grâce divine dispensée par son propre corps.

Les occidentaux ont, bien plus tard, importé cette pratique sous le nom d’ »urinothérapie » en la vidant de ses fondamentaux spirituels pour la présenter comme une pratique médicinale (tout comme ils vidèrent le yoga de ses racines spirituelles pour le présenter comme une simple gymnastique).

L’amaroli a été popularisée par de nombreux ouvrages, dont le livre de référence L’Élixir de vie, Guide complet d’urinothérapie, du hollandais Coen Van Der Kroon (expert, entre autres, du yoga et de l’ayurveda, ayant fondé, en 2005, de la Netherlands Ayurveda Academy à Amsterdam).

Origines textuelles

L’amaroli apparaît dans des textes tantriques, hatha-yogiques et égyptiens anciens :

  1. Le Damar Tantra (Shivambu Kalpa Vidhi) : ce texte hindou vieux de plusieurs millénaires contient plus d’une centaine de versets dédiés à cette pratique. Il prend la forme d’un dialogue dans lequel le dieu Shiva détaille à sa compagne Parvati (réincarnation de Sati) les rituels, modes de récolte et méditations associés à la consommation de l’urine (shivambu).
  2. La Hatha Yoga Pradipika : datant du XIVe siècle, il fait partie des textes fondateurs du hatha yoga et est le plus ancien qui nous soit parvenu sur le sujet ; il décrit l’amaroli aux côtés de pratiques ésotériques (comme vajroli et sahajoli), visant à canaliser et retenir les énergies vitales dans le corps subtil. Ainsi, dans la perspective yogique traditionnelle, l’amaroli fait partie des gestes psychophysiques (mudras) et des rites de transmutation du corps physio-énergétique (kaya kalpa), permettant au yogi de purifier ses canaux énergétiques (nadiss) et de faciliter l’éveil de l’énergie spirituelle (kundalini). La tradition précise les règles à respecter : l’alimentation sattvique, les mantras transmis par le gourou à méditer, etc.
  3. Le papyrus Ebers : ce texte du XVIe siècle avant J.-C. est l’un des plus anciens traités médicaux égyptiens qui nous soit parvenu ; en plus de multiples formules magiques, il contient 55 recettes à base d’urine.

Issue de fausses religions

Or, les polythéismes hindou, le bouddhiste et égyptien sont de fausses religions influencées (comme tout ce qui est faux) par le démon (qui est « le père du mensonge », Jn 8, 44) pour tenir à distance leurs adeptes de l’unique sauveur qu’est le Christ. Les fruits de ces mensonges sont, entre autres, l’idolâtrie polythéiste, la croyance en la réincarnation et la quête du vide intérieur au détriment de la compassion et de la charité. Il n’est pas surprenant que l’amaroli se rencontre également dans le tantra, le yoga et le new age, trois champs spirituels imbibés de faussetés et d’ésotérisme.

En promettant des bienfaits aux êtres humains qui acceptent de boire leur urine, de s’en enduire ou de s’en injecter, le démon prend plaisir à les humilier et à souiller le temple de l’Esprit Saint qu’est le corps humain dans lequel Dieu lui-même s’est incarné.

Bienfaits apparents

Bien sûr, si l’artifice n’était pas accompagné de quelques témoignages positifs le piège serait moins efficace. Or, nous savons – par le reiki, le magnétisme, le barrage de feu, la voyance, l’astrologie, etc. – que le démon peut conférer quelques bienfaits superficiels (le plus souvent des déplacements de symptômes) à ceux qui se tournent vers ces pratiques abominables (Dt 18, 10-14). Pourquoi ne le pourrait-il pas avec l’amaroli issue des fausses doctrines orientales et n’ayant aucun équivalent dans le catholicisme ?

De fausses promesses terrestres

Les promesses démoniaques brillent par leurs mensonges sans pudeur. Ainsi, selon le texte Damar Tantra, pratiquer l’amaroli permettrait :

  • d’acquérir la « pureté, intérieur et extérieure » (Damar Tantra, verset 15) ; or seul Dieu peut authentiquement purifier l’intérieur et l’extérieur de la coupe (Mt 23, 25-28), pas le fait de boire son urine ;
  • « de flotter aisément dans les airs » (Damar Tantra, verset 20) ;
  • de ne pas être affecté par « les animaux dangereux comme les serpents » et leur poison (Damar Tantra, verset 21) ; or ces miracles accompagner plutôt ceux qui auront cru au Christ (Mc 16, 18), pas bu leur urine ;
  • « de flotter sur l’eau et de ne jamais couler » (Damar Tantra, verset 21) ; or seul Jésus marche sur l’eau et la confiance en lui permet à Pierre de ne pas couler (Mt 14, 22-33), pas le fait de boire son urine ;
  • de devenir « parfaitement heureux » (Damar Tantra, versets 22 et 23) ; or seule l’union à Dieu rend parfaitement heureux et cela passe par le fait de garder ses commandements (Jn 15, 11) et par les bienfaits qu’Il nous prodigue (Jn 16, 24), pas le fait de boire son urine ;
  • de transformer l’urine et les excréments en or (Damar Tantra, verset 25) et peut lui donner « une couleur blanche » (Damar Tantra, verset 53) ;
  • d’acquérir « la force de cent éléphants » (Damar Tantra, versets 102 et 103) ;
  • d’acquérir « la force de dix mille éléphants » (Damar Tantra, versets 26 et 58) ;
  • de « vivre aussi longtemps que la lune et les planètes existent dans le ciel » (Damar Tantra, verset 26) ;
  • d’être « libéré de tous les maux qui accablent les humains » (Damar Tantra, versets 31, 76 et 77) ; or cet état béatifique ne peut être atteint qu’au Paradis, ici-bas c’est un champ de batail où lutte l’Église militante ;
  • d’effacer « les signes de vieillesse » (Damar Tantra, versets 102 et 103) ; or seul Dieu peut renouveler la jeunesse du vieillard comme l’aigle (Ps 102, 5), pas le fait de boire son urine.
  • de « vaincre la mort » (Damar Tantra, verset 39) ; or seul Jésus a vaincu la mort (Ap 1, 18), pas notre urine ;
  • d’obtenir « une excellente clairvoyance » (Damar Tantra, verset 69) ; or seul l’Esprit Saint peut nous enseigner toutes choses (Jn 14, 26), pas notre urine ;
  • Etc.

Or, ni Coen Van Der Kroon (auteur de L’Élixir de vie), ni Leah Jane Caroline Garady, alias Swani Pragyamurti Saraswati (directrice du Centre Satyananda Yoga à London qui a préfacé le livre de Kroon) – pratiquant tous deux l’amaroli au quotidien depuis des années – ne se sont mis à voler dans les airs ou à déféquer des lingots. D’ailleurs Leah Jane Caroline Garady est décédée en 2023.

Leah Jane Caroline Garady (Swami Pragyamurti Saraswati)
Leah Jane Caroline Garady, alis Swami Pragyamurti Saraswati (1941-2023)

 

On reconnaît la patte du démon dans ces promesses bassement humaines : santé, enrichissement matériel, bonheur terrestre, super pouvoirs, force et immortalité physiques, etc. Des promesses communes à l’islam, au new age et au développement personnel, auxquelles le Christ a renoncé au désert et s’est bien gardé de recourir auprès de ses fidèles.

Comme toutes les fausses croyances, le piège démoniaque consiste à placer sa confiance dans une pratique spirituelle païenne plutôt que dans le Christ, afin d’être séparé de lui et d’aller en enfer au terme de notre vie.

L’aspect scientifique

La science, quant à elle, se montra incapable d’apporter une preuve clinique des bienfaits de l’amaroli et met en garder contre les risques d’infection ou de surcharge rénale.

Le principe spirituelle

Briser l’ego pour sortir de la dualité

Là où le christianisme pose une barrière ontologique infranchissable entre le bien et le mal, le tantrisme non-duel voit le bien et le mal comme deux facettes d’une même réalité illusoire qu’il faut transcender pour atteindre la libération (moksha). Pour lui :

  • l’univers entier serait une manifestation du divin (Shakti/Shiva) sous forme de conscience et d’énergie ; par conséquent, rien n’est intrinsèquement pur ou impur, bon ou mauvais : la dualité n’existerait que dans le mental humain et dans les conventions sociales ;
  • les concepts chrétiens de « péché » et de « faute », au sens moral, n’ont pas lieu d’être. Le péché est remplacé par le karma et la pureté de l’intention qui détermineront la prochaine réincarnation.

Dans les voies tantriques, la consommation d’une substance perçue par le mental comme un déchet sert d’exercice d’ascèse aidant à dissoudre les dualités conceptuelles (pureté/impureté ; bon/mauvais) pour réaliser l’unité fondamentale de l’être.

Prolongée à l’extrême cette démarche d’ascèse et de transgression conduit certains adeptes du tantrisme de « la voie de la main gauche » (vamachara) – notamment les ascètes shivaïtes errants Kapalikas (terme voulant dire « porteur de crâne humain en guise de bol de mendicité ») et Aghoris qui vivent dans les lieux de crémation (smashana) et les cimetières – à manger des matières fécales ou de la chair humaine en décomposition, ou encore à danser sur des cadavres, afin de briser radicalement « l’illusion » (maya) du bien et du mal et à atteindre l’état de non-dualité (advaita). Il s’agit d’une pratique spirituelle intense (sadhana) basée sur le dégoût (ghrina) : si l’esprit parvient à regarder de la même manière de la nourriture raffinée et des excréments, alors le voile de la distinction est déchiré. Cela vise à terrasser l’ego et à réaliser l’égalité absolue de toutes choses face au Divin. Pour être spirituellement valide, cette transgression est réservée à des initiés accomplis sous la direction d’un maître (guru) et doit être accomplie sans désir, sans attachement et dans un état de méditation pure. L’ascète qui a réalisé l’unité est alors dit « libéré » (jivanmukta) et les conventions n’ont plus de prise (ce qui est résumé par la célèbre formule : « Pour celui qui a réalisé la Connaissance, il n’y a plus ni règles ni interdits »).

Ainsi, le tantrisme non-duel s’oppose à la doctrine et à la morale chrétiennes.

La transgression libératrice et  la voie de la main gauche

En raison de son principe de la « transgression libératrice », les missionnaires catholiques envoyés en Inde associaient au diable « la voie de la main gauche » présente dans les traditions hindoues et bouddhistes ésotériques. La sataniste et fondatrice de la Société Théosophique et du new age, Helena Blavatsky (1831-1891), utilisait elle-même l’expression « voie de la main gauche » pour désigner les « frères de l’ombre » qui pratiquent la magie noire (Helena Blavatsky, Glossaire théosophique, 1892). Le sataniste, occultiste et franc-maçon Aleister Crowley (1875-1947), fasciné par l’ésotérisme oriental, a emprunté le terme hindou « voie de la main gauche » pour l’appliquer à sa propre vision de la magie occidentale et de l’individualisme radical (le Thelème). Par la suite, des mouvements comme l’ésotérisme occidental moderne, le luciférisme ou certaines branches du satanisme philosophique (notamment l’Église de Satan d’Anton LaVey) ont récupéré cette terminologie pour désigner des voies axées sur l’exaltation du « Moi », l’individualisme et la transgression des dogmes judéo-chrétiens.

Figure de Baphomet, dépeinte par Éliphas Lévi dans Dogme et Rituel de la Haute Magie (1856)
En Occident, la figure de Baphomet, dépeinte par Éliphas Lévi dans Dogme et Rituel de la Haute Magie (1856), fut largement adoptée comme symbole par les adhérents à la « voie de la main gauche ».

 

Préparer le corps pour l’éveil

Le corps physique est perçu comme un instrument brut (kaya sadhana) qu’il s’agit de transformer (kaya kalpa).

Dans ce contexte, l’amaroli présenterait plusieurs avantages :

  • Le Damar Tantra promet à l’adepte de l’amaroli une santé de fer et une longévité extraordinaire, des conditions qui lui offrirait le temps et l’énergie nécessaires à la pratique de la méditation profonde et du yoga conduisant à la libération de l’âme (atman/brahman).
  • L’amalori ferait partie des divers outils de nettoyage corporel du yoga ancien (les shatkarmas). Il s’agirait d’une ascèse préliminaire de purification physique et énergétique, une étape de mise en ordre du véhicule physique, au service d’une démarche spirituelle plus large dont l’aboutissement ultime est la libération (moksha).
  • Dans la physiologie subtile du yoga, la colonne vertébrale serait un axe vertical majeur associé au canal central (sushumna). À la base de cet axe réside la kundalini endormie (le féminin divin, Shakti) et au sommet du crâne, au niveau du chakra Sahasrara, réside traditionnellement un principe divin lunaire qui sécrète un nectar d’immortalité (l’amrita). Dans certaines pratiques avancées du hatha yoga, l’amaroli est symboliquement et physiologiquement associé à une forme de circulation interne et de recyclage des essences vitales. En retenant et en réintégrant ses propres fluides, le yogi cherche à stopper la « fuite » de l’énergie vitale (prana) vers l’extérieur et à inverser le flux pour le faire remonter vers le cerveau, facilitant ainsi l’union de la Shakti avec le principe suprême (Shiva). La kundalini reposerait sur une alchimie subtile entre le corps physique et l’énergie spirituelle. L’amaroli purifierait et renforcerait le support matériel (le corps physique et les canaux) et dénouerait les nœuds énergétiques majeurs qui bloquent le passage le long de la colonne (les granthis), afin que la kundalini puisse s’élever le long de la colonne vertébrale sans rencontrer d’obstacles physiques ou psychologiques majeurs et  de conduire à la moksha. Ces nœuds seraient ancrés dans les attachements psychologiques, l’ego et les peurs viscérales (comme la peur de la souillure, du dégoût ou de la mort). Pratiquer l’amaroli exige de franchir une barrière psychologique majeure en brisant les tabous culturels liés au corps et à ses déchets. En s’affranchissant de ces répugnances mentales, l’adepte affaiblit l’ego, ce qui permet à l’énergie de circuler plus librement sans être bloquée par les résistances psychologiques. Les textes hindous décrivent l’éveil de la kundalini comme un processus extrêmement puissant, voire violent, pour le système nerveux et les canaux énergétiques (nadis). L’amaroli permettrait de nourrir les tissus et harmoniser les humeurs du corps (doshas en ayurveda). En fortifiant le corps physique et en le rendant « imperméable » à la maladie et au vieillissement, il permettrait de stabiliser le corps subtil pour supporter l’énergie et préparerait le « véhicule » à supporter l’immense charge vibratoire de la kundalini. À l’inverse, lorsque le corps est faible, encrassé ou agité, l’énergie ne peut pas circuler harmonieusement et risque de provoquer des déséquilibres (« crise de kundalini »).

Vous les reconnaîtrez à leurs fruits

Le professeur de Yoga et de Tantra roumain Gregorian Bivolaru (aussi nommé Magnus Aurolsson) a fondé en 1972 la secte Mouvement pour l’intégration spirituelle dans l’Absolu – School of Esoteric Yoga (MISA), renommé fédération de yoga « Atman ». Bivolaru plaçait ce texte au cœur de la spiritualité de sa secte. De très jeunes femmes étaient encouragées à boire beaucoup d’eau, à s’adonner à des orgies lesbiennes, puis à uriner dans un grand bol commun dont elles devaient, à la fin, boire le contenu. En fuite, Bivolaru a été arrêté dans une planque à Paris en novembre 2023 pour viols, abus de faiblesse, séquestration et traite d’êtres humains en bande organisée. Certaines étaient également poussées à se prostituer sur Internet pour ramener de l’argent à la secte. La secte demandait à ses adeptes de jurer de ne rien dire sur la Bible, sur leur santé ou sur leur évolution spirituelle.